Tome III, page
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sens, est l’art d’examiner les preuves » Jamais cet art n’avait été porté plus loin. Buffon rassemble tout ce qu’ont dit les voyageurs, les naturalistes, les géographes ; il compare entre eux tous ces auteurs, de si différente nature ; il les juge, il les corrige; il démêle, dans leurs récits, le vrai du faux; ce qu’ils n’ont vu qu’avec les yeux du corps, il le voit avec les yeux de l’esprit2, et par cela seul il le voit mieux ; chacun d’eux n’a vu, d’ailleurs, que quelques traits épars; Buffon voit tout : il rapproche ce qu’ils ont séparé; il sépare ce qu’ils ont confondu; et de ces mille faits petits, obscurs, perdus dans leurs livres, il tire une science entière, et qui est immense.
On a beaucoup écrit, depuis Buffon, sur les races humaines : je mets tout de suite hors de ligne les travaux de Camper, de Blumenbach, de M. Cuvier; mais d'abord, ces beaux travaux ne sont venus qu’après celui de Buffon ; et ensuite, si l’on considère la vue complète, la vue profonde, la vue d’ensemble, le travail de Buffon reste sans égal.
Blumenbach, en parlant de Buffon, se borne à dire : « Buffon reconnaît dans l’espèce humaine six variétés dont voici les noms : la polaire ou la-
J. Fleury, Discours sur l'histoire ecclésiastique.
2. « Voilà, dit-il, ce que j’aperçois par la vue de l'esprit. »
pone, la tartare, que j’ai nommée mongole d’après son nom vulgaire, l’asiatique australe , l’européenne, la noire et l’américaine » Ce peu de mots n’est pas même exact. Buffon ne compte pas six races principales , il en compte quatre : la polaire ou lapone et l’asiatique australe ne sont que des variétés secondaires, des nuances déterminées, des sous-races.
M. Cuvier dit : a Buffon n’a pu parvenir à la déterminat ion précise des races humaines, comme Blumenbach et d’autres auteurs l’ont fait depuis'1 2 ; » et ceci a quelque chose de vrai. La détermination des races humaines n’est pas aussi précise dans Buffon que dans Blumenbach, parce que Buffon n’a pas, comme Blumenbach, le secours de l’anatomie. Blumenbach voit mieux les traits opposés , les caractères précis , les races tranchées; Buffon voit mieux les modifications graduées, les nuances suivies qui lient les races les unes aux autres : il voit mieux X unité de V homme.
Quatre races principales, simples variétés d’une espèce unique, se partagentle monde : lablanche, la noire, la jaune et la rouge ; ou, en d’autres termes, l’européenne, l’éthiopique, la mongolique et
1. De l’Unité du genre humain et de ses variétés (traduction française), page 294.
2. Histoire des sciences naturelles (cours au college de France), tome IV, page 173,
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r américaine. ((L’homme, dit Buffon, blanc en Europe, noir en Afrique, jaune en Asie et rouge en Amérique, n’est que le même homme teint de la couleur du climat L »
Voilà donc quatre races principales dans l’espèce humaine, comme il y a quatre parties principales du monde.
La race iartare'1 2 3 occupe un espace immense. Elle s’étend de la Russie jusqu’à l’Inde. C’est proprement la race d’Asie. Les Tartares, ou plutôt les Mongols, les Kalkas, les Calmouques, les Chinois, les Mantchoux, les Japonais, les Coréens, les peuples de Siam, de Tonkin, du Thibet. etc., etc., forment cette race. Tous ces peuples ont le haut du visage large, le nez court et gros, les yeux petits et enfoncés, les joues élevées, la face plate, le teint olivâtre, les cheveux droits et noirs. On retrouve le sangtartare en Europe, dans les Lapons; en Amérique, dans les Esquimaux, etc. « Les Lapons, lesSamoïèdes,lesBorandiens,lesZembliens, et peut-être les Groënlandais et les Pygmées du nord de l’Amérique, sont, ditBuffon, des Tartares dégénérés autant qu’il est possible ; les Ostiaques sont des Tartares qui ont moins dégénéré; les Tonguses encore moins que les Ostiaques. etc., \»