M. de Nolives était un ami particulier du duc de Bourbon
aux illuminés et a une confiance entière à ces messieurs ; mais cela ne fait rien. Il s'agit dans ce moment-ci de répondre à une politesse. J'ai pensé que si j'écrivais, ne pouvant faire qu'un refus motivé, une lettre se montre, peut se perdre ou être copiée, et voilà tout de suite l'histoire du jour. Voilà donc le parti que je prends et que vous exécuterez, si vous l'approuvez, comme je l'espère.
Vous irez chez Mme la duchesse de Bourbon avec le petit mot d'autorisation que je vous envoie, que vous lui montrerez, mais que vous ne livrerez pas et que vous pourrez brûler après. Vous lui demanderez une audience particulière; vous lui direz que je vous ai mis au fait de la démarche qu'elle a faite vis-à-vis de moi ; que je lui aurais répondu moimême pour la remercier de l'offre généreuse qu'elle me fait, si je n'avais pas craint qu'une lettre de moi pût la compromettre, dans les circonstances présentes, si elle venait à être interceptée ; que c'est la seule raison qui m'a empêché de lui écrire. Qu'au reste, depuis trois ans que je suis sorti de France, je m'attendais tous les jours à 1 événement qui vient d'arriver; que je n'ai aucun mérite à le supporter avec courage, puisque je le partage avec tant de braves gens qui n'ont pour toute jouissance qu'une conscience pure et un attachement sans bornes à leur Roi et à leur Patrie; que je suis bien décidé à partager leur sort, quel qu'il puisse être, à vivre et à mourir, s'il le faut. D'ailleurs reconnaissance,
remercîments et politesses sans fin. Je vous ai donné le canevas, mon cher Nolives; je ne suis pas embarrassé que vous ne disiez tout ce qu'il y a à dire ; mais évitez tant que vous pourrez de parler religion, parce que vous finiriez par vous disputer. Vous me ferez part, mon cher Nolives, du succès de votre commission et vous m'en ferez les détails.
M. de Nolives au duc de Bourbon.
Paris, le 8 avril 1792.
Monseigneur,
M. Robin1 m'a exactement remis la lettre que Votre Altesse sérénissime m'a fait l'honneur de m'écrire, le 27 du mois dernier. Je suis toujours extrêmement touché des marques de son souvenir et de la continuation de ses bontés dont elle veut bien m'honorer.
J'ai appris avec une véritable peine que Monseigneur avait été obligé de garder sa chambre, à cause d'un mal au pied assez considérable. J'espère qu'à la réception de ma lettre il n'en sera plus question, non plus que de la fièvre de Mgr le duc d'Enghien ; je le désire du moins de tout mon cœur.