‹ Histoire Des Trois Derniers Princes de la Maison de Condé Prince de Condéduc de Bourbonduc D'EnghienChapitre 29 sur 40 · Le régiment de Durand · texte numérisé non relu

Le régiment de Durand

tout cela, mon cher, avec autant d'adresse que de franchise; et vous serez un joli garçon (que j'aime bien dans tous les cas), mais que j'aimerai encore bien davantage.

Du même au même.

A Rottcmann, ce 22 décembre 1800, à 9 heures du soir.

Je suis bien aise de vous savoir à Steinach; mais j'avais espéré que ce serait avec tout votre détachement; au reste, je conçois que la neige ait pu retarder l'infanterie. Vous me demandez toujours comment vous placerez votre monde; je vous ai déjà mandé deux fois que ce serait comme vous l'aviez placé à votre arrivée à Steinach. D'ailleurs vous savez que je n'entre jamais dans le détail de vos dispositions particulières. Vous avez assurément toute l'intelligence nécessaire pour cela; je me borne \ous dire toujours : Allez là. Alors il faut y aller; it confiance entière en vous, et aujourd'hui à l'ordinaire. M. de Lanans1 vous aura dit choses; il exigera peut-être que, dans

général comte de Lanans, l'un des plus braves et des ■Iles officiers de i*armée

la journée de demain, je vous envoie d'autres ordres .

Je ne sais pas où vous aviez pris que nous allions sur les derrières uniquement, que c'était pour garder ce passage qui, avec raison, lui paraissait important. Par conséquent, vos démarches, très-connues et très-publiques à Salzbourg, ont été au moins trèsprématurées, surtout avant de m'en avoir parlé ; mais je désire vivement que votre cœur sente ce que votre plume m'exprime. Si, avec cela, je puis vous convaincre des principes invariables de conduite qui doivent guider dans toutes ses actions' un Gentilhomme français, un Prince du sang de Bourbon, il ne manquera rien à ma satisfaction. S'il n'y a rien de nouveau de votre côté, vous pourriez venir me voir demain matin. Je causerais avec vous de la position des choses et de ce qu'il y a à faire par les raisons que je vous dirai. Comme ce sont les actions et non les paroles qui prouvent les véritables sentiments, je suis persuadé que je vous trouverai désormais d'accord avec vous-même; et certainement alors, mon cœur et mes bras vous seront toujours ouverts.

Le même au même.

A Rottemann, ce 28 décembre 1800, à 8 heures du matin.

J'ai reçu votre lettre à cinq heures du matin, et avant de vou9 répondre, j'ai rendu compte à l'archiduc de tout ce que vous me mandez.

D'après le rapport de la Chevalerie, comment avez-vous pu croire un instant que les ennemis, ayant passé la Salza à LaufTen, les Autrichiens, retirés le 1 4 à Neustark et Strasswalchen, comme vous avez pu le voir par la date de la Note de l'archiduc, et ayant abandonné Salzbourg, aient pu avoir un avantage, le 15 ou même le 1G, en avant de cette ville.

Vous avez le monde que l'archiduc a prescrit ; ainsi vous ne pouvez pas vous plaindre. Quelque envie que j'aie de vous secourir dans toutes les occasions, comme je crois vous l'avoir prouvé, je ne le pourrais dans celle-ci, attaché comme vous, et c'est tout dire, à suivre à la lettre les ordres de M. l'archiduc. Je ne puis abandonner la vallée d'Ischl, pour ne garder que celle de Rastadt. Celle-ci Test fort bien par vous ; vous trouverez bon que l'autre le soit par moi, comme je l'entendrai. S'il y a une partie du corps coupée, au moins vaut-il mieux qu'il

ne le soit pas tout entier. Les soixante ou quatrevingts hommes de Durand et les quarante ou cinquante chevaux que vous m'avez laissés par charité ne sont plus à vos ordres, jusqu'à ce que vous m'ayez rejoint. Ainsi gardez-vous de leur en envoyer, attendu qu'ils me sont nécessaires. Si vous êtes pressé dans votre retraite, adressez- vous à moi, et je déciderai, d'après ma position du moment.

Je vous ferai passer les ordres que l'archiduc m enverra.

Comme il est vraisemblable qu'un détachement, commandé par vous, va attirer dans votre vallée les ennemis qui peut-être auparavant ne pensaient pas à y venir, je ne puis m'empècher de vous donner encore un conseil, quoique sans doute fort inutile. C'est celui de ne pas vous compromettre; car ce serait une étourderie, et point du tout un motif de gloire.

Je crois que vous devez voir à présent que, loin d'avoir le bonheur d'être en ligne, vous êtes entièrement séparé de l 'armée autrichienne.

ïl vous avait été envoyé des cartouches avant que je reçusse votre lettre. L'artillerie n'en refuse point, quand elle en a ; mais elle ne peut sufïire qu'au service, qu'elle connaît très-bien, et non au gaspillage, qu'on n'empêche pas assez dans les corps.

Le duc d'Enghien an duc de Bourbon.

