‹ Histoire Des Trois Derniers Princes de la Maison de Condé Prince de Condéduc de Bourbonduc D'EnghienChapitre 21 sur 40 · Anne -Louis-Henri de la Fare, plus tard cardinal · texte numérisé non relu

Anne -Louis-Henri de la Fare, plus tard cardinal

Le reste ne sera pas plus difficile que le commencement, et je vous réponds que vous vous en tirerez aussi bien, et peut-être mieux que moi. Du moment que le prince y met de la grâce et qu'il s'entend bien avec vous, tout ira à merveille. Vous pouvez être sûr que je n'aurais point oublié ce qui vous intéresse, et que je ferai de mon mieux pour le succès, à moins que l'empereur de Russie n'y mette obstacle, ce que je ne prévois pas. Ce sera moi qui vous attendrai à Wladimir, où je ne présume pas que vous puissiez arriver avant le 10 janvier. Je lui ai déjà écrit que, sauf sa volonté, c'était mon projet, et il nepeut que m'en savoir gré.

Peu de temps après que nous nous serons réunis, je vous ramène sur-le-champ à la cour, où je vous ai préparé toutes les voies pour que vous soyez bien* reçu. Je vous mettrai bien au fait de tout ce qu'il faudra faire pour réussir et pour ne point choquer les usages, chose à laquelle il faudra bien prendre garde. Une fois que vous vous y serez fait avantageusement connaître, vous courrez où vous voudrez; mais il faut d'abord commencer par là, n'est-ce pas, mon cher ami? Vous en sentez sûrement la nécessité et l'importance pour vous, je dirai même pour nous. Votre père approuve fort (ainsi que tout le monde en< Angleterre, à ce qu'il me mande) le parti et les arrangements que j>ai pris pour la Russie. 11 vous en< parle vraisemblablement. Adieu, mon cher, je pars après-demain; au revoir. J'espère que nous nous

embrasserons de bon cœur, comme nous nous aimons.

Du même au même.

A Kœnisberg, ce 20 novembre 1797.

J'espérais, mon cher ami, trouver ici des nouvelles de vous et de l'armée. Je n'y en trouve point et cela m'afflige : peut-être serai-je plus heureux à Riga. Nous cheminons, pas fort vite, à cause des sables et des mauvais chemins, mais sans le plus petit accident et par le plus beau temps du monde. Nous espérons qu'il en est de même de vous. Nous avons eu quelques jours de gelée assez forte; mais cela n'a pas été long. Le temps sans pluie est d'un doux réellement extraordinaire pour le 55e degré de latitude où nous sommes déjà. Nous avons voyagé aujourd'hui, ayant toujours une roue dans la mer Baltique, de concert avec un vaisseau à pleines voiles, qui n'était pas à un demi-quart de lieue de nous. Nous avons traversé, avant Dantzick, à peu près des déserts. Depuis, nous sommes dans un pays trèsriche en blés, en troupeaux superbes et en chevaux. Cette ville-ci est énorme ; et les vaisseaux y abordent, pour ainsi dire, dans les rues, comme à Dantzick, et même à Stettin.

Je pars demain pour Memel, où je compte être

après-demain; et mon chemin sera, dit-on, comme aujourd'hui, à peu près dans la mer, ce qui est assez amusant. On dit que je ne trouverai plus que des auberges détestables et de mauvais chemins. J'espère cependant arriver à Riga vers le 22 et à Pétersbourg, rers le 26. Nous avons déjà fait quatre cents lieues; il ne nous en reste plus que deux cent cinquante, ce qui ne nous paraît rien. Nous nous portons tous bien, lisant, dormant, déraisonnant dans la voiture et mangeant le soir avec un fier appétit. J'ai bien de l'impatience, mon cher ami, de savoir enfin si l'armée existe et vous aussi, et je serai bien soulagé quand j'aurai de vos nouvelles. Je vous embrasse, mon cher ami, avec toute la tendresse que vous me connaissez pour vous»

Du même an même.

t Riga, ce 22 novembre 1797.

