‹ Histoire des travaux et des idées de BuffonChapitre 123 sur 236 · VARIÉTÉS DK L ESPÈCE HUMAINE · texte numérisé non relu

VARIÉTÉS DK L ESPÈCE HUMAINE

clinait de plus en plus en arrière 1 , à mesure qu'il passait de l’homme blanc à l’homme noir, et de l’homme noir à la brute.

Il y a donc une sorte de progrès gradué, une sorte d'échelle qui, du moins pour un certain rapport donné 2, s’élève du quadrupède au singe, du singe à l’homme, de l’homme noir à l’homme blanc ; et c’était là sans doute la remarque d’un fait curieux. Mais combien n’a-t-on pas abusé de ce fait curieux ? Que de conséquences outrées n’a-t-on pas voulu en tirer3? Ne semblait-il pas que la ligne faciale devait tout donner, et qu’il serait désormais aussi facile de mesurer les degrés

1. Ou ce qui revient au même, que l’angle formé par celle ligne (qui est la ligne faciale) avec la ligne de la base du crâne, devenait de plus en plus aigu. Dissertation sur les variétés naturelles qui caractérisent la physionomie des hommes des divers climats, etc., page 37).

2. La ligne faciale de Camper, prise absolument, ne donne que les saillies relatives du front et de la mâchoire supérieure.

3. Camper s’est vu obligé de combattre lui-même quelquesunes de ces conséquences les plus absurdes. « La singulière analogie qui existe, dit-il, entre la tête du singe et celle du nègre a porté quelques philosophes à cette idée extrême : s’il ne serait pas possible.... aux orangs-outangs de parvenir insensiblement par l’éducation à une extrême perfection, et de mériter, par la suite des temps, d’être placés au rang de l’espèce humaine. Ce n’est pas ici le moment de faire voir l’absurdité d’une pareille assertion.... » ( Dissertation sur les variétés naturelles qui caractérisent la physionomie des hommes, etc., page 34).

de l'intelligence que les degrés d’un angle? Les hommes veulent toujours juger les choses délicates par des moyens grossiers. Il a fallu l’esprit perçant de La Bruyère, il a fallu le génie profond de Molière, pour soulever un coin du voile qui couvre les mystères du cœur humain. L’apprenti le plus novice en phrénologie passe la main sur un crâne, et vous assure qu’il a tout vu.

Loin d’être un moyen qui donne tout, la ligne faciale de Camper ne donne pas même les caractères physiques qui distinguent les têtes osseuses des races humaines, ou, du moins, elle ne donne ces caractères que pour quelques races.

« La ligne faciale, dit Blumenbach, convient seulement pour les races que caractérise la direction des mâchoires, et ne peut s’admettre quand la largeur de la face forme le caractère distinctif1. »

Ce qu’il ajoute peut être regardé comme l’expression d’une expérience consommée. « L’habitude et l’usage constant de ma collection de crânes

me font connaître chaque jour davantage, dit-il, l’impossibilité d’assujettir les variétés des crânes à la règle d’un angle quelconque, la tête étant susceptible de tant de formes, et les parties qui la

1. De r Unité du genre humain, g le. (traduction française), page 211.

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composent, et déterminent plus ou moins le caractère national, étant de proportions et de directions si différentes i 2. »

En tirant parti de tous les caractères que peut fournir la forme des têtes osseuses, Blumenbach établit cinq races humaines: la caucasique ou blanche, la mongolique ou jaune, Y èthiopique ou noire,

Y américaine ou rouge, et la malaise.

La caucasique se distingue par la beauté cle l'orale que forme sa tête 2 \ la mongolique, par ses pommettes saillantes, son visage plat; Y èthiopique, par sa tête étroite, son nez écrasé : les deux autres, Y américaine et la malaise, ont des caractères moins précis3.

Une tète plus ou moins ovale, des pommettes plus ou moins saillantes, un nez plus ou moins écrasé, etc., voilà donc les différences extrêmes que présentent les races humaines. Je dis extrêmes, et je le dis à dessein; car ce que je compare ici, ce sont les races les plus opposées, les races

1. De l’Unité clu genre humain, etc. (traduction française), page 213.

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