A Bruck, en Styrie, ce 3 janvier 1801.

Pardonnez, cher papa, si j'ai lardé jusqu'à aujourd'hui à vous souhaiter et bonne année et bon siècle ; mais c'est qu'outre les marches et contre-marches, affaires d'avant et d'arrière-garde de cette triste campagne, il m'est survenu une forte grippe qui me donne fièvre et courbature très-forte. Je dois cette incommodité, je pense, à la triste tranquillité du triste armistice, après les bivouacs et marches de nuit pendant le cœur de l'hiver. Je ne vous parlerai point des détails de la campagne, de ceux de l'armistice. Rien n'est plus malheureux, plus honteux que les résultats; et cependant il n'y avait rien de • mieux à faire, car notre ennemi (le général Moreau^ , outre sa supériorité de nombre, il faut l'avouer, est aussi bien supérieur en hardiesse et en talent.

Le corps en général a peu souffert; mon régiment et celui de Durand sont les seuls qui se soient trouvés à des affaires chaudes. Durand a perdu soixante-dix hommes à peu près, dix officiers tués et quelques blessés ; mon régiment, trente officiers blessés, quelques dragons tués et une trentaine blessés, à peu près le même nombre de chevaux.

Nous avons fait ce que nous avons pu, mais nous pouvions bien peu. Le jour du passage de l'Inn a été le plus chaud pour nous. Les Français ont passé avec trois divisions sur mes postes. Que pouvais-je faire avec trois cents hommes d'infanterie et trois cents chevaux que je commandais? Notre soutien n'est arrivé qu'à une heure de l'après-midi; le pont était déjà fait, et douze mille hommes que commandait le général Riech n'ont pu faire repasser la rivière à l'ennemi.

Depuis ce moment, la chose a toujours été de mal en pis; et, sans l'armistice, les Français, sans aucun doute, seraient à Vienne aujourd'hui. Nous ne sommes ici que provisoirement; les quartiers de cette partie étant réservés pour recevoir les troupes du Tyrol. Nous supposons qu'à leur arrivée, on nous enverra vers Gratz. C'est une jolie ville, et nous nous y trouverons précisément en carnaval, ce qui n'est pas à négliger.

Hélas ! qu'allons-nous devenir à la paix ; car que peut-on prévoir autre chose que la paix? Je tremble encore d'une nouvelle proposition d'embarquement. Ce serait la fin de tout, la dislocation générale. Quant à moi, je ne pourrais me résoudre à prendre ce parti, que je regarde comme un enterrement moral et politique. Je veux d'une manière quelconque rester sur la scène et finir mon rôle. Je ne crois pas que mon grand-père pût aussi se résoudre à habiter une île, et je sais déjà, car il l'a dit, qu'il conduirait

le corps pour ne pas décourager et prendrait ensuite un parti.

Je voudrais fort connaître en ce moment votre politique, vos espoirs pour l'avenir. Je voudrais être près de vous, prendre vos conseils pour moi, car je suis convaincu que nous allons nous trouver dans la position la plus embarrassante dans laquelle nous nous soyions jamais trouvés.

Du même au même.

Gratz, en Styrie, ce 27 mars 1801.

Vous verrez, cher papa, par la date de ma lettre que la vôtre n'a éprouvé aucun retard; je l'ai déjà depuis quelques jours. J'y ai lu avec bonheur que I aurai* peut-être incessamment la douce satisfaction de voue embrasser, car, par tel événement que ce puisse être, s'il me réunit à vous, ce sera un bonheur pour moi. Je crois vos inquiétudes parfaiteent justes et fondées, et notre sort plus incertain nais.

santé de votre Roi 1 est bien précieuse, et, s'il lit malheur, il y aurait, je crois, tout à

duc do Bourbon résidait alors en Angleterre, et la santé •Wî*s III était aussi précaire que sa raison.

craindre pour nous et pour la tranquillité du pays que vous habitez.

Dan» tous les cas, aujourd'hui comme toujours, puisque vous avez la bonté de me permettre de vous parler franchement, et que vous me demandez des renseignements sur les lieux habitables du continent, je crois qu'il serait préférable pour vous à tous égards de quitter l'Ile le plus tôt possible. Sur le continent, on est libre de prendre le parti qui plaît ou qui convient; il n'en est pas de même, et vous l'avez éprouvé, dans une île. S'il vous était possible, en vous faisant assurer un sort à vie, tel modique qu'il fût, d'avoir l'agrément sous le prétexte de vous réunir à votre famille, de repasser la mer, je suis bien certain que vous n'auriez pas à vous en repentir. Outre l'économie extrême de ces pays-ci, la liberté de choisir le lieu que l'on veut habiter, la vie à volonté, bourgeoise, militaire ou telle que l'on veut mener.

