IDEES DE DU FED N
La méthode est l’expression des rapports des choses.
La méthode subordonne les rapports particuliers aux rapports généraux, et les rapports généraux à de plus généraux encore, lesquels sont les lois.
Montesquieu définit admirablement les lois : des rapports1 .
C’est là tout un ordre d’idées que Buffon n’a pas soupçonnées. Jusqu’à lui la méthode semblait faite plutôt pour conduire aux noms qu’aux rapports des choses. Après lui, le véritable objet a paru; mais il a fallu pour cela tout ce long travail sur l’anatomie comparée que Buffon n’a pas vu , et auquel peut-être, lors même qu’il eût pu le voir, il n’aurait pas donné toute l’attention requise, car il avait la patience du génie et non pas celle des sens.
Buffon n’a donc pas compris cette méthode qui donne les rapports, ces rapports qui donnent les lois , ces lois qui, sous le point de vue abstrait, sont toute la science 2.
Son véritable titre est d'avoir fondé la partie
1. « Les lois, dans la signification la plus étendue, sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses. » ( Esprit des Lois , livre I, chapitre i).
2. Voyez, sur ces rapports et sur ces lois, mon Histoire des travaux de Georges Cuvier.
historique et descriptive 1 de la science. Et ici il a deux mérites pour lesquels il n’a été égalé par personne. Il a eu le mérite de porter le premier la critique dans l’histoire naturelle 2, et le talent de transformer les descriptions en peintures. Il ne se borne plus à compiler, comme on faisait avant lui, il juge ; il ne décrit pas, il peint.
Il a connu deux cents espèces de quadrupèdes, et de sept à huit cents espèces d’oiseaux ; et pour chacune de ces espèces, il a donné une histoire complète : posant ainsi, pour la zoologie, des bases qui seront éternelles, en même temps que, par les descriptions anatomiques de Daubenton, il préparait des matériaux à jamais précieux pour Y anatomie comparée.
Mais, il faut bien le dire, ce qui a fait de Buf-
1. Il a toujours réuni ces deux parties : Y histoire et la description. « L’histoire doit suivre la description... » (Tome I, page 30). « Ces deux parties (l’histoire et la description), que l’on ne doit jamais séparer en histoire naturelle... » ( Oiseaux , tome I, page v).
2. Sa critique s’étend à tout : à la comparaison des espèces entre elles, à celle de leurs caractères, de leur structure, de leurs habitudes, de leurs noms, etc. « La première chose que Ton doit se proposer lorsqu’on entreprend d’éclaircir l'histoire d’un animal, c’est de faire une critique sévère de sa nomenclature, de démêler exactement les différents noms qui lui ont été donnés,... et de distinguer, autant qu’il est possible, les différentes espèces auxquelles les mêmes noms ont été appliqués. » ( Oiseaux , tome II, page 1).
fon, dans la science, un homme à part, et dont la grandeur semble, chaque jour encore, devenir plus imposante , c’est le génie avec lequel il a écrit ses ouvrages. Son style lui assure, dans les sciences, une immortalité propre ; et lui-même le pressentait bien : «Les ouvrages bien écrits, dit-il avec complaisance, seront les seuls qui passeront à la postérité. La multitude des connaissances, la singularité des faits, lanouveauté même des découvertes ne sont pas de sûrs garants de l’immortalité : si les ouvrages qui les contiennent ne roulent que sur de petits objets, s’ils sont écrits sans goût, sans noblesse et sans génie , ils périront, parce que les connaissances, les faits et les découvertes s’enlèvent aisément, se transportent et gagnent même à être mis en œuvre par des mains plus habiles. Ces choses sont hors de l’homme, le style est l’homme même 1 . . . »
C’est par ce style, qui est X homme meme , que Buffon s’est fait une place qui n’est qu’à lui; et, chose qu’on n’a pas assez remarquée, c’est que le style, je ne parle pas ici de la langue scientifique2 3 , je ne parle pas de la nomenclature* dis le style, a été pour beaucoup aussi dans les grands succès de Linné.