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Tome II, page

SYSTÈME DE BUFFON

neau de toute une nouvelle chaîne d’idées, que parce qu’il substituaau fait l’interprétation du fait.

Quand Buffon dit qu’il y a « une infinité d'êtres organiques semblables, » quand il dit que « chaque partie contient un germe de la même espèce, » il croit ne dire que le fait; mais ce qu’il dit, c’est la manière dont il conçoit le fait; et cette distinction est ici capitale.

Quand je dis qu’un polype étant coupé par morceaux, chaque morceau reproduit un polype entier, je dis le fait. Mais quand j’ajoute qu’il y a line infinité d’êtres organiques semblables , qu’il y a autant de germes que de joarties \ je dis la manière dont je conçois le fait. A l’idée de reproduction, qui m’est donnée par le fait, j’ajoute l’idée d’êtres organiques semblables , l’idée de germes, qui ne m’est donnée que par mon esprit : car d’où sais-je qu’il y a une infinité d’êtres organiques semblables ? d’où sais-je qu’il y a des germes î

Je coupe la tête à un ver, et ce ver reproduit sa tête; je lui coupe la queue, et il reproduit sa queue; je lui coupe la tête et la queue, et il reproduit une tête et une queue. 11 y a donc non seulement des germes, mais des parties de g er-

1. On, cc qui revient au même, que chaque partie contient un yeririe de la même espece.

SUR LA GÉNÉRATION

mes , des germes qui contiennent précisément ce qu’on coupe, et qui ne contiennent que ce qu’on coupe *.

Je coupe à une salamandre un pied, une main, et elle reproduit un pied et une main; je lui coupe un bras, et elle reproduit un bras tout entier ; je lui coupe une jambe, et elle reproduit une jambe tout entière. Il y a donc des0 germes qui ne contiennent que des pieds, que des mains; et il y en a d’autres qui contiennent non seulement des mains et des pieds, mais un bras, un avant-bras, une main, ou une cuisse, une jambe, un pied.

Bonnet a coupé jusqu’à six et sept fois" de suite à une salamandre le même membre, et cette salamandre a reproduit jusqu’à six et sept fois de suite le même membre1 2. Il y a donc, pour chaque partie, plusieurs germes, et toujours les germes

1. Bonnet dit sérieusement: « .... N'est-ce point qu’il existe dans toute l’étenduede la jambe des germes qu'on pourrait appeler réparateurs, et qui ne contiennent précisément que ce qu’il s’agit de remplacer? » (Bonnet, tome VII, page 2G7).

2. Tome V, partie I, page 342. Spallanzani l’avait précédé pour la plupart deces faits sur les salamandres : Prodromo di un opéra sopra le riproduzioni animali. Bonnet a vu un ver repousser successivement douze têtes (Tome III, page 150). J’ai répété moi-même toutes ces expériences, particulièrement celles sur les salamandres. Voyez mes Recherches expérimentales sur les propriétés et les Jonctions du système nerveux , 2e édition, 1842, page 421.

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qu’il faut, des germes qui ne reproduisent jamais que les parties que l’on coupe *.

Mais que sont de tels germes ? Que sont des germes qu’on suppose de toutes les façons, pour répondre à toutes les circonstances des faits ?

« En considérant, ditBuffon, sous ce point de vue, les êtres organisés et leur reproduction, un individu n’est qu’un tout uniformément organisé dans toutes ses parties intérieures, un composé d’une infinité de figures semblables et de parties similaires, un assemblage de germes ou de petits individus de la même espèce, lesquels peuvent tous se développer de la même façon, suivant les circonstances, et former de nouveaux touts composés comme le premier 1 2. »

Selon Buffon, l’individu 11’est donc que la répétition indéfinie de lui-même3; l'individu n’est

1. 1 1 est très manifeste, dit encore Bonnet et toujours très sérieusement (car il ne s’aperçoit pas qu’il accommode ses prétendus germes à tous les besoins de ses expériences), que le bout qui est l’antérieur dans un tronçon quelconque aurait pu devenir le postérieur, si la section avait été laite dans un autre point; le hasard seul en a décidé. 11 y a donc, à chaque bout, un germe de tête et un germe de queue... » (Tome III, page 245).

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