‹ Histoire Des Trois Derniers Princes de la Maison de Condé Prince de Condéduc de Bourbonduc D'EnghienChapitre 28 sur 40 · Nom illisible · texte numérisé non relu

Nom illisible

2. Le nom du Petit L.... est cité en toutes lettres par le duc d'Enghien. Par égard pour une famille honorable, nous nous permettons de le taire; et si nous reproduisons ce jugement à la hussarde, c'est pour montrer que les émigrés français, manquant souvent de pain, ne toléraient parmi eux ni le vol ni le pillage. Ils avaient une loi de lynch militaire; ils savaient la faire sommairement exécuter.

le pistolet sur la gorge. C'est un enfant. Il a été désigné, reconnu par le bourgmestre, que j'ai fait venir tout de suite. Il a tout avoué. Damas m'a demandé en grâce de ne pas faire d éclat. J'y ai consenti ; et, après lui avoir oté habit, épaulettes, et tout ce qu'il avait d'uniforme, lui avoir fait rendre l'argent, ses camarades 1 ont chassé ignominieusement, en lui disant qu'il aille loin, et se cache, car partout où ils le rencontreraient, ils le feraient arrêter et enfermer pour le reste de ses jours. J'ai trouvé que les officiers s'étaient bien conduits dans cette occasion, car malheureusement vous savez que souvent, dans ce siècle-ci, on a une indulgence bien condamnable.

Je vais monter à cheval et visiter tous mes devants. Vioménil et le major espèrent que vous leur enverrez leurs ordres vers une heure, afin qu'ils aient eu le temps de manger la soupe. Nous avons ici un M. de la Régence qui paraît fort honnête et obligeant.

Je vous préviens que la ville est comble de chasseurs nobles à pied et à cheval, de gardes du corps, que pas une écurie n'est vide, que le M. de la Régence se plaint de beaucoup de choses faites dans la journée d'hier, de portes enfoncées, maisons pillées. Si vous donniez un ordre de rentrer tout le monde au camp, je crois que ce serait à propos ; et il faudrait pour cela simuler un départ. Sans cela, personne ne bougera. Quand tout le monde serait parti, je raet-

trais une garde à la porte et I on n entrerait plus qu'avec une permission.

Le duc d'Enghien au prince de Condé.

A Rosenheim, ce 19 août 1800, au matin.

Ce serait bien mal reconnaître vos soins et vos intentions, cher papa, que de ne pas leur rendre une entière justice. Ce sera toujours avec confiance que je suivrai vos conseils , bien loin de m'oppcser à vos projets sur moi. Je vous ai toujours dit que ce parti me paraissait trop avantageux sous tous les rapports1 pour hésiter un moment de pousser de mon mieux à la roue. Seulement je vous prie, lorsqu'il y aura quelque chose de direct en train, d'annoncer le désir que j'ai d'aller témoigner dans le pays ma reconnaissance et en même temps savoir si je conviens. Ce voyage n'est pas long ; mon absence sera courte. Si Ton veut terminer tout de suite, j'en serai enchanté. Si l'on me remet à des temps plus tranquilles, comme c'est mon opinion, je tâcherai toujours de prendre assez de certitudes, pour que la

1. La princesse que le vieux Condé proposait comme épouse au duc d'Enghien, était une sœur de l'impératrice de Russie. Le nouvel empereur Alexandre Ier désirait très-vivement cette union dans un but politique.

chose soit irrévocablement arrêtée. Ne doutez jamais, je vous prie, cher papa, de la reconnaissance que j'ai des soins que vous voulez bien prendre pour moi et de la respectueuse tendresse de votre enfant.

Le prince de Condé an dnc d'Enghien .

Aibling, ce 18 septembre 1800.

Je ne vous cache pas, mon cher, que j'ai été un peu étonné, qu'après m'avoir consulté sur le changement de poste de Falley, et sans avoir attendu ma réponse, ou malgré ma réponse, si vous l'aviez reçue, vous ayez retiré le poste d'infanterie et que vous l'ayez fait remplacer par Georges. Ce n'était pas la peine de me consulter. 11 faut prendre garde à cela, car si nous ordonnons tous deux, les subordonnés ne sauront plus auquel entendre. Je ne trouve point mauvais que vous donniez un ordre à un poste en avant, lorsque cela vous paraît nécessaire; mais rien ne pressait sur celui-ci, et vous verrez, par ce que je vous envoie, qu'il en a résulté ce que je craignais : un mouvement des postes ennemis, qu'il fallait éviter. Mais c'est fait, il faut partir du point où nous sommes ; (ce n'était plus un poste de Bourbon qui était là, vous deviez savoir qu'il était