J ai reçu, mon cher ami, à mon arrivée ici, votre lettre du 22, 24 et 25 octobre, et en même temps la seconde du 3, 6 et 8 novembre. Il est très-aimable à fous d'être entré dans d'aussi grands détails avec moi. Ils m ont infiniment intéressé et m'ont fait d autant plus de plaisir, que je vois que vous vous êtes bien occupé de l'armée, et que vous avez fait en

toute occasion tout ce qu'il y avait à faire. J'en suis enchanté, je vous en félicite, et, s'il était possible, je vous en aimerais davantage. Ce que je viens de vous dire répond à tout ce que vous me mandez, car je ne trouve pas un seul fait où vous ne vous soyez conduit comme vous le deviez. Ainsi je trouve inutile de vous répondre en détail sur tout le passé, parce que je ne pourrais pas vous dire autre chose à chaque article, que vous avez bien fait.

Il me semble que votre voyage de Vienne s'est fort bien passé; je joins ici l'extrait de la lettre que m'écrit l'empereur d'Allemagne. Vous la ferez connaître, après en avoir parlé au prince Gortschakoff sans la mettre à Tordre, pour qu'elle ne soit pas imprimée, ce qui pourrait déplaire à Vienne. Je vois avec plaisir qu'il n'y a eu dans votre marche que les inconvénients inséparables d une multitude en mouvement, et qu'il n'y a eu ni grandes scènes ni grands tapages, grâce à votre vigilance et aux moyens toujours persuasifs, que le prince a employés à propos. Dieu soit loué ! j'espère que nous nous en tirerons mieux que je ne l'espérais. Vous avez d'autant mieux » répondu au prince sur la formation que l'empereur de Russie me mande dans sa lettre que j'ai reçue hier par un de ses aides de camp qu'il a envoyé m'attendre ici pour me conduire, etqui, par parenthèse, m'a remis de sa part une superbe pelisse de martre de zibeline : « Je viens d'écrire sur la formation du corps au prince Gortschakoff, pour qu'il communi-

que mes idées là-dessus à Votre Altesse, sur quoi je serai bien aise de conférer moi-même avec elle. »

Donc son intention n'est pas qu'on fasse rien qu'il n'ait conféré avec moi. Au reste, si le prince l'entend autrement, je n'ai rien à dire. Vous lui citerez seulement la phrase soulignée, s'il vous en reparle. Tous les officiers russes que je vois ici et qui ont été dans le pays que nous allons habiter, disent que c'est un pays de promission, que tout y est dans la plus grande abondance et à très-bon marché, et, de' plus, les femmes très-jolies. Qu'on ne se laisse pas effrayerpar l'aspect des maisons de bois très-basses. Je ne vois que cela depuis quinze jours, même ici. On croit trouver des taudis, et l'on trouve quatre ou. cinq pièces de plain-pied, grandes, propres, et quelquefois assez ornées. Dans une des auberges où j'ai passé, j'ai été très-étonné d'y trouver une petite salle d'armes (médiocre), un petit cabinet d'histoire naturelle très-joli, un télescope superbe et quelques instruments de physique. Je ne vous ennuierai point du récit de nos tribulations (sans accidents) ' dans des chemins affreux et avec des chevaux détestables. J'ai été une fois vingt-trois heures à faire seize lieues, étant obligé de descendre tous les trois ou quatre cents pas, ce qui durait des demi-heures arant de réussir, quoique je n'aie pas trouvé une seule montagne depuis Leipsick jusqu'ici. Je crois que la destination des compagnies françaises et suisses pourra être différée, puisque je vais vous aller

trouver. J'avais mandé à l'empereur de Russie que je vous mènerais à Pétersbourg en revenant de la formation.

Il me répond très-honnêtement : « Le duc d'Enghien sera le bien venu sans doute, et voudra bien me considérer comme une ancienne connaissance, g'il se rappelle encore de moi. » Le reste de sa lettre est parfait pour moi. Presque toutes les rivières sont déjà prises ici, et pour aller à Pétersbourg, je vais passer dessus, comme s'il n'y en avait point. Mais je ne pourrai pas aller encore en traîneau : il n'y a pas assez de neige; mais j'y compte bien pour aller en Pologne. Au reste, jusqu'à présent, je ne trouve pas le froid moins supportable qu'à Paris.