Je ne vous cacherai pas la véritable de toutes les raisons et celle que je regarde aujourd'hui comme la plus importante, c'est de s'éloigner du foyer de la haine générale du monde entier. Notre tâche est finie; nous avons fait ce que nous avons pu, ou cru devoir faire pour notre maître légitime. Il est aujourd'hui bien prouvé que l'on n'a jamais voulu et que Ton ne veut pas le servir. Qu'avons-nous de mieux à faire que d'attendre tranquillement une occasion heureuse de le servir plus efficacement et,

en attendant, de sortir du pays de ceux qui se sont élevés sur nos ruines, et dont la funeste politique nous a précipités au fond de l'abîme? Ne croyez pas qu'ici l'opinion soit la même qu'au moment de votre départ; vous trouverez partout le continent revenu de son enthousiasme républicain. Les têtes sont rassises; on craint les Français, mais on les déteste dans le fond; et l'esprit propagandiste ne fera plus les ravages qu'il menaçait de faire, les premières années de la guerre.

Mais il est un nom encore plus en horreur que celui de français dans l'Europe entière, et une nation contre laquelle va se tourner l'orage le plus violent (l'Angleterre). Dieu sait si elle y pourra résister. Je le regarde comme très-douteux; c'est pourquoi je pense qu'il faut avoir une autre corde à son arc, si l'on veut agir prudemment.

Ces raisons réunies à mon goût me font toujours pencher pour le service d'ici, que je connais à fond, et où je sais que l'on me désire; mais rien ne presse, et si je prends un grand parti, ce ne sera qu'à l'ouverture de quelque guerre nouvelle. A cette époque, si vous étiez par ici, nous pourrions prendre le même parti, car nous sommes trop jeunes l'un et l'autre, pour finir là notre carrière. En attendant, nous vivrions à bon marché, réunis, chassant fort, voisins de quelque ville agréable et absolument particuliers, jusqu'au jour où il faudra être Prince en France ; car ici ce serait folie que de vouloir sou-

tenir un état que Ton n'a plus et sans moyens de faire autre chose que de p... plus haut que le c...

Le duc d'Enghien an doc de Bourbon.

A Gratz, ce mercrdi 29 juillet 1801.

Enfin, j'ai reçu cette lettre que j'attendais avec tant d'impatience, et j'ai vu avec bonheur que mon cher papa ne désapprouvait pas que je sois resté encore quelques mois sur le continent, en attendant les événements intéressants que cette paix passagère peut amener.

Il m'en a bien coûté à me décider à être le dernier à voler dans ses bras, et à retarder volontairement une réunion si désirée ; mais mes raisons sont bonnes puisqu'il daigne les approuver. Encore quelques mois et je franchirai aussi cet espace immense qui nous sépare, et je me réunirai à ce que j'ai de plus cher au monde. J'espère bien qu'alors rien ne nous séparera plus, arrive qui pourra; 6i nous prenons un parti, il faudra désormais le prendre tous les trois, voilà le plus cher de mes vœux.

Je n'ai encore aucune nouvelle du grand-papa, depuis notre séparation à Vienne. Je ne doute pas qu'il ne m'ait écrit de Hambourg; mais rien ne m'est parvenu. Je tremble qu'il ne se soit expliqué un peu

trop clairement sur certains articles, et la lettre lui aura été retenue, car elle eût déjà eu le temps deux fois de faire le voyage et, sans doute, celle-là je ne la recevrai jamais.

Il faut être très-prudent sur tout ce que Ton écrit de ces pays-ci, car tout y passe de nouveau par un scrutin sévère.

Je n'écrirai point cette fois au grand-papa. Ayez la bonté de lui dire ce que je vous mande dans l'article précédent ; je me réserve de lui donner dans ma première lettre des détails très-intéressants, mais peu satisfaisants, d'une certaine affaire dont il vous parlera sans doute, affaire entamée légèrement, avec la dame chez qui sert Roger, le frère du major de Dragons. La dame est terriblement parlante, et elle a ici parlé à une autre dame qui a reparlé, de sorte que cela fait des bavardages à l'infini. La vieille dame m'a raconté tout ce qui lui avait été dit; et on ne lui a rien caché, au contraire. Elle m'a appris ce que je ne savais pas. En tout, je crois que c'est une chose à abandonner; quand je pourrai m'expliquer, je donnerai des détails.

Les affaires de révision de comptabilité se termient. Mon régiment finit aujourd'hui. Cela s'est passé "a satisfaction, quoique nous ayons été chicanés mauvaL>e foi sur bien des articles. Les employés glaisontété si souvent volés qu'ils croient voir vsvol partout, et sont fort étonnés de trouver

11 eût été bien à souhaiter que le grand-papa eut obtenu, à Vienne, une certitude officielle de protection du gouvernement, pour ceux qui sortaient de son corps. On n'aurait pas osé le refuser, et les pauvres ci-devant Condé ne seraient pas ballottés, comme ils le sont aujourd'hui, révoltés des vexations continuelles qu'ils éprouvent. J'ai parlé en leur faveur à la reine de Naples 1 qui a passé ici trois jours et que j'ai vue deux fois. Elle m'a fait faire une note pour lui mettre sous les yeux, et j'enverrai la copie, lorsque je serai en empire.

