L'Angleterre, pays protestant, se fit un point d'honneur
corda car la Providence m'a donné un crédit auprès des souverains depuis quelques temps, que je n'avais point dans le temps de mes grandeurs passées et trépassées.
J'oubliais de vous dire qu'étant auprès d'Augsbourg et sachant en gros que les affaires politiques s'embrouillaient de plus en plus, et que tous ces pays-ci n'étaient pas sans crainte, je crus devoir récidiver mes demandes à l'Impératrice de Russie/ pensant que peut-être ma lettre ne vous était pas parvenue, si vous n'étiez pas demeuré constamment à Pétersbourg, où je vous l'avais adressée. Ce n'est, en effet, qu'à cette dernière lettre qu'elle répond, me mandant qu'elle n'a pas reçu la première. Elle a eu la bonté de m'envoyer un exprès, qui est un jeune officier, avec ordre de m'accompagner et d'avoir bien soin de moi,.... d'une trappiste — Jugez.
Enfin, n'importe; ce monsieur (le baron de Stoose), m'a apporté des secours d'argent et des passe-ports, et la permission de nous rendre quinze religieux et quinze religieuses, dans la Pologne russe, à Orscha, où Sa Majesté l'Empereur veut bien accorder un asile dans un ancien couvent de Trinitaires.
d'accueillir et de recueillir, avec un pieux respect, le clergé catholique et les religieux de tous les ordres. Elle leur fit à tous des pensions alimentaires et permit aux Trappistes de s'établir où bon leur semblerait. Quand la France persécutait les prêtres et les moines français, les égorgeait ou les exilait, après les avoir dépouillés, l'Angleterre leur offrait une généreuse hospitalité.
1. L'Électeur de Bavière mit à la disposition de la princesse Louise le château de Fursteimried.
Nous allons partir très-incessamment, nous embarquant sur le Danube avec le révérend Père abbé à notre tète, dont jusqu'ici le quartier général avait remplacé à Uberlingen celui de l'armée de Condé. Le seul nombre fixé (comme de raison), passera dans les États russes ; mais l'état des choses oblige à tenter de faire profiter tout le reste des passe-ports que j'ai obtenus de Vienne, qui permettent aux Trappistes, avec la princesse Louise de Condé, de traverser les États de l'Empire et de s'y arrêter pour y séjourner, s'il en est besoin. On sait bien que Ton n'entend par là que des séj ours momentanés ; mais la Providence y pourvoiera. J'espère bien en elle aussi pour notre Russie, car de vous à moi, sentant, et très-véritablement la bonté de Leurs Majestés dans tout ceci, je n'ai pas cependant tout ce que je désire.
C'est un établissement que je voudrais, ce qui est très-différent d'un simple asile; ce dernier pour un nombre fixé, n'admettant la possibilité ni de recevoir de nouveaux sujets, ni de faire des professions valables ; mais pour le moment il ne doit être question que de reconnaissance, et je vous demande de vouloir bien venir à l'appui de ce que j'ai mandé sur d dernier objet seul, aussitôt après l'arrivée du Courier. Quant au reste, il ne s'agirait, si vous y trouvez our, que de jeter quelques mots en l'air, comme idées à vous du moment, en simple conversation, et non comme demandes, car je sens la délicatesse de
que je penserai, pour tout ce qui nous concerne, ponvoir attendre quelque chose de cette précieuse tendresse à laquelle vous m'avez accoutumée, je serai bien loin de chercher à en abuser, et m'en rapporterai, comme de raison, à ce que vous me ferez savoir vous être possible ou non possible.
Voilà un bien long détail, et bien différent, sans doute, de tout ce qui vous occupe; cependant j'ai la confiance de croire que mon père ne se trouve point importuné de ce qui intéresse sa fille, dont le changement d'état n'a point changé le cœur. C'est jusqu'à son dernier soupir qu'il vous aimera et vous chérira. Puisse-t-il obtenir de mon Dieu tous les biens véritables qu'il vous désire si ardemment!
Je vous fais passer cette lettre par l'envoyé russe à Ratisbonne (le comte d'Alopeus), dont je ne puis assez me louer. Fidèle aux intentions pleines de bontés de sa cour à mon égard (bontés que je pense bien devoir à la considération qu'elle a pour voub), dès mon séjour près d'Augsbourg, ce ministre chargea quelqu'un, avec toute la délicatesse que jadis on appelait française, de savoir si les circonstances ne me mettraient pas dans le cas qu'il me fît quelques offres de services, en attendant des effets plus marqués des hautes intentions de son souverain. Sur ma réponse aussi franche que reconnaissante, il me fit passer trois mille florins.
