Marie-Joséphine-Louise de Savoie, épouse de Louis XVIII
C'est pour vous éviter un léger détail, dont je ne veux pas vous importuner.
Je vois avec plaisir que vous êtes content de cette nièce que je n'avais pas voulu pour filleule. Le temps change toutes choses ; j'espère que son mariage sera heureux, d après ce que Ton dit de M. de Rully ; mais ce qui fait grand bien à mon cœur c'est votre union avec mon frère. Continuez, je vous prie, à partager votre tendresse entre vos deux enfants, qui, près ou loin, seront pour vous ce qu'ils doivent être. Pour ma part, les larmes qui coulent de mes yeux en vous écrivant ceci, vous seraient (si vous en étiez le témoin) la fidèle expression de ma sincérité comme de ma sensibilité.
Le duc d'Enghieu au prince de Condé.
Ettenheim, ce 17 décembre 1803.
J'ose espérer, cher papa, que vous daignerez recevoir avec bonté, l'hommage de mes vœux au veilement de l'année, et que vous rendrez ice au sentiment sincère qui les dicte, l'ai reçu, il y a trois jours, la lettre de Contye, Jée du \ 7 du mois dernier, dans laquelle en était M de M. de Rully qui m'écrit à l'occasion de son Oserais-je vous prier de lui remettre ma
réponse, qui ne contient que des politesses. Vous ne m'avez parlé dans aucune de vos lettres, de cet objet, qui, vu la tendresse extrême de mon père pour cet enfant , en devient un intéressant pour moi.
Il me semble, cher papa, qu'il y a un mois vous étiez toujours dans la même position. Voilà le temps favorable aux Français pour leur descente passé, et je ne crois pas qu'à moins d'un soulèvement général en Irlande, ils tentent rien de sérieux avant l'été prochain; et, d'ici là, que de changements à prévoir ?
Le Continent paraît prêt à s'agiter, mais nous n'avons aucune idée arrêtée comment. Ce qu'on peut prévoir c'est que la France veut occuper une armée mécontente et mal payée, à quelque prix que ce soit. Sur qui tombera l'orage ? Peu importe au Premier Consul, pourvu qu'il reste en place; et il chancèle, cela est positif. Nous ne savons point le but d'une marche de trente à quarante mille Autrichiens, qui s'exécute en ce moment vers les frontières de Bavière. On donne des prétextes, mais le vrai, on le cache. La Prus9e est menacée, dit-on; la France et l'Autriche seraient-elles donc de moitié? L'avenir nous éclaircira les idées. Tout ce qu'il y a de trèsfâcheux, c'est que je ne vois pour nous et notre cause que nullité absolue pour le moment. Aussi j'enrage de tout mon cœur, d'autant plus qu'une guerre continentale, réunissant tous les partis contre Pen-
nemi commun, il n'y a plus de réaction à espérer dans l'intérieur, surtout si l'étranger a du suocès.
Serez-vous assez bon, cher papa, pour remercier Contye, de ma part, de la peine qu'il se donne de m'écrire. Je le prie bien de continuer ce bulletin intéressant, surtout s'il arrivait quelque chose de nouveau de vos côtés. Nous sommes si trompés parles gazettes et les mensonges extraits des papiers français, que nous sommes toujours des siècles à savoir la vérité.
Bonaparte, Premier Consul, an citoyen RéaT.
Malmaison, le 1" Germinal an XII. (23 mars 1804.)
Citoyen Réal, conseiller d'État, vous trouverez ci-joint un portefeuille rouge du duc d'Ënghien contenant les lettres de change ci-après :
1. Cette lettre se trouve aux Archives de l'Empire, et elle donne le bilan de la petite fortune du duc d'Ënghien, petite fortune saisie à Ettenheim et enlevée avec le prince. Nous ne savons par quels motifs ce document inouï et d'uu laconisme si expressif, au lendemain d'une telle exécution, n'a pas été publié dans la volumineuse Correspondance de Napoléon I". On l'a oublié, par calcul évidemment. Ne nous croyant pas tenu à tant de réserve , nous lui donnons l'hospitalité, parce que cette lettre prouve, de la manière la plus péremptoire, que le Premier Consul ne songea à prendre connaissance des papiers et portefeuilles saisis à Ettenheim que vingt-quatre heures après la mort du duc d'Ënghien. Dans toutes les hypothèses, c'était un peu tard.
LÏÏTRE AUTOGRAPHE DD DUC m BMîîN AU PHÏN7E DE CORDE.
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Une lettre de change de 2000 ducats.
