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es deux-ci sont de M. Latreille, « l'homme de « l'Europe qui, dit M. Cuvier, avait le plus pro- « fondément étudié ces animaux. »
Un ouvrage de la nature de celui-ci, devenu, dès son apparition, le guide de tous les z00loistes, devait bientôt être traduit dans toutes les langues. 1 l'a été, en effet, en anglais, par M. Griffith; en italien, par M. l'abbé Ranzani: el en allemand, par M. Schinz.
HISTOIRE NATURELLE DES POISSONS. gi
Du livre intitulé : Histoire naturelle des Poissons",
Ce livre peut être considéré sous deux rapports très-distincts : sous le rapport du grand nombre d'espèces nouvelles dont il a enrichi la zoologie, et sous le rapport de l'application que l’auteur y a faite à une classe déterminée du règne animal des lois empiriques de la méthode.
Je ne dirai que quelques mots sur l'ouvrage considéré sous le premier point de vue, lequel se prêterait peu, d'ailleurs, aux études philosophiques qui m'occupent ic.
Aristote avait connu el nommé cent dix-sept espèces de poissons; Plme n'en connut que quatre-
‘ Le premier volume est de 1898. L'ouvrage doit avoir vinot volumes. Huit avaient déjà paru avant la mort de M. Cuvier; plusieurs autres ont paru depuis par les soins de M. Valenciennes. collaborateur de M. Cuvier ponr l’onvrage entier.
vingl-quinze où quatre-vinet-seize ; Oppien en nomme cent vingt-cmq; Athénée, cent trente; Élien, cent dix; Ausone nomme, pour la première lois, la truite saumonée, la truite commune, le barbeau, et quelques autres poissons d'eau douce. En tout, les anciens avaient distingué et nommé cent cmquante espèces de poissons : une quarantaine d'espèces, à peu près, avaient donc seules échappé aux recherches d’Aristote; et, quant à la structure de ces animaux, on n'ajouta rien à ce qu'il en avait dit.
Au milieu du serzième siècle paraissent Rondelet, Belon, Salviani, ces trois auteurs origmaux qui ont fondé l'ichthyologie.
Or. Belon décrit et nomme environ cent trente poissons ; Nalviani en nomme quatre-vingt-dixneuf: et Rondelet jusqu'à deux cent quarantequatre, dont cent quatre-vingt-dix-sept de mer el quaranie-sept d'eau douce.
… Enfin, si, négligeant quelques auteurs secondaires, nous venons à Ray et à Willughbr, nous trouvons que le nombre des poissons connus est déjà de plus de quatre cents : il est à peu près le même dans Artledi et dans Linnæus ; 1l est d'en-
viron quatorze cents dans Bloch et dans Lacépède:;
il est de plus de einqg mille dans l'ouvrage de M. Cuvier. |
Et ce grand enrichissement ne frappe pas moins, si l'on s'attache à une famille en particulier, que si l'on embrasse la classe entière. Ainsi, par exem- . ple, Artedi n'avait connu que-neuf espèces de perches; et M. Cuvier en décrit près de quatre cents espèces. C'est, dans une seule famille, beaucoup plus de poissons que n'en connut l'antiquité enlière; cest autant qu'en connurent Artedi el Linnæus; c'est près du tiers de ce qu'en ont connu Bloch et Lacépède, les deux ichthvologistes les plus récents.
Mais je me hâte d'arriver à la partie philosophique de l'ouvrage de M. Cuvier, je veux dire à la distribution des espèces, ou plutôt à l'esprit qui a dirigé l'auteur dans celte distribution.
Aristote avait déjà reconnu que les vrais caractères des poissons consistent dans les branchies el dans les nageoires.
Les animaux vertébrés, à branclues et à nageoires, forment donc la classe des poissons. |
Des vertèbres, on, plus exactement, un squelette intérieur, car les vertèbres ne composent pas
Vie
elles seules ce squelette, des branchies et des nageoires, voilà les traits communs. er
Les traits différentiels sont : un squelette osseux ou cartilagineux; des branchies libres ou fixes; des nageoires molles on épineuses; des nageoires ventrales, tour à tour placées devant. derrière où sous les pectorales; des dents, tour a tour placées à l'inter-maxillaire, aux maæillaires, au vomer, aux palatins, à la langue, aux arceaux des branchies, ele.: la forme de ces dents, en plaque, en velours, en pointes, ete: des opercules ou couvercles des branchies, lisses, écailleux, dentelés, où aiqus et armés d'épines, ou oblus et sans armures, ele., elc.; et c'est sur la combmaison variée de ces traits différentiels ou caractères que portent toutes ces méthodes diverses qu'on à successivement Imaginées pour le classement des poissons.
On conçoit que qui n'emplogerait qu un où deux de ces caractères n'aurait qu'une méthode artifivielle, c'est-à-dire incomplète, comme Limnæus ; que qui les emploierait tous mdistimctement n'aurait qu'une méthode confuse, comme tant d'ichthvologistes ; el. que la méthode naturelle, c'est-à-dire exacte et complète, consiste à les emplover tous, et
à n’en employer aucun que selon l'ordre relatif de son importance. |
Deux points domiment toute idée de méthode nuturelle : l'un, de n'employer que des caractères vrais: l'autre, de n'accorder à chacun de ces caractères que le degré précis de son importance. Mais, pour n'employer que des caractères vrais, c'est-à-dire pour ne pas attribuer à telle ou telle espèce tel ou tel caractère qui lui manque, et réciproquement, pour ne pas la supposer dépourvue de tel ou tel autre qu'elle possède, on sent qu'il faut connaître toutes les espèces.
