‹ Histoire Des Trois Derniers Princes de la Maison de Condé Prince de Condéduc de Bourbonduc D'EnghienChapitre 20 sur 40 · Le lieutenant-colonel d'état-major de Menibus · texte numérisé non relu

Le lieutenant-colonel d'état-major de Menibus

peu de temps et il De faut qu'avoir de la patience, r espère qu'il me sera facile de remettre toujours la bonne intelligence entre lui et ceux qui le choquent, sans en avoir l'intention, tel que Jobal à Uberlingen, car jusqu'à présent, avec moi, il est parfait. Je reviens aux bateaux.

Il a été impossible d'en avoir assez de découverts, pour tous les corps nobles , de sorte qu'il y a trois radeaux, où ils se relèvent alternativement. Comme il faisait un temps magnifique, le jour de leur départ, c'était à qui serait détaché aux radeaux. On avait pris aussi une mesure que j'ai fait changer. Il y a des endroits sur le Danube où il faut ramer, et l'on était convenu de laisser vingt soldats sur chaque bateau de chasseurs ou de cavaliers nobles pour faire ce service. Outre que cela aurait excessivement gêné et resserré les gentilshommes déjà entassés près de cent dans chaque bateau , cela aurait donné lieu à des querelles. Les soldats n'auraient pas manqué de dire qu'on les traitait comme des forçats ; les autres leur auraient tenu des propos durs. J ai préféré arranger la chose de manière que , ne faisant qu'une seule colonne des chasseurs et cavaliers nobles, ils seraient obligés de donner un coup de main dans l'occasion pour leur sûreté. Je l'ai dit tout haut dans leurs groupes sur le rivage ; tous l'ont trouvé tout simple , l'ont regardé comme un plaisir et un amusement, comme je leur présentais la chose et c'était encore à qui irait à la rame, au moment

du départ. Je n'ai pas encore de nouvelles des premières colonnes. La nôtre, partie hier à trois heures de l'après-midi, n'a pu faire que trois lieues. Aujourd'hui il fait un brouillard épais; il est encore douteux si nous pourrons faire un pas. Nous avons deux ou trois journées jusqu'à Ratisbonne. Je ferai partir ma lettre de cette ville, comme vous me l'ordonnez.

Le prince de Condé an dnc de Bourbon.

Blankenbourg, ce 27 octobre 1797.

.... Je pense absolument comme vous qu'il n'y a rien à faire pour le Roi d'ici à longtemps. Il faut cependant vivre, et c'est d'après cette nécessité que je vous conseille de venir me joindre le plus tôt que vous pourrez. Je sens bien qu'avec les cent mille francs qu'on vous donne par an, ce qui est assurément bien suffisant, n'étant tenu à aucune dépense de représentation, vous pourriez vous passer, malgré le retard des payements dont vous me parlez, des secours du Czar. Mais cela peut vous manquer d'un moment à l'autre; et si, dans les moments présents, vous ne profitez pas des bienfaits de celui-ci (je connais à présent son caractère), vous ne les retrouverez plus. Vous nous ferez tort à tous trois; réfléchissez bien à cela. Je ne crois pas qu'il vous

donne de pension, mais bien une terre, bonne, agréable à habiter, si vous venez. Je me suis bien gardé d'attendre ce que vous appelez le malheur absolu, parce qu'il ne paraîtra jamais tel à la génération présente qui voudra toujours espérer. Les Autrichiens et les Anglais nous ayant ôté chevaux, hommes, canons, fusils, équipages, objets de campement, etc., etc., j'ai saisi aux cheveux la ressource honorable qui m'a été offerte avec autant de grâce que de générosité, et j'ai bien fait. La Pologne n'est pas un pays assez perdu pour qu'on ne nous y retrouve pas quand on le voudra, et je suis loin de désespérer.

Pendant huit ans, j'ai donné beau jeu à la France, puisque j'ai toujours été armé à sa porte. Elle n'a voulu ni m'entendre, ni me seconder. On m'ôte tous les moyens de continuer la guerre, quand même on la recommencerait. Je vais attendre paisiblement, mais honorablement, qu'il repousse en France un peu de cette énergie, qui n'y existe pas encore, et dont j'espère lui avoir donné l'exemple avec mes compagnons d'armes, que j'ai au moins la satisfaction d'empêcher de mourir de faim. Vous les ramè nerez, j'espère, un jour dans leur pays, car pour moi il pourra bien m'arriver un petit accident, comme, par exemple, celui d'être mort. Ce n'est pas cependant que je ne me porte fort bien; mais je ne serais pas étonné qu'il arrivât encore dix changements de gouvernement en France, avant qu'on en revienne

au seul qui puisse nous convenir. Je me réfère, mon cher ami, à la lettre que je vous ai écrite par Levignac1. Je vais attendre avec impatience de vos nouvelles à Pétersbourg, pendant tout le mois de décembre, et je me fais un grand plaisir de vous embrasser comme je vous aime.

Le prince de Condé au duc d'Enghien.

Blankenbourg, ce 27 octobre 1797.

Mon cher ami, je reçois dans le moment votre lettre du 1 5, d'Illeraichhcim. Elle me fait grand plaisir, en ce quelle me prouve que vous avez pensé à moi et que la marche s'est passée jusque-là aussi bien que nous pouvions le désirer. Je vous ai écrit avant-hier à Vienne à tout hasard, sous l'enveloppe del'évêque de Nancy*. Vous croyez bien que je n'ai rien à ajouter à cette lettre. Je suis bien aise que vous soyez content du prince, comme je vous avais prédit que vous le seriez. 11 n'y a point de nouvelles ici, et il me paraît qu'on prend le seul parti qu'il y ait à prendre pour le temps présent, celui de patienter et d'attendre. Vous voyez bien, mon cher, que vous vous faisiez un monstre de ce qui va tout seul.

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