Posture des choses, je l'ai faite de mon mieux. Elle m'a promis de parler et de faire de son mieux aussi, pour faire changer les ordres rigoureux. Elle a voulu voir les Français, surtout ceux qui sortaient du corps. Je lui en ai présenté une douzaine des plus marquants, représentant pour les autres, tels que Mazancourt, Des Cars, Mauroy, Damas, etç., etc., elle a été parfaite, comme à l'ordinaire.

Le colonel Ramsay * est venu prendre congé de moi hier. 11 va à Vienne passer quelque temps. Il m'a donné des nouvelles d'Égypte qui me font regarder la chose comme loin d'être terminée ; il me paraît que

1. Marie-Caroline d'Autriche, reine des Deux-Siciles et fille de l'impératrice Marie-Thérèse. C'est cette princesse qui joue un rôle plus fameux dans les romans <jue dans l'histoire et qni, après avoir commis bien des fautes, en a été punie par toutes le» impostures accumulées sur sa tête.

2. Le colonel lohn Ramsnv, commîssarre britannique à l'armée de Condé.

Gantheaume a eu le temps de débarquer quelques troupes et que Ton n'a pris de sa (lotte que huit bâtiments de transport vides. Si l'Égypte ne va pas mieux , nous reverrons bientôt la guerre sur le continent. Je crois que c'est le baromètre aujourd'hui de la paix ou de la guerre, pensez-vous aussi la même chose ?

Les affaires du régiment étant terminées et n'ayant plus rien à faire dans ce pays, qui ne m'est pas du reste fort agréable, je vais bientôt me rapprocher et des nouvelles et des moyens de correspondance. Ma société, dont le grand-papa vous parlera sûrement beaucoup, part incessamment et retourne à Ettenheim. Moi qui ne suis pas pressé, aussitôt que tout sera terminé, je prendrai à petites journées avec ce qui me reste de chevaux, la même direction ; mais marrôtant dans les endroits où je me plairai quelques jours, et passant par les routes que je connais encore le moins. Ce sera donc là que vous m'adresserez dorénavant. Il n'y aurait pas de mal de mettre une seconde enveloppe adressée au cardinal de Rohan, le seigneur du lieu, que je ferai prévenir en conséquence, à moins que vous ne préfériez adresser à Mme de Monaco, qui me les ferait passer. Voulezvous bien prévenir de cette disposition mon grandpère.

Je vous recommande, cher papa, mes affaires pécuniaires et vous embrasse du fin fond de mon cœur. Permettez que celui qui a le bonheur de vous voir tous les jours, et avec lequel j'ai été si longtemps,

trouve ici l'hommage de ma respectueuse tendresse.

Je vous écrirai encore d'ici avant mon départ. Je serai au moins un mois à faire ce voyage de la manière dont je me le propose. Bien des événements pourraient changer mes projets. D'autres temps, d'autres soins : voilà notre devise à nous autres militaires, en temps de paix.

La princesse Louise an prince de Gondé.

A Varsovie, an couvent des religieuses du Saint- Sacrement, ce 2 août 1801.

Suis-je entièrement oubliée de mon père? mon cœur, toujours le même pour lui, se refuse à cette triste pensée. Il en serait trop cruellement déchiré ; mais quel long silence ! Mes lettres ne lui sont donc pas parvenues ? je le veux croire ainsi. Pour celle-ci, elle lui sera remise, j'espère, et j en attendrai la réponse avec tout l'empressement de la tendresse la plus vraie comme la plus constante.

On me dit que vous êtes en Angleterre pour le

moment ; on me dit que vous avez acheté une terre

auprès de Vienne. Dites-moi donc vous-même, je

vous en supplie, quelques mots sur ce qui vous

touche. Mon cœur y est si intéressé ! Quant à moi, je

sois à Varsovie; je n'avais aucun motif de me plaire en Lithuanie, et la mort de l'empereur Paul en a hâté ma sortie. Quoique éloignée de Pétersbourg, j'ai craint dans toute l'étendue du pays l'influence du gouvernement des assassins de ce prince. Nous sommes payés pour avoir horreur des scélérats.

J'ignore l'état actuel des choses ; mais vous savez que, dans les premiers moments, ils ont proclamé le jeune Alexandre empereur, à condition qu'ils seraient ses maîtres. Ceci s'est passé dans l'appartement de Paul, dont le sang teignait encore les murs. On avait eu la précaution de l'y laisser.

