Tome V, page G ( Suppléments
être ne dit-il pas assez. Suivant une opinion célèbre de M. de Laplace, l’état primitif de la terre a été l’état de vapeur, l’état de lluide élastique b Mais, cette fluidité posée, quelle a pu en être la cause? Est-ce l’eau? Est-ce le feu? Selon Buffon, c’est le feu ; c’est aussi le feu, et à plus forte raison, selon M. de Laplace, qui veut un état primitif de vapeur, de vaporisation, de fluide élastique. Le plus sage des géomètres pense donc ici comme le plus hardi des naturalistes; et ce n'est pas tout, l’opinion de ces deux grands hommes semble confirmée, de nos jours, par des expériences directes.
« On ne concevait pas, dit M. Cuvier, quel pouvait avoir été le dissolvant de ces énormes masses de granits, de porphyres, qui constituent la base de nos grandes chaînes de montagnes et comme la grosse charpente du globe. M. Mitscherlich, en exposant à la chaleur des hauts fourneaux les matières trouvées par l’analyse dans plusieurs espèces de cristaux qui entrent dans la composition de ces masses, a vu ces cristaux se reproduire avec
1. « ... Quelle que soit la nature de cette cause, puisqu’elle a produit ou dirigé les mouvements des planètes, il faut qu’elle ait embrassé tous ces corps; et, vu la distance prodigieuse qui les sépare, elle ne peut avoir été qu’un fluide d’une immense étendue. » Exposition du système du monde , tome 11, page43‘2, 5e édit. « Les planètes ont été formées... par la condensation des zones de vapeurs... » Ibid., page 435.
leurs formes et leurs caractères; il a refait ainsi de l’amphibole, du mica, de l’hyacinthe. On ne peut donc plus guère douter aujourd’hui que la masse primitive du globe n’ait été d’abord en fusion, et même en vapeur ; et les suppositions, assez gratuites dans leur temps, de Descartes, de Leibnitz et de Buffon, et les conjectures déjà mieux appuyées de faits, présentées plus récemment par M. de Laplace, trouvent dans ces expériences une confirmation inattendue h »
Deuxième fait. Que le globe terrestre a une chaleur intérieure qui lui est propre, et qui est indépendante de celle que les rayons du soleil peuvent lui communiquer.
Le fait de la chaleur intérieure du globe, ce grand fait qui n’a jamais eu contre lui que sa grandeur même, semble démontré aujourd’hui par des expériences nombreuses1 2. Le globe a une cha-
1. Rapport sur la chimie , lu le *23 avril 182G. M. Cuvier oublie de rappeler ici les beaux résultats des expériences de M. Berthier sur la fusibilité des silicates, résultats cités par M. Mitscherlich lui-même dans son Mémoire sur la production artificielle des minéraux cristallisés [Annales de chimie et de physique, 1823, page 37C).
2. Je dis semble démontré : en effet, dans le plus grand nombre des cas, la chaleur croît à mesure que l'on descend, et la plupart des naturalistes admettent, avec M. Courier, l’opinion <de Buffon, l’opinion d'un feu central. Mais d’un autre côté, il se trouve des lieux où la température ne croît pas à mesure
leur propre : on reconnaît cette chaleur propre dès qu’on pénètre au dedans de la terre ; on la reconnaît par la température des eaux thermales, par celle des puits artésiens, par les observations faites dans les mines, etc. Buffon disait déjà : « Elle paraît augmenter à mesure que l’on descend E » On peut affirmer aujourd’hui qu’elle augmente eru effet, comme le supposait Buffon 2. Plus on pénètre, plus on s’enfonce dans l’intérieur de la terre, c’est-à-dire plus on s’éloigne du soleil, plus la chaleur croît ; la chaleur de la
terre ne dépend donc pas de celle du soleil ; la
terre a donc une chaleur propre.
que l’on pénètre dans l’intérieur de la terre; et un géomètre célèbre, M. Poisson, a proposé, dans ces derniers temps, sur le grand phénomène qui nous occupe, des idées très différentes de celles que j’expose ici. Vojez sa Théorie mathématique de la chaleur.