Je suis comblé ici d'attentions et d'égards; toute la bonne compagnie y parle français comme en France. J'ai été hier à la parade; j'y retourne aujourd'hui. Les troupes sont fort bien. Je fais mes visites dans le carrosse à six chevaux du gouverneur, avec un cocher en robe de chambre serrée par une ceinture, un bonnet de hussard et une grande barbe, et, outre cela, deux postillons. Dans la route, j'étais comme le char du Soleil, avec huit chevaux

és comme cela : - ■ Un seul pos-

"r le deuxième cheval et une seule guide pour ire de volée. Aussi, quand il prend à ces thevaux fantaisie de retourner de la tète à la c'est le iliable. On est toujours prêt à verser, présent, je ne me mêle plus de rien pour ma

route : on m'a arrangé mes couchées, mes repas, mes chevaux de poste, etc. C'est l'aide de camp qui se charge de tout; c'est fort commode. Il s'appelle, je crois , le comte de Kritoff. 11 a absolument l'air d'un Français, et il est parfaitement honnête.

Le roi Louis XVIII an prince de Gondé.

A Blankenbourg, ce 19 décembre 1797.

J'ai reçu, mon cher cousin, il y a même déjà quelque temps, votre lettre de Dantzick; mais il ne m'a pas été possible d'y répondre plus tôt. J'ai appris depuis avec plaisir que votre voyage se continuait heureusement. J'attends actuellement avec impatience des nouvelles de votre arrivée à Saint-Pétersbourg, et de l'accueil que l'Empereur vous aura fait. Vous me parlez du plaisir que j'ai eu à vous voir; mais je suis votre cousin, j'ose ajouter votre ami, et l'on pourrait de plus me dire : a Vous êtes orfèvre, monsieur Josse. » Paul Iep n'a pas tous ces motifs; mais il sait apprécier le mérite, et cela suffit.

Vous aurez reçu, avant d'arriver, la confirmation positive de la signature de la paix, et je n'ai pas besoin de vous rappeler ce que je vous ai recommandé dans ce cas.

Je désire que mon détachement de Yever soit vêtu,

armé et équipé comme le reste de notre cavalerie noble. Je m'en explique ainsi avec l'Empereur, qui m'a laissé le choix des couleurs. Travaillez donc, je vous prie, dans ce sens avec le prince Gortschakoff ou tel autre qu'il appartiendra.

Je vous recommande de faire avec chaleur l'affaire de M. de Neelle. J'ai écrit à l'Empereur à son égard.

J'ai accordé les grâces que vous m'avez demandées dans l'ordre de Saint-Louis. Je suis fort aise d'avoir ainsi distingué des officiers qui méritent de l'être par la nature et l'ancienneté de leurs services; mais vous seriez dans l'erreur si vous pensiez que j'ai voulu les dédommager d'autre chose. J'ai appris sans doute avec une grande satisfaction les grades que l'empereur de Russie a accordés à MM. d'Autichamp et de Viomesnil, mais je ne leur en ai point accordés moi-même, non plus qu'à aucun autre.

Je joins ici le titre du brave Gléry1 que je vous avais envoyé, qui vous a croisé sur le chemin d'Uberlingen ici, et qui m'est revenu.

l»j£e brave Cléry, c'est le dernier serviteur de Louis XVI dans l^Pcmple, celui qui a l'honneur immortel d'être cité par dans son testament.

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Le ducld'Enghien an prince de Condé.

A Lutzko, ce 6/17 au matin 1798.

M. de Chambrun 1 me persécute, cher papa, pour tous envoyer le superbe plan et les excellents conseils qu'il compte donner à l'Empereur. Je lui ai fort assuré que l'Empereur ne prendrait peut-être pas très-bien l'envoi de ce mémoire et qu'il n'aimait pas les conseils.

Je suppose qu'il n'en fera pas l'envoi. Du reste, je lui ai dit que cet ouvrage était excellent et je l'ai fort loué. Voilà tout ce qu'il désirait, vous aurez la bonté de me le renvoyer pour que je le lui rende.

fai reçu l'ordre touchant les congés. Rien de nouveau ici.

Le roi Louis XVIII au prince de Condé.

A Blakenbourg, ce 27 janvier 1798.

Depuis la dernière lettre que je vous ai écrite, il y a un mois, mon cher cousin, j'en ai reçu deux de tous auxquelles je n'ai point répondu, parce que

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