Pour en revenir à ce qui me concerne, j'ai reçu la réponse du roi de Prusse, à qui j'avais écrit en arrivant pour avoir la permission de demeurer dans ses États. Sa lettre est très-polie et pour l'aflirmative. J'ai choisi ma retraite chez les religieuses Bénédictines de l'adoration perpétuelle du saint Sacrement. I,a maison est jolie; j'y vis en mon particulier avecla fidèle compagne dont je vous avais parlé dans d'autres lettres. Je ne puis pour le moment actuel vous rien dire sur le sort que la Providence me dest i ne, ni quand il lui plaira de le fixer. Quanta mes i< s, ils ont trop de bases, et trop de sincérité ^^tre changés, et certes, leur constance est à «•cuve, je puis le dire. Fidèle au parti que i abandonner le monde, mais fidèle aussi à [ui me paraît devoir, je n'ai cru décent ni iable de laisser le public apprendre à mon

Roi, mon arrivée dans un lieu où il se trouvait. Je lui ai donc écrit aussitôt pour l'en informer, et aussi des raisons qui me privaient d'aller lui oiïrir mes hommages : abandon du monde, de toute parure, etc. etc. Sa réponse fut qu'il sentait cela parfaitement, mais que, ne voulant pas être privé du plaisir de me voir, il viendrait lui-même au parloir, si les usages du couvent ne lui en interdisaient l'entrée. L evêque, ayant donné à la supérieure toute permission pour cela, il a été reçu dans l'intérieur ainsi que M. et Mme la duchesse d'Angoulême, qui l'accompagnaient. Celle-ci est encore venue me voir deux fois depuis. M. le duc d'Angoulême m a aussi amené hier M. le duc de Berry, arrivé de la veille, et qui est venu passer ici quinze jours seulement.

Au nom de Dieu, un mot de votre chère main ! Mon père, aimez votre iille; elle en a besoin. Oui, aimez-la, et continuez-lui des bontés que son cœur sait apprécier. J'ose vous demander aussi de lui en continuer les preuves que vous avez bien voulu lui en assurer, quant à son existence. Voyages, déplacements nécessités par les circonstances, un pays où la vie est chère, un couvent où les religieuses mêmes sont obligées de recourir à leurs parents pour se procurer leurs nécessités, parce que le monastère a perdu ses biens par les révolutions, tout cela, malgré ma stricte économie, (et plus stricte que vous ne pouvez imaginer), m'oblige à vous dire ce mot. De plus il y a beaucoup de perte ici sur les ducats

de Hollande même. Quant aux papiers de Russie, il n'y faut pas penser ici, j'en ai prévenu MM. Livio. Au surplus, ils ont été très-exacts jusqu'à présent; mais je ne sais si les événements n'ont rien changé à la face de vos affaires ; le hasard m'ayant fait apprendre que vous aviez tout fait vendre ce que vous aviez dans ce pays-là.

Laissez-moi, je vous prie, vous embrasser aussi tendrement que je vous aime. J'ai trouvé des cousins ici, pourquoi n'y ai-je pas trouvé un père que mon cœur chérit et chérira jusqu'à son dernier soupir? 0 mon Dieu ! je vous en supplie, regardez mon père dans votre bonté et votre miséricorde.

Encore un mot, c'est une idée qui m'est venue hier, et que je vous soumets. Il m'a été dit qur le roi d'Angleterre vous donnait cent mille francs de pension, quatre-vingt à mon frère et soixante à son fils. Est-ce vrai? ne l'est-ce pas? Je l'ignore; niais si cela est, ou en totalité ou en partie, ou bien cn6n si l'on vous témoigne assez d'obligeance pour suivre mon idée, voici ce dont je vous prie : c'est de donner à la roine d'Angleterre la lettre ci-jointe. Une bonne petite somme (je vous le dis tout naturellement) me ferait grand plaisir, car si je me fais religieuse, jamais il ne fut plus nécessaire d'apporter une dot, \u le triste état où réduisent les couvents le peu de gou\ iTnements qui les souffrent. Que vous ayez des pensions ou non, à quoi ne vous réduisent pas vos malheurs ? et combien ma tendresse ne souffrirait-

elle pas de vous être à charge ? Vous me trouverez peut-être un peu hardie avec les souverains ; c'est vrai. J'ai toute honte bue. Pourquoi rougirions-nous d'être les victimes de notre fidélité à notre Dieu et à noire Roi?

Pardon de ce barbouillage et de cette adresse au milieu de ma lettre. Je n'avais pas cru y mettre d'enveloppe.

La reine Louise de Prusse à sœur Marie-Joseph

de la Miséricorde.

Charlottenbourg, ce 14 août 1801.

Madame, la confiance de Votre Altesse royale, dans tous les temps, m'a flattée. Combien, dans des circonstances aussi douloureuses, un vœu qui, par sa nature même les atteste, a-t-il dû exciter ma sensibilité? Votre Altesse royale veut, dans une retraite profonde, pleurer ses pertes ou plutôt s'étudier à ne les pleurer plus. Le Roi laisseà son choix cette consolation, et vient, à ma prière, d'intimer son aveu au ministre de la province. Mme de la Rosière est comprise dans les ordres que M. de Wols a reçus à cette occasion. Il est bien juste qu'au moins vous puissiez déposer vos peines dans le sein de 1 amitié. Veuillez, madame, dans mon empresse-

ment à répondre à Votre Altesse, voir l'expression de la parfaite estime avec laquelle je suis,

de votre Altesse royale,

la très affectionnée cousine,

Louise1.

Le dnc d'Enghien an chevalier Jacques.

A Inspruck, ce mardi matin, 8 septembre 1801.