relevé par Durand1) vous verrez ce que Georges me mande. Écrivez-moi ce que vous en savez, car je ne trouve point Wertenhau sur les caries ; ce ne peut pas être Westerheim, car j'aurais déjà de vos nouvelles. D'ailleurs ce rapport n'est pas clair, il dit que l'ennemi se dirige sur la droite; quelle droite? est-ce la sienne ou la nôtre? Mais, dans tous les cas, il est impossible de ne pas garder le pont de Falley. Pourvoyez-y donc tout de suite, comme vous l'entendrez. A présent que l'effet est fait, il m'est égal que ce soit par de l'infanterie ou par de la cavalerie; mais il faut, pour votre propre sûreté, que ce pont soit éclairé de très-près.

Du même au même.

A Rosenheim, ce 20 octobre 1800.

Votre lettre du 14, mon cher ami, ne m'est parvenue que hier au soir. Je m'attendais bien que vous trouveriez encore vos amis où ils sont; je ne suis point étonné que vous ayez été bien reçu. Il y avait beaucoup de raisons pour que cela fût ainsi. Quant aux nouvelles connaissances que vous avez faites, il y en a qui ne sont rien moins qu'honnêtes pour moi.

I. Le régiment de Durand, ainsi appelé du nom de son colonel, le chevalier Durand.

Vous en entendrez parler, et je ne vous conseille pas de vous y livrer. Je suis bien persuadé que l'archiduc personnellement ne nous veut pas de mal, et qu'il nous traitera bien pour les quartiers d'hiver, s'il y eu a, et si on le laisse suivre son propre mouvement; mais j'en doute, d'autant plus que j'ai par devers moi des exemples du contraire.

Je savais que le vent était à la guerre au quartier général et à Vienne. Presque personne ne veut y croire, d'après le passé et tous les préparatifs qu'on fait à Lunéville pour le congrès. Mais je suis loin de voir comme cela, et je désire vivement être averti d'avance. Il nous arrive tous les jours des femmes qui s'ennuyaient au dépôt, et des chariots qu'on fait venir pour sa commodité, ne doutant pas de la prolongation de l'armistice. Je voudrais bien me défaire de tout cela de bonne heure, d'autant plus que je ne doute pas que les Patriotes, qui savent par expérience qu'on leur cède le terrain sans difficultés, quand il leur plaît de s'avancer au delà de leurs lignes de démarcation, n'en gagnent beaucoup davantage par le même moyen, à la reprise des hostilités.

Ainsi donnez tous vos soins là-bas, à ce que je sois averti le plus tôt possible, de l'annonce de la rupture ; et officiellement, quand même vous viendriez aussitôt, ce que je désire . J'espère bien qu'on ne vous fera pas déboucher (et prenez-y-garde) avant l'arrivée de toute l'armée à notre hauteur; mais il est très-possible que les Français ne lui en laissent

pas le temps. Dans tous les cas, je me flatte qu'on aura senti à la (in, qu'avec mille hommes d'infanterie je ne peux rien défendre avec succès, si l'on ne me renforce pas considérablement. Je ne demande point à commander ce qu'on m'enverrait, parce que personne n'a moins d'ambition que moi. Ceux qui en ont en sont toujours la dupe, tôt ou tard : mais je demande à être appuyé d'un corps solide, qui puisse me soutenir, et je m'entendrai fort bien avec mes voisins ; mais il m'en faut. Je souhaite que tous ces renforts, sur lesquels on compte si ostensiblement, arrivent avant le printemps ; mais j'en doute. A l'égard de l'armée de Bohême, l'archiduc Charles aura trop à faire contre celle d'Augereau, qui arrivera par la Franconie, pour nous être d'aucun secours. Nous savons depuis longtemps qu on n'aime pas les

Russes. On les craint, dites-vous, comme alliés: il me semble qu'ils ne seraient pas moins redoutables comme ennemis; et je crois qu'à tout prendre, il vaut mieux les avoir pour que contre.