Une — — de 7 1 50 florins d'Empire. Une — — de 100 louis.
Une — — de 3 850 florins d'Empire. Une — — de 500 louis.
Une — — de 300 louis.
Ci-joint également deux notes qui y sont relatives.
Signé : Bonaparte.
Le roi Louis XVIII au prince de Condé.
A Varsovie, ce 26 mars 1804.
J ai reçu, mon cher cousin, votre lettre du 13 février, et vous pensez bien que la réponse de M. Addington4 qui, dans les circonstances présentes, ne pourrait être en d'autres termes, m'a fait grand plaisir.
Vous devez savoir actuellement les terribles événements commencés à Paris, le 13 février. J'en suis profondément affligé. Je pleure tant de braves gens qui vont, je ne puis malheureusement me flatter du contraire, périr pour une entreprise dont je ne peux juger le fonds, puisque j'en ignorais jusqu'au projet5;
1. Hynri Addington, vicomte Sidmouth, ami et successeur de Pitt au ministère.
2. C'est la découverte de la conspiration des généraux Piclregru,
mais la douleur ne m'abat en aucune façon. Malgré les dégoûtantes flatteries que Bonaparte se fait adresser à ce sujet, l'opinion publique, ne s'est pas moins prononcée contre lui; et les mesures tyranniques qu'il emploie pour faire périr plus sûrement ses victimes, lui donneront, il n'est que trop vrai, cette terrible joie; mais elles hâteront l'instant de sa perte.
Le duc de Gramont m a soumis la lettre qu'il vous écrit. Tous mes gardes du corps me sont chers ; tout ce que vous ferez pour eux, je le prendrai à mon propre compte; mais il est tout simple que j'aie un intérêt de préférence pour MM. de Lukerque et de Maldent. Le premier, grièvement blessé, au château, le 6 octobre 4789, l'autre choisi par le Roi, mon frère , pour l'accompagner dans le malheureux voyage de Varennes ; enfin tous les deux ne m' ayant pas quitté une minute depuis sept ans. Aussi je vous les recommande plus particulièrement encore qu'aucun, et ce que le duc de Gramont vous propose pour eux, me paraît d'autant plus facile, que ce n'est faire injustice à personne.
Je charge M. de Bonnay1 de vous faire passer
Georges Cadoudal et Moreau, qui occupe le roi Louis XV111. Par le texte de cette lettre absolument privée, et où la vérité ne peut se déguiser, il est facile de voir que le Souverain exilé n'avait pas plus connaissance de ce complot que Louis-Joseph de Bourbon et les autres princes de la famille royale.
1 . Le marquis de Bonnay, un des plus beaux caractères de cette époque, fut souveut appelé à la présidence de l'Assemblée natio-
cette lettre, et d'y ajouter quelques détails. 11 a plusieurs titres pour cela. Officier de mes gardes du Corps, et ayant été en relations avec vous sur ce même sujet, placé par moi à la tête de mon petit bureau de correspondance, enfin mon secrétaire particulier, en l'absence de d'Avaray, qui a été encore obligé d'aller passer cet hiver à Venise, d'où je l'attends vers la fin de mai, ou le commencement de juin. Je vous prie donc d'adresser à M. de Bonnay votre réponse au duc de Gramont, en l'absence de ce dernier et de d'Avaray.
Adieu, mon cher cousin, vous connaissez toute mon amitié pour vous.
Signé: Louis.
Le roi Louis XVIII au prince de Condé.
A Varsovie, ce 2 avril 1804.
Je ne m'étendrai point en regrets, mon cher cousin, je ne vous parlerai ni de ma douleur, ni de mon
nale. Le comité des recherches l'accusa d'avoir favorisé le voyage de Varennes. Il répondit très-noblement à la tribune : « Si le Koi m'avait demandé mon avis, je ne lui aurais pas conseillé ce départ; mais s'il m'avait choisi pour le suivre, je répète que je serais mort à ses côtés, et que je me glorifierais d'une telle mort. * En 1804, il était le ministre de Louis XVIII.
indignation. Vous et votre fils (à qui cette lettre s'adresse également) vous connaissez mon cœur.
Le coup nous est commun; mais je dois à ma famille, et plus particulièrement à vous, compte de mes démarches en cette occasion. Sentant vivement la peine de ne pouvoir rien par moi-même, j'ai écrit aux deux Empereurs et aux rois d'Espagne, de Naples, de Prusse, de Suède et d'Angleterre, pour les appeler au secours de mon troisième fils (je n'ai jamais mieux senti combien il Test). Je croirais les offenser, si je doutais de leur empressement à faire les démarches que je leur demande avec instance. Puissent-elles, par leur prompt effet, effacer jusqu'aux traces de la douleur dont nous sommes pénétrés en ce moment.
