VARIÉTÉS DE L’ESPÈCE HUMAINE
têtes n’empêche pas l’unité d’espèce ; dans l’autre, la différence d’espèce n’empêche pas la ressemblance des têtes.
De quelques différences, plus ou moins marquées, que j’observe dans les têtes des hommes, je ne puis, évidemment, conclure l’origine propre, c’est-à-dire la distinction primitive, l’indépendance absolue des races humaines.
Ceux qui veulent une origine propre pour les races humaines, ne 1a. veulent probablement pas pour toutes. A ceux qui la veulent pour trois, je demande pourquoi pas pour quatre? à ceux qui la veulent pour quatre, je demande pourquoi pas pour cinq? M. Cuvier admet trois races principales ; Camper1 en admet quatre; Blumenbach, cinq. Où sera la limite? Après les races viennent les sous-races. Faudra-t-il aussi des origines propres pour les sous-races?
Plus j’étudie ces grandes questions, plus tout semble me confirmer ce grand fait, savoir,
près un os isolé ; la taille même ne fournit que des moyens incomplets de distinction, les chevaux et les ânes variant beaucoup à cet égard, à cause de leur état de domesticité. » (Cuvier, Recherches sur les ossements fossiles , 1825, tome II, page 1 1 2).
1 . « L’on partage assez communément les peuples de la même manière qu’on divise les grandes parties de la terre, c’est-àdire en Européens, Africains, Asiatiques et Américains.» (Camper, Dissertation sur les variations naturelles qui caractérisent la physionomie des hommes , etc., page 16).
que l’espèce seule à une origine primitive et propre.
Le second caractère qui distingue les races humaines est celui de la couleur de la peau.
On ne peut voir, pour la première fois, un homme noir ou un homme rouge sans éprouver un étonnement profond. « Qui eût osé croire, s’écrie Pline, à l’existence des Ethiopiens avant de les avoir vus 1 ? »
« Lorsque les Portugais, dit Raynal, ayant dépassé le Niger, trouvèrent des hommes absolument noirs, avec des cheveux crépus, un nez écrasé, des lèvres épaisses, et très différents de tout ce qu’ils avaient jusqu’alors aperçu, cette vue leur parut une confirmation des erreurs antiques..., et ils doutèrent d’abord s’ils ne devaient pas rétrograder2. »
L’ingénieux historien de Colomb, M. Washington Irving, énumérant les objets nouveaux, rapportés par Colomb d’un nouveau monde, les ani-
maux inconnus, les plantes rares, l’or du pays en poudre, en masses brutes, etc., fait remarquer que rien ne parut plus étonnant que les Indiens, « les-
1. « Quis enim Ætliiopas, antequam cerneret, credidit? » (Liber, Vil, caput i ).
2. Histoire philosophique ci politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes , édition de 1820,