‹ Histoire des travaux et des idées de BuffonChapitre 166 sur 236 · Tome V, page 20 (Supplément · texte numérisé non relu

Tome V, page 20 (Supplément

É root ES DE LA NATURE . 251

Qu’a-t-il donc manqué à Buffon? l’anatomie comparée1; et même sur combien de points, guidé par la seule lumière de son génie2, ne bat-il pas devancée? On peut en juger par cette page admirable :

« Les pétrifications sont le grand moyen dont la nature s’est servie pour conserver à jamais les empreintes des êtres périssables; c’est, en effet, par ces pétrifications que nous reconnaissons ses plus anciennes productions, et que nous avons une idée de ces espèces maintenant anéanties, dont l’existence a précédé celle de tous les êtres actuellement vivants et végétants, ce sont les seuls monuments des premiers âges du monde ; leur forme est une inscription authentique qu’il est aisé de lire, en la comparant avec les formes des corps organisés du même genre; et, comme on ne leur trouve point d’individus analogues dans la nature vivante, on est forcé de rapporter l’existence de ces espèces, actuellement perdues, aux temps où la chaleur du globe était plus grande, et sans doute nécessaire à la vie et à la propaga-

1. Voyez, sur l’application de l’anatomie comparée à la détermination des ossements fossiles, mon Histoire des travaux de G. Cuvier , Paris, 1845.

2. Expression de Buffon... « Lorsqu'on commence à tomber dans cette profondeur du temps où la lumière du génie semble s’éteindre... » (Tome V, page 25, Suppléments).

23v2 ÉPOQUES DE LA NATURE.

tion de ces animaux et végétaux qui ne subsistent plus. — C’est surtout dans les coquillages et les poissons, premiers habitants du globe, que l’on peut compter un plus grand nombre d’espèces qui ne subsistent plus; nous n’entreprendrons pas d’en donner ici l’énumération, qui, quoique longue, serait encore incomplète ; ce travail sur la vieille nature exigerait seul plus de temps qu’il ne m’en reste à vivre, et je ne puis que le recommander à la postérité h..

« Les ossements des animaux terrestres, conservés dans le sein de la terre, quoique beaucoup moins anciens que les pétrifications des coquilles et des poissons, ne laissent pas de nous présenter des espèces d’animaux quadrupèdes qui ne subsistent plus; il ne faut, pour s’en convaincre, que comparer les énormes dents à pointes mousses dont j’ai donné la description et la figure avec celles de nos plus grands animaux actuellement existants... De même, les très grosses dents carrées que j’ai cru pouvoir comparer à celles de l’hippopotame, sont encore des débris de corps démesurément gigantesques, dont nous n’avons ni le modèle exact, ni n’aurions pas même l’idée, sans ces témoins aussi authentiques qu’irréprochables ; ils nous démontrent l’existence passée

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