Point de nouvelles sûres de Munich ; il paraît que l'assassinat de Bonaparte ne se confirme pas. On l'avait mandé de Munich comme sûr; on disait même qu'il n'était blessé que légèrement. Un de vos officiers vient de me dire qu'un officier des greutz- hussard s lui avait dit que les hostilités recommenceraient dans quinze jours ; assurez -vous-en, et qu'on m'écrive du quartier général ce que j'ai à faire, et sur quoi je dois compter.

Je vous avoue que cela me fait beaucoup de peine, en général, mais surtout parce que vous allez dans le monde autrichien (chose dont je me doutais bien), de vous savoir là-bas. Cela n'est en vérité pas décent, et votre nom ne vous appartient pas à vous seul; mais à tous les princes du sang de France, à qui vous devez compte de la conservation et de la dignité de votre rang.

Du même au même.

A Rosenheim, ce 2 novembre 1800.

J'ai reçu hier, mon cher ami, voire lettre du 27. Tout est encore fort tranquille de ce côté-ci, comme, à ce qu'il me paraît du vôtre; cependant je désirerais savoir positivement si les quarante-cinq jours finis (ce qui arrive après-demain), on peut compter sur quinze jours d'avertissement avant de s'attaquer. N oubliez pas de me mander cela, car je n'ai jamais pu obtenir qu'on m'en instruisît. Cela est cependant essentiel dans la position où je suis et dans celle où est votre régiment, avec la dispersion qu'on a exigée et qu'on exige encore. Je ne suis pas en peine d'être averti à temps, si les Autrichiens veulent attaquer ; mais si ce sotft les Français, que je ne doute pas un instant qui ne préviennent, si jamais

on en vient là. Il est important que je sache sur combien de jours d'avertissement on peut compter.

11 est sûr qu'il y a eu une conspiration à Paris contre le Consul. 11 paraît qu'elle a échoué; mais on s'attend qu'il y en aura d'autres, et I on mande de cette ville qu'il n est rien moins qu'affermi sur son prétendu trùne.

Vous voyez bien, par la nécessité où vous avez été de vous servir de Ganay1, qu'il est absolument nécessaire que vous ayez quelqu'un avec vous, et il serait plus décent que ce fût ou Vassé ou quelquesuns de vos aides de camp. Je sais bien qu'il n'y a point de cérémonies quand on va dîner chez l'archiduc (Jean) ; mais cependant il est convenable que vous n'y alliez pas seul, et je persiste d'autant plus à désirer que vous appeliez un de ceux que je viens de dire, que cela ne peut vous gêner en rien, et qu'il est désagréable pour eux que vous vous serviez, de préférence, de gens qui ne vous sont point attachés.

Je vous avais mandé, je crois, que votre nouvelle de l'archiduc Charles à Vienne n'était pas vraie. Quelques olliciers autrichiens disent à présent qu'il viendra commander l'armée. Je croyais être sûr qu'il avait refusé; je ne vois encore rien de clair à cet égard.

voulez nous être utile, vous nous

capitaine de la 10* compagnie du régirj lùighien. Ce régiment, dont le jeune prince

Hn beau nom dans les annales de la guerre.

rendriez le plus grand service (je vous expliquerai cela) en faisant ce que je vais vous dire. Ce serait d'obtenir de l'archiduc qu'il ordonnât aux Bavarois et à moi de troquer le bailliage d'Aibling contre celui de Trauenstein; alors votre régiment viendrait ici occuper le bailliage de Rosenheim sur les deux rives avec Durand Je m'en irais de ma personne à Trauenstein, et j'emmènerais avec moi les Nobles à pied et Bourbon. Les Nobles à cheval resteraient où ils sont (les Princes le désirent) et nous lieraient avec vous. Je vous confie qu'il serait de la plus grande importance d'éloigner les Nobles à pied des Nobles à cheval : je ne puis vous en dire la raison par la poste, et il ne faut pas même confier ce motif aux Autrichiens. Mais il faut mettre en avant (point du tout ma commodité, car pour ma personne, je me trouve bien partout), mais l'inhumanité qu'il y aurait à laisser les Nobles à pied où ils sont, partout sans poêle, et tout à l'heure au milieu des neiges.

Je désirerais aussi éloigner mes Gentilshommes d'entendre parler sans cesse de toutes les politesses que les Patriotes font aux Émigrés. Enfin il faudrait dire à l'archiduc qu'à tous égards il me rendrait le plus signalé service de consentir à ce que je demande, qui ne dérange rien du tout à ses dispositions; ce n'est qu'un troc de cantonnements. Faites

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