I. — Uniformité du plan général de la nature
« Si, dit Buffon, dans l’immense variété que nous présentent tous les êtres animés qui peuplent l’univers, nous choisissons un animal, ou même le corps de l’homme, pour servin*de base à nos connaissances, et y rapporter, par la voie de la comparaison, les autres êtres organisés, nous trouverons que, quoique tous ces êtres existent solitairement et que tous varient par des différences graduées à l’infini, il existe en même temps un dessein primitif et général qu’on peut suivre très loin et dont les dégradations sont bien plus lentes que celles des figures et des autres rapports apparents; car, sans parler des organes de la digestion, de la circulation et de la génération qui appartiennent à tous les animaux, et sans lesquels l’animal cesserait d’être animal et ne pourrait ni subsister ni se reproduire, il y a dans les parties mêmes qui contribuent le plus à la variété de la forme exté-
IDÉES DE BÜFFON
Heure, une prodigieuse ressemblance qui nous rappelle nécessairement l’idée d’un premier dessein surlequel toutsembleavoir été conçu : le corps du cheval1, par exemple, qui du premier coup d’œil paraît si différent du corps de l’homme, lorsqu’on vient à le comparer en détail et partie par partie, au lieu de surprendre par la différence, n’étonne plus que par la ressemblance singulière et presque complète qu'on y trouve... On vient de voir, dans la description du cheval 2, ces faits trop bien établis pour pouvoir en douter; mais, pour suivre ces rapports encore plus loin, que l’on considère séparément quelques parties essentielles à la forme, les côtes, par exemple, on les trouvera dans tous les quadrupèdes, dans les oiseaux, dans les poissons, etc... ; que l’on considère, comme l’a
1 . Au moment où Buffon écrivait ceci, Daubenton, par le soin qu’il avait eu de nommer du même nom les mêmes parties dams l’homme et dans le cheval, venait de faire ressortir l'extrême similitude de leur structure. « Cette méthode (celle qui donne des noms tout spéciaux aux parties du cheval) peut être convenable à ceux qui traitent uniquement du cheval ; mais elle entraînerait des inconvénients en histoire naturelle, lorsqu’on voudrait comparer tous les animaux les uns aux autres et les rapporter à l’homme : pour faciliter cette comparaison, nous appliquerons les dénominations des os du squelette humain à ceux du cheval et des autres animaux, et nous suivrons l'ordre usité dans l’anatomie de l’homme... « (Daubenton, Description du cheval , tome IV, page 338).