D'un autre côté, pour n'attribuer à chaque caractère que le degré de son importance, on sent que cette connaissance complète des espèces, déjà si vaste et si difficile par elle-même, ne suffirait pourtant pas, et qu'il faut encore avoir comparé ces caractères sous tous leurs rapports, qu'il faut avoir varié, multiplié, épuisé toutes leurs combinaisons.
Or, sur ces deux points, qui, au fond, sont toute lichthyologie, c'est-à-dire, et pour la déterminalion des espèces, et pour l'évaluation des caractères
d'après lesquels on rapproche ou disfribue ces espèces, tout, jusqu'à M. Cuvier, était presque également à faire.
On ne connaissait pas les espèces des poissons : les preuves en sont dans toutes les pages du livre que j'analvse. On ne se faisait aucune idée juste des caractères qui décident de leur rapprochement ou distribution : la preuve en est dans ces transpositions perpétuelles que l'on voit subir aux mêmes espèces dans les différents cadres des auleurs.
Tout n'est pas également important dans une méthode. Il'importe peu sans doute que, dans une distribution ichthvologique, les poissons cartilas gineux précèdent ou suivent les poissons osseux ; que les poissons à nageoires épineuses viennent avant ou après les poissons à nageoires molles, etc. Ce qui importe, c'est que, dans une famille, dans un genre de poissons donnés, on n’intercale aucune espèce qui ne participe à l'organisation commune du genre ou de la famille, c'est qu'on n’exclue aucune des espèces que cette organisation commune rassemble.
Bernard de Jussieu à, le premier, vu pour les
végétaux, et M. Cuvier a, le premier, montré pour les animaux, que toute méthode générale qui ne respecte pas les familles et les genres naturels. c'est-à-dire le rapprochement des espèces fondé sur l'ensemble de leurs organes, n’est qu'un jeu d'imagination.
Ainsi done la première condition est de déterminer les espèces ; la seconde est de les rapprocher d’après l'ensemble de leur structure; la troisième est de subordonner toute méthode ou distribution aénérale à ces détermimations et à ces rapprochements.
Mais c'est ie la guerre perpétuelle de l'esprit d'observation et de l'esprit de système. L'esprit de système part d’un caractère, pris à priori, el soumet violemment la distribution des espèces à ce caractère. Linnæus ne voit, en botanique, que les étamimes, et 1l rapproche le chêne de la pimprenelle; Bloch ne voit, en ichthyologie, que le nombre des nageoires, et il met la raie près du brochet.
L'esprit d'observation suit une marche 1mverse. Il détermine d'abord les espèces; les espèces connues, 1l les rapproche en genres, en
familles: ces rapprochements opérés, il lie les groupes qui en résultent par une distribution sénérale; et cette distribution générale, il la soumet partout à la condition de ne rompre ou de n'altérer aucun de ces groupes. En un mot, l’esprit de système classe sans connaître; l'esprit d'observation, au contraire, cherche d'abord à connaître, et 1l ne fait ensuite de toute classificalion générale que l'expression abrégée de ce qu'il connait.
On voit par là que le mérite essentiel de toute bonne méthode générale, réduite à n'être qu'une méthode empirique, comme cela à lieu 1e1, n'est qu'un mérite négatift; car 1l consiste surtout à ne pas rompre le rapprochement naturel des espèces. Au lieu done de chercher, à l'exemple de tant d'ichthyologistes, à ajuster, Si je puis amsi dire, les espèces à la classificalion, M. Cuvier a,
! Le mérite de la distribution générale, dans une méthode ralionnelle, est tout aussi positif, au contraire, que celui du rapprochement des espèces; et l'Analyse du règne animal l’a suffisamment montré. C’est que la distribution générale se fonde alors sur la subordination des organes, et que la subordination des organes donne, directement et par elle-même, la dépendance des groupes de la Méthode. (Voyez l'article qui suit, où je cherche à pos r les caractères précis qui distinguent les méthodes empiriques des méthodes rationnelles.|
HISTOIRE NATURELLE DES POISSONS. 67 pour la première fois, renversé le problème ; 11 à cherché une classification qui s'ajustàt enfin aux espèces.
Une première coupe lui donue d'abord les deux grandes classes des poissons cartilagineux et des poissons osseux. Une seconde sépare des poissons osseux ordinaires tous les poissons à structure anomale, les syngnathes, les tétrodons, les diodons, etc. Restent les poissons osseux ordinaires qu'une {roisième coupe partage en poissons à nageoires molles ou malacoptérygiens, et en poissons à nageoires épineuses où acanthoptér'ygiens.
Des divisions d'un degré mois élevé distinouent ensuite les poissons cartilagineux : en sturionienus, dont les branchies sont libres, et en plagiostomes et eyclostomes, dont les branchies sont fixes; les poissons anomaux : en lophobranches, dont les branchies sont en forme de houppe, et en plectognaithes, dont l'intermaxillaire cst soudé avec le maxillaire et l'arcade palatine avec le crâne; les malacoptérygiens, en subbrachiens, abdominaux et apodes, selon que le bassin est attaché aux os de l'épaule, ou qu'il est simplement