Adieu, mon cher cousin, vous savez si je vous aime.
Louis.
e Charlotte de Rohan à la comtesse d'EcqueviUy.
Ettenhein, ce 6 avril 180d.
3 j'existe encore, chère comtesse, c'est que „mt la douleur ne tue pas. Grand Dieu! à ux malheur étais-je réservée? Au milieu cruels tourments, des inquiétudes les plus
douloureuses, jamais l'horrible crainte qu'ils pussent attenter à sa vie ne s'était offerte à ma pensée. Hélas ! il n'est que trop vrai cependant, que le malheureux a été leur victime, que ce jugement inique, que ce jugement atroce, auquel tout mon être se refusait à croire, a été prononcé, exécuté à l'instant même. Je n'ai pas le courage d'entrer dans les détails de cet affreux événement; mais il n'en est pas qui ne soit déchirant. Il n'en est pas qui ne glace d'effroi, je ne dis pas l'être sensible et bon, mais celui seulement qui a conservé quelques sentiments humains.
Seul, sans appui, sans secours, sans défenseur, accablé d'inquiétudes, exténué de besoin, et après cette pénible route, sans lui laisser prendre un instant de repos que la nature épuisée réclamait, ils se sont hâtés de prononcer son jugement, pendant lequel le malheureux s'assoupit plusieurs fois.
Quelle barbarie! grand Dieu! et il a fini abandonné de la nature entière, sans qu'aucun être sensible ait partagé son sort et souffert avec lui, sans qu'une main amie ait essuyé ses larmes, et fermé sa paupière.
Ah! je n'ai pas le cruel reproche à me faire de n'avoir pas tout tenté pour le suivre. Le Ciel sait si je n'aurais pas hasardé ma vie avec joie, je ne dis pas pour le sauver, mais pour adoucir les derniers moments de la sienne. Hélas! ils m'ont envié cette triste douceur.
Prières, instances, tout a été inutile. Je n'ai pu partager son sort; ils ont préféré me laisser cette triste existence, qu'ils ont condamnée à d éternels regrets , à d'éternelles douleurs. Je suis seule ici, c'est-à-dire seule avec mon père. Vos trois amis sont errants, sans pouvoir trouver un asile, repoussés de partout et calculant la fin de leurs moyens, sans prévoir celle de leur route. Quelle situation ! Quant à moi, chère comtesse, je suis là et je suis bien mal; mais où serais-je mieux? Ses malheureuses gens y sont; tout ce qui tenait à lui y est encore, et j'y attends que ses dernières volontés soient connues, si tant est qu'il soit possible de les obtenir. Peut-être il y a disposé de ma vie ; il savait bien qu'elle lui appartenait; et tant que je conserve l'espoir de connaître son vœu, je ne me déciderai point. Qu'importe où je traînerai les jours qu'ils m'ont laissés sans intérêt, sans but; car, vous le savez, chère comtesse, bonheur, espérance, tout dépendait de lui; tout reposait sur lui. Plaignez, ah! plaignez votre malheureuse amie, chère comtesse, jamais on ne fut plus sensiblement, plus profondément malheureuse.
torons encore le sort de ceux qui l'ont mt à Paris, hors Féron, Joseph et Pouont resserrés plus que jamais dans la \t de Strasbourg depuis huit jours.
Le roi Louis XVIII au duc de Bourbon.
A Varsovie, ce 9 avril 1804.
Nous venons, mon cher cousin, de faire la même perte. Votre douleur ne surpasse point la mienne; mais souffrez que je vous offre une consolation. Les derniers instants de notre fils l'ont montré digne du nom que sa vie illustrait. Vous en pouvez goûter encore une autre que je vous envie, c'est de surmonter vos peines, pour adoucir celles d'un père, d'un héros que la gloire voudrait qui vécût à jamais, mais qui, pour son propre bonheur, a peut-être déjà poussé trop loin sa carrière. Conservez-le, mon cher cousin, conservez-vous vous-même. La France et moi, nous n'aurons pas tout perdu.
Le duc de Bourbon à la duchesse de Bourbon.
Ce 12 avril 1804.
Envoyée par la poste. Le double envoyé par Mme de Laage avec
le post-scriptuin du 7 juillet.