J'ai de vos nouvelles, mon cher Jacques1, à Ulm, et je sais que tout allait bien jusque là. Ainsi je pense que le plus fort étant fait, le reste se sera bien passé. A présent il s agit de terminer les marchés pour mon nouvel établissement. N'oubliez jamais que l'économie est la base constante que vous devez suivre.

Je mande à la Princesse que je la prie d'arranger

1. Fille du duc de Mecklembourg-Strelitz, la reine Louise de Prusse est la mère des rois, Frédéric-Guillaume IV, et Guillaume I". Cette princesse, aussi belle que vertueuse, fut, de la part de l'empereur Napoléon dans quelques-uns de ses bulletins, l'objet de tristes insultes. Elle mourut, en 1810, à trente-quatre ans, frappée au cœur par des outrages immérités. Les Prussiens ont élevé à cette reine un monument qui est devenu un lieu de pèlerinage et de vénération publique.

2- Le chevalier Jacques, créé par Louis XVIII baron de Saint- Jacques, était le secrétaire des commandements du duc d'Enfrhien.

DE LA MAISON DE CONDlî.

avec vous tout ce qui regardera le logement. Ne vous adressez jamais pour rien au cardinal deRohan; quand il y aura quelque chose qui dépendra de lui, allez-en parler à la Princesse, qui vous dira ce qu'il y a à faire. En général, ne lui parlez en détail de rien de ce qui me regarde. Vous verrez qu'il est assez difficile à vivre1, quoiqu'aimable; mais il est fin, adroit, et je ne veux pas qu'il soit au fait de mes affaires. Prenez poui- tout l'intermédiaire de la Princesse, et, à lui, parlez-lui peu.

Occupez-vous du logement de Cbeffontaine et de Jonville. Vous pouvez commencer leur loyer à partir du 20 de ce mois ; je n'arriverai probablement pas plus tôt, et pas plus tard que le 30. Tâchez qu'ils soient bon marché. Le cuisinier n'a aucunes provisions à faire jusqu'à mon arrivée ; mais il faut qu'il s établisse de manière, et il en a le temps, à avoir ses fournitures au meilleur marché possible; car je veux, cet hiver, mettre beaucoup d'économie dans ma table.

La Princesse me mande que vous m'écriviez à Rempten. Votre lettre aura le temps d'y arriver, car je vais encore faire une tournée dans ces montagnes-ci.

Vous me manderez quelques détails sur mon établissement. Arrangez et terminez les marchés; j'aime

I. Le cardinal de Rohan, si tristement connu par l'affaire du collier et par ses relations avec Caglioslro.

mieux trouver tout fait pour mon arrivée; et comme je ne suis pas difficile, je trouverai certainement tout bien.

Le duc d'Enghien au duc de Bourbon.

Ettenheim, ce mardi 29 septembre 1801.

11 y a peu de jours, j'ai écrit à mon grand-père, cher papa, pour l'instruire de mon arrivée ici, et de la réception de ses deux premières lettres. J'espérais en trouver une de vous, mais je n'ai pas eu ce bonheur. Il me paraît, d'après ce qu'il me mande, que nos affaires sont encore loin d'être terminées. Cette lenteur ne m'étonne pas et je l'avais prévue. J'attends avec impatience le premier résultat qui, je pense, sera de nous assurer de quoi vivre à chacun , mais peut-être faudra-t-il l'attendre longtemps? L'intervalle est assez pénible à passer, surtout lorsqu'on mange son fonds, comme je le fais en ce moment, et que le fonds est aussi court que le mien; car mes économies ont été courtes, pendant la guerre, où ma position me nécessitait une dépense considérable, et aujourd'hui, chaque jour je dépense et ne reçois plus rien.... Ma vie ici sera aussi économique que possible et en même temps agréable. J'y suis près d'un intérêt constant et qui fait le bonheur

de ma vie intérieure. Je profite du bon temps qui me reste avant que le devoir ne m'oblige à prendre des liens plus sérieux ; mais probablement moins agréables. Heureusement que, jusqu'à ce jour, aucune des tentatives légères, qui ont été faites par mon grand-père, n'ont eu de succès. J'en ai joui intérieurement sans le lui marquer, et sans m'opposer à ce qu'il a cru devoir faire pour en assurer la réussite. Cette occupation rendra mon hiver ici fort heureux. Si j'y pouvais joindre l'espoir de vous voir vous rapprocher incessamment de ces climats, et la certitude de ne pas mourir de faim un jour, je serais très-heureux. Je puis acquérir ces deux certitudes d'un moment à l'autre par vos lettres ; ainsi jugez de l'impatience avec laquelle je les attends.

Du même au même.

Etteuheim, ce jeudi 8 octobre 1801.

Je ne vous écrirai, cher papa, qu'un petit mot pour vous accuser la réception de votre lettre, n'ayant rien de particulier à vous mander, depuis ma dernière que vous recevrez peu de jours avant celle-ci.