J'ai écrit à mon frère, il y a environ un mois; je ne sais s'il aura reçu ma lettre. On m'a dit qu'il
était parti pour vous rejoindre. Ah! qu'il sache, je vous en prie, que je l'aime toujours; — le duc d'Enghien aussi.
Le duc de Bourbon au prince de Gondé.
Londres, ce 28 mai 1798.
Vous aurez été encore fâché de ne pas recevoir plus tôt de lettres de moi; mais, en vérité, ma position est trop pénible et trop embarrassante pour pouvoir prendre avec autant de promptitude un parti aussi décisif que vous paraissez le désirer. Vous verrez par les lettres que je vous envoie que Ton a été au moment de netre pas inactif ici, et je n'ai pas voulu vous écrire avant que les réponses n'aient été faites à ce sujet. Quant aux affaires de l'intérieur auxquelles vous me reprochez de prendre confiance, certes j'ai trop le sens commun pour en avoir une très-étendue; mais enCn le Roi et Monsieur ont l'air de conserver toujours des espérances; je crois de mon devoir, puisque je suis ici, quelle que soit mon opinion personnelle, de parler sur le même ton. Ni vous, ni l'Empereur de Russie ne peuvent me savoir mauvais gré de professer des sentiments de votre genre à tous les deux, et, par conséquent, vous ne pouvez tous les deux qu'approuver que je reste à portée de la France, tant que j'ai quel-
qu espoir d'être utile à la cause du Roi. Cela ne peut avoir qu'un temps. Ainsi je ne peux donc pas dire que je veux rester toujours en Angleterre, et ne point aller en Russie; mais je crois pouvoir dire que je désire, avec votre permission et celle de l'Empereur de Russie, rester en Angleterre jusqu'à ce que les espérances de l'intérieur soient détruites. Alors mon premier vœu, dicté par ma tendresse, pour vous et pour mon fils, et par ma reconnaissance pour les bontés de l'Empereur, sera d'aller vous rejoindre. Je vous envoie la lettre que j'écris à l'Empereur, puisque vous croyez qu'il est nécessaire que j'en écrive une. Vous y ferez mettre l'adresse, et vous la lui enverrez, si vous l'approuvez en l'antidatant, si vous le jugez à propos. Je la crois bien dans le sens qu'il faut; si cependant vous y trouviez quelqu'inconvénient, vous ne l'enverriez pas; et vous arrangeriez cela pour le mieux dans votre première lettre à l'Empereur, en vous chargeant de lui témoigner ma reconnaissance, etc.
Je m'en rapporte à vos soins pour que la pension me soit continuée, parce que, sans cela, je me trouverais sans aucune ressource; le gouvernement ici étant persuadé que je recevrai de l'argent de Russie, et par conséquent étant bien décidé à ne me rien donner. Le corps étant sous vos ordres, ou sous ceux de mon fils,, le service de Sa Majesté Impériale ne souffrirait en aucune manière de mon absence momentanée.
On débite ici beaucoup de choses fâcheuses sur le compte de l'armée qui, j'espère, sont très-exagérées. Il passe pour constant que les gentilshommes ont tué des instructeurs que l'Empereur avait envoyés pour les mener à la prussienne et qui avaient voulu se servir du bâton, qu'ensuite un curé et plusieurs paysans ont été tués par d'autres gentilshommes qui étaient à la chasse; que l'Empereur, furieux de cet événement, en a envoyé plusieurs en Sibérie. On m'a demandé des renseignements sur tout cela; j'ai dit avec vérité que je n'en avais aucune connaissance, et que ni vous ni personne de l'armée ne m'en parlait dans ses lettres. J'espère bien que tous ces bruits se trouveront faux, et ne sont répandus que par des gens mal intentionnés. M. de Worontzoff* a exigé que je donne une Attestation aux officiers de l'armée qui y retournent, disant qu'il ne leur donnerait pas de passe-port sans cette formalité. N'y voyant aucun inconvénient, j'ai fait ce qu'il désirait à cet égard.
Vous connaissez assez mon caractère pour être bien sûr que ce n'est pas une liaison de société, quelle qu'elle soit, qui dirigera mes démarches. Tout ce qui m'est le plus cher dans le monde est vous et avec vous. Ainsi n'effectuant pas aussitôt que je le désirerais ma réunion, qui est le vœu de mon cœur, c'est un sacrifice que je fais à mon in-