‹ Histoire Des Trois Derniers Princes de la Maison de Condé Prince de Condéduc de Bourbonduc D'EnghienChapitre 30 sur 40 · La princesse Adélaïde d'Orléans, sœur de Louis-Philippe · texte numérisé non relu

La princesse Adélaïde d'Orléans, sœur de Louis-Philippe

Quelle triste lettre que votre dernière du 23 octobre ! Quoi ! vous voilà déterminé à passer encore l'hiver en Angleterre. Plus d'espoir de vous embrasser cet automne! Je m'en étais bien flatté, et je jouissais du bonheur en idée de vous chercher dans ces environs un établissement agréable, commode, une chasse, le voisinage d'une ville, enfin tout ce que j'aurais cru pouvoir vous plaire ou vous être agréable. Au lieu de cela, vous voilà cherchant à louer à la campagne une maison, obligé de quitter une ville où l'on va fêter et choyer nos ennemis. Eh! bon Dieu, pourquoi ne pas être revenu par ici?

On n'entend parler ni d'ambassadeurs, ni de fêtes, ni d'aides de camp du Premier Consul. On y est libre d'aller, de venir; personne ne prend garde à vos pas. Enfin, je suis sûr qu'à la vie sauvage près que vous savez qu'il faut mener en Allemagne, puisqu'il n'y existe pas de société, vous vous plairiez dans ces environs.

Pardonnez, cher papa, si le chagrin de la triste certitude que m'a apportée votre lettre semble par mes expressions me faire désapprouver votre résolution.

Hélas! je dirai de vous comme du bon Dieu : que votre volonté soit faite! mais je n'en serai pas moins triste, pas moins affligé, que cette volonté n'ait pas été tout autre. 11 faut encore que vous me pardonniez pour le désir que je vous témoigne de vous rc-

voir sur le continent, puisque, d'après ce que vous me mandez, des liens chers vous retiennent encore. Pourquoi donc tout ne s'arrange-t-il pas mieux dans la nature? Pourquoi faut-il que le bonheur de l'un fasse souvent le tourment de l'autre? Pourquoi faut-il que, partagé entre le désir de voler à vous et celui de ne pas sortir d'ici, je sois forcé pour obtenir l'un de renoncer à l'autre? Je le ferai cependant, car je vous assure que j'ai un besoin extrême de vous revoir, de vous embrasser, de vous aimer de près; aimer de loin est si triste. Si vous ne venez pas au printemps, je pars. Je viens vous chercher; vous en serez bien aise, n'est-ce pas ? Dites-le moi, cher papa, cela me fait tant de plaisir, quand je m'assure qu'une si longue absence n'a point affaibli votre tendresse pour votre enfant.

Soyez donc assez bon pour me donner quelques détails ultérieurs sur vos projets. 11 nous est encore impossible, me dites-vous, de prendre un parti définitif sur nos établissements. Sans doute je le crois; mais encore on a des projets vagues, peu fondés, qu'un rien dérange. Par exemple, si la Princesse1 va en Angleterre, c'est fini. Mon grand-père ne revient plus. Eh bien! et vous, resteriez-vous aussi? Vous m'aviez si bien fait espérer que vous repasseriez sur le continent ! Si vous restiez où vous êtes, vous voyageriez donc en Écosse? de là chez des con-

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