Puissent les espérances que contient la vôtre se réaliser ! Sans être riches, nous aurions au moins de quoi vivre, ce serait beaucoup. La réserve de

fans engagement pour la vie est d'une rare prudence ; au reste, elle doit peu inquiéter, car quand on prendrait engagement, cela ne donnerait pas plus de certitude. On en serait quitte pour y manquer, quand cela conviendrait. Il est parfaitement simple que mon traitement soit inférieur au votre; ma reconnaissance n'en est que plus vive, cher papa, pour vous de ce que vous avez sollicité pour le faire augmenter. J'attends avec impatience les déterminations qui seront définitivement prises probablement dans le cours de ce mois.

Ces affaires une fois arrangées, dites-moi quel serait votre désir, soit de rester où vous êtes, soit de venir de nos côtés. 11 est important que je coq- . naisse en gros vos projets afin d'y subordonner les miens. Sont-ils dépendants ou non de ceux du chef? est-ce près de lui ou de votre côté que vous voudriez-vous fixer? et ne préféreriez-vous pas avoir quelque chose en propre et pouvoir dire enfin après si longtemps : je suis chez moi? Quant à moi, je serai trop heureux si je puis allier le bonheur de vous voir avec celui de ne pas me séparer d'une bonne amie que j'espère bien et que j'ai l'amourpropre de croire que \ous aimeriez aussi, si vous la connaissiez.

Je serais bien curieux, à propos d'elle, de savoir si le grand-père vous en parle.

Longtemps il a craint des choses sérieuses; et je ne ï-iiis s il est encore revenu de ses soupçons, je puis

dire injurieux pour moi, car je ne lui ai jamais donné lieu de croire que j'eusse une assez mauvaise tête pour être un jeune homme à grandes sottises. Et ce serait, ce me semble la plus grande possible que de contracter un pareil engagement, sans l'autorisation de ses parents. Je n'y ai jamais pensé. Ayez, cher papa , la confiance en moi de me mander s'il m'a jugé sévèrement auprès de vous, et mettez-moi à même de me disculper de bien des torts imaginaires qui m'ont été supposés, et que le perfide entourage du chef n'a pas manqué d'accréditer et d'envenimer autant que possible. Je vous nommerai un jour les masques.

Nous avons appris hier la paix de l'Angleterre1. On dit cette nouvelle officielle, et les réjouissances bruyantes en Alsace nous font présumer qu elle est hors de doute; les conditions seront intéressantes à connaître. Voici donc un grand mouvement arrivé, et l'ouverture d'une autre scène où il faudra tâcher de prendre part. Les armes françaises vont changer de but, et les révoltes de Passwan-Oglou1 seront avant peu soutenues et protégées par une armée de

1. Les préliminaires de la paix, qu'on appelle la paix d'Amiens, du nom de la ville où le traité fut conclu, se signèrent le 1er octobre 1801.

2. Passwan-Oglou, né à Widdin, en 1758, était un de ces Orientaux, moitié soldats, moitié pirates de terre, qui ont ouvert la question d'Orient en se révoltant chaque année contre la Sublime- Porte. Il opérait principalement dans la Valachie, et fut toujours prêt au pillage et à la gloire. Sa vie fut un roman; elle se termina en 1807.

cinquante mille Républicains. Déjà des troupes filent en Italie, et l'on y prépare un embarquement. L'empereur des Romains1 vient de rassembler une armée d'observation sur la frontière de Moldavie. Les Russes prendront part à cette nouvelle guerre, et c'est avec eux, ce me semble, qu'il serait agréable d'aller nous amuser, l'été prochain. Si ma politique prend la tournure que je pense, la paix de l'Angleterre ne me paraît qu'un coup de politique adroit pour rétablir la guerre sur le continent. 11 faut de l'occupation à la nombreuse armée française. Sa stagnation dans l'intérieur serait trop fatale à Bonaparte pour qu'il la souffre : la paix avec l'une le force donc à faire la guerre à l'autre. Nous verrons sous peu, si je me trompe.

Charles de Damas, qui, à mon départ de Gratz, est allé voir le Roi à Varsovie, mande, il y a deux jours, que le lendemain il va avec toute la ville à la triste cérémonie qui doit mettre une barrière éternelle entre le monde et Mme la princesse Louise. Il ne s'explique pas davantage. Ce qui me laisse, d'après ce que mon grand-père me mandait encore dernièrement, une faible lueur d'espérance que ce n'est

1. Charlemagne, en 800, avait ressuscité l'Empire romain, aboli par Odoacre. A l'extinction de la race carlovingienne en Allemagne, ce titre se perdit et fut repris par l'empereur Othonl", devenu maître de l'Italie. Depuis ce prince, l'empire d'Allemagne adopta officiellement le titre de : Saint- Empire Romain de la nation germanique. L'archiduc héréditaire s'appelait empereur ou roi des Romains.

qu'une prise d'habit, et point encore une prononcia tion de vœux déflnitive. Je le saurai très-incessamment, car il arrive sous peu de jours. Sans doute elle en aura instruit ou son père ou vous.

Adieu, cher papa, je vous embrasse et vous aime de tout mon cœur.

