‹ Histoire des travaux et des idées de BuffonChapitre 4 sur 236 · Tome 1, page IG · texte numérisé non relu

Tome 1, page IG

Ailleurs il se méprend sur le vrai sens du rapprochement des espèces dans la méthode, et croit se moquer de Linné : « Ne serait-il pas plus simple, dit-il, plus naturel et plus vrai de dire qu’un âne est un âne, et un chat un chat, que de vouloir, sans savoir pourquoi, qu’un âne soit un cheval, et un chat un loupcervier1 ? »

Enfin, il va jusqu’à écrire cette phrase singulière : a Ne vaut-il pas mieux ranger, non seulement dans un traité d’histoire naturelle , mais même dans un tableau ou partout ailleurs, les objets dans l’ordre et dans la position où ils

1. Tomel, page 40. Le loup-cervier est une espèce de lynx, et, par conséquent, comme le dit très bien Linné, une espèce de felis, de chat. — « Classer l’homme avec le singe, le lion avec le chat, dire que le lion est un chat à crinière et à queue longue , c’est dégrader, défigurer la nature, au lieu de la décrire ou de la dénommer. » (Tome IX, page 10). Voilà ce que dit Buffon, et voici comment Daubenton lui-même relève cette méprise : « Buffon veut jeter du ridicule sur les naturalistes qui ont mis le chat et ie lion sous un même genre. II fait dire à Linné que le lion est un chat à crinière et à queue longue. Certainement le chat n’est pas un lion, et ce n’est pas ce que Linné a voulu dire. L’auteur qui le critique n’a pas bien entendu la méthode de Linné; s’il avait seulement parcouru les espèces rapportées sous le genre appelé felis, chat, il y aurait trouvé l’espèce du lion et celle du chat... Celle équivoque est venue de la manière de dénommer les genres, en leur donnant le nom de l’une des espèces qu'ils comprennent. » (Daubenton, Séances des Écoles normales, tome 1, page 203),

IDEES DE BU F F ON

se trouvent ordinairement, que de les forcer à se trouver ensemble en vertu d’une supposition? Ne vaut-il pas mieux faire suivre le cheval qui est solipède par le chien qui est fissipède, et qui a coutume de le suivre en effet, que par un zèbre, qui nous est peu connu , et qui n’a peut-être d’autre rapport avec le cheval que d’être solipède»

Il fallait en vouloir beaucoup à Linné pour trouver mauvais qu’il eût placé le cheval près du zèbre. Assurément, tout n’est pas parfait dans Linné : il n’a pas connu la grande loi de X importance relative des caractères 1 2 ; mais il a vu que tous les caractères devaient être pris dans les objets mêmes3. Ceci a été le premier pas, et ce pas a été immense. Pour Bufîon , il consent bien que l’on sépare, en se réglant d’après leur nature, les animaux des végétaux, les végétaux des minéraux; il consent que l’on sépare les quadrupèdes des oiseaux , les oiseaux des poissons; mais, cela fait, il repousse toutes les

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