Madame, c'est la mort dans l'âme et en versant des larmes qui ne tariront qu'avec ma vie, que je
dois vous dire combien je partage votre douleur. Notre bon. et cher enfant n'existe plus. Hélas! nous en sommes privés à jamais. A jamais, grand Dieu! quel coup affreux! et comment y survivre?
Vous aurez su les détails de cet événement horrible, sur lequel votre position ne me permet pas de faire aucune réflexion. Toute âme sensible et honnête fera sûrement à cet égard toutes celles que font ses parents désolés. Hélas! notre pauvre et cher d'Enghien n'existe plus! les larmes me suffoquent. Je les môle à celles d'une mère et c'est tout dire. Le Ciel punira sans doute un jour un forfait aussi abominable; mais notre douleur n'en sera pas moins éternelle.
Adieu, Maaame, armez-vous de tout le courage qui sera en votre pouvoir, pour supporter le plus grand, le plus terrible des malheurs. Adieu, Madame, adieu. Croyez aux sentiments que je vous ai voués, comme à mon désespoir qui ne finira qu'avec ma vie. Oh, oui ! nous pleurerons toujours ce bon et cher enfant.
P. S. Voulez -vous bien parler de mes peines ^cruelles à M. le prince de Conti 1 et à Mme la du-
La maison de Conti formait la branche cadette de la maison îondé. Elle aussi, elle a donné à la France d'illustres capiles et plus d'un grand homme. Par malheur, elle s'est éteinte Jie assez triste mauière dans la personne de Louis-François- Jej>h de Bourbon, dont il s'agit ici. Ce dernier prince de Conti 'attacha plutôt par peur que par conviction à la cause révolu-
chesse d'Orléans. Ils les partageront sûrement avec tout l'intérêt qu'inspirent des âmes sensibles comme les leurs.
Du 7 juillet.
Vous aurez sans doute entendu parler des bruits de mariage secret de notre malheureux enfant, avec la princesse Charlotte de Rohan-Rochefort, avec qui il était intimement lié; mais je puis certifier, par ses lettres à lui-même, qu'il m'a toujours assuré qu'ils étaient faux, et je le connaissais assez pour être sûr qu'il ne contracterait jamais un pareil engagement, sans notre consentement. La certitude en est encore acquise de nouveau par des lettres mêmes de la princesse, qui nous les déclare dénués d'aucun fondemeut.
La duchesse de Bourbon au duc de Bourbon.
Votre lettre n'étant point signée, Monsieur, et ayant peu connu votre écriture, je suis incertaine , si ce n'est point une lettre supposée, à laquelle je
tionnaire. Il fut faible et pusillanime devant ses exigences et, oprès avoir été renfermé longtemps au fort Saint-Jean, à Marseille, avec le citoyen d'Orléans- Égalité , il fut déporté en Espagne, où il mourut obscurément. C'est ce prince de Conti que Louis XV appelait toujours : mon cousin l'Avocat.
réponds l. Mais je préfère, en me trompant, vous prouver quels sont mes sentiments, plutôt que de risquer de manquer à un devoir, si je ne me trompais pas; car je suis infiniment touchée de voir que le lien , qui eut dû nous tenir plus liés durant sa vie, est, après qu'il vient detre rompu, ce qui me rappelle encore à votre souvenir. Quoique vous croyez l avoir perdu pour jamais, non , non, Monsieur, il ne l'est pas pour moi, ce cher lien qui m'a coûté tant de larmes depuis sa naissance, car il subsiste et plus véritablement aujourd'hui pour mon cœur, qu'il n'existait pour sa malheureuse mère, durant sa vie.
Ah ! pourquoi ne m'en a-t-il pas cru? pourquoi , hélas ! toute ma famille ne pense-t-elle qu'à la gloire de ce monde et oublie-t-elle que la gloire du Ciel ne s'achète que par le renoncement à toutes choses,
1. Cette lettre de la duchesse de Bourbon, non datée, parvint à son mai 1 par l'intermédiaire de Louis-Philippe d'Orléans, ainsi que le constate le billet suivant :
Twickenham, ce 22 août 1804.
« Je m'empresse, Monsieur, de vous remettre une lettre de ma tante pour vous que ma mère vient de me transmettre. Ma tante est dans le doute relativement à l'authenticité de la lettre qu'elle a reçue, et elle désirait que je m'en informasse. Mais je crois remplir ses intentions en vous la remettant immédiatement, et je serai trop heureux d'avoir pu contribuer à vous offrir quelque soulagement et quelque consolation. Je saisis avec plaisir cette occasion de vous renouveler, Monsieur, l'assurance des sentiments de haute considération et de sincère amitié avec lesquels je suis votre très-affectionné,