Je viens de louer une petite chasse tout près d'ici. Je m'y amuse de temps en temps; j'ai deux chiens courants excellents, surtout pour le chevreuil et le lièvre. Je les conserverai soigneusement, dans l'espérance de les faire chasser devant vous quelque jour. Puisse le ciel faire que ce soit bientôt !

Je vous en prie, occupez-vous du pauvre chevalier de Cbeffontaines, qui est avec moi et n'a absolument rien à espérer pour l'avenir, ni du dehors ni en France. Obtenez une pension pour lui, si modique qu'elle soit du gouvernement ; vous m'obligerez autant que lui.

La princesse Louise an duc de Bourbon.

Au couvent du Saint-Sacrement, a Varsovie, ce 18 octobre 1801.

Oh! non, mon cœur ne pouvait se le persuader que mon tendre frère, que mon unique et si cher ami fut devenu insensible pour moi ! J'étais dans des transes et une peine mortelle. Mais croire.... oh!

non, encore une fois, je ne le pouvais : que mon Dieu vous récompense du bien que vous m'avez fait par votre lettre. Oh! quel soulagement! de quel poids énorme elle m'a délivrée. Des larmes de bonheur et de tendresse surtout l'ont arrosée. Je vous remercie, je vous remercie mille fois, mon bien bon frère. Jamais je n'ai donné la commission dont on a inventé de se charger; je me doute quel est celui qui a pris cela sur lui.

Par la dernière lettre que j'ai écrite à mon père, vous aurez été instruit de ma position actuelle. Je ne me rebute point par les difficultés, ni par les vains jugements d'un public, que je connais assez pour donner sûrement le nom de légèreté et d'inconstance (si ridicule à mon âge), à ce qui n'est au contraire que l'effet de la constance la plus enracinée. Vous savez que, dans sa bonté, Dieu nous a doués, vous et moi, d'une grande droiture de caractère, de sentiments et même de conscience; et nos torts, soit passés, soit actuels, ne viennent que de l'illusion que se fait trop souvent cette dernière. Eh bien! cher ami, Dieu m'est témoin que cette droiture est ce qui fait la base de la piété que je tâche de professer aujourd'hui.

Franche et droite avec mon Dieu, je ne puis ignorer ce qu il demande d'un cœur auquel il se fait sentir avec tant de force et de constance. On me dira que cependant il n'a pas encore permis le succès; c'est vrai; niais quels obstacles y a-t il appor-

DE LA MAISON DE CONDÉ. Ml

tés? Ni ennui, ni fatigue, ni santé altérée, ni amour du changement, ni incohérence dans les idées ; rien de tout cela. Mais ce que ma conscience cherche, ce sont des engagements dénués d'abus qui trop souvent empêchent de les remplir. Or ces abus ont mille formes différentes. Il en est de relâchement, il en est aussi d'un zèle outré, dont les dangers ont plus d'inconvénients qu'on ne peut se l'imaginer. Tout cela s'aperçoit par l'expérience. Mais faut-il pour cela se rebuter ? Faut-il pour cela se détourner de la voie à laquelle un Dieu nous appelle? Il est de foi que le bien qu'il demande de nous n'est jamais impossible, parce que cela serait contraire à sa sagesse inûnie. J'ai l'assurance intime qu'il demande de moi, au moins tous mes soins, tous mes efforts, toutes mes tentatives pour me donner à lui entièrement.

Eh bien! je ne néglige et ne négligerai rien; je sacrifierai tout à la fidélité que je dois au cri de ma conscience, soumise à ce que le Ciel ordonnera du succès de mes vœux. Je sais toujours qu'il récompensera même mes désirs, et aussi mes efforts et ma droiture.

Quelque soit le langage d'un cœur qui ose enfin renouveler ses épanchements et sa confiance en vous, je suis sûre que mon bien-aimé frère l'entend et n'en prendra point d'ennui. Il m'aime encore. — Mon Dieu, que cette certitude me rend heureuse. Je trouve tout ce qu'il me dit sur la politique très-

juste et très-fondé, et suis entièrement de son avis. Je suis bien aise qu'il se trouve le moins mal possible dans le pays où il est. J'ai bien de la peine à croire aux nouvelles que I on vous dit sur certain mariage.

Mais à propos de cela, est-ce que vous ne vous démenez pas pour marier votre fils? Je sais que c'est dillicile, mais il ne faudrait pas tenir aujourd'hui à des Princesses Royales ; (comme I on dit ici) notre mère et bien de nos grand'mères ne l'étaient pas. Je me méfie un peu de votre paresse sur cet article. Pour Mlle d'Orléans1, je vous dirai bonnement que, malgré tous les pardons du monde, je ne me soucierais pas de ce sang-là.

Le duc d'Enghien au duc de Bourbon.

Ettenheim, ce 10 novembre 1801.

J ai toujours attendu de vous mander, cher papa, de ne plus adresser vos lettres au Cardinal. À présent que je suis arrivé et établi, adressez-les moi directement; les postes sont exactes dans cette partie. Je vous dis tout cela de suite, parce que voilà deux lettres que j'oublie de vous en parler pour avoir voulu ne vous le dire qu'à la fin.

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