‹ Histoire Des Trois Derniers Princes de la Maison de Condé Prince de Condéduc de Bourbonduc D'EnghienChapitre 35 sur 40 · L.-P. d'Orléans · texte numérisé non relu

L.-P. d'Orléans

que par la plus profonde humilité, que par le pardon des injures et même l'amour de nos ennemis? en un mot, que le chemin qui conduit au bonheur éternel, est l'unique de la croix portée volontairement , maximes qui condamnent nécessairement tous les sentiments et tous les actes qui sont en opposition avec ces principes évangéliques.

Hélas ! je les goûte trop tard pour mon malheur ; mais ils font aujourd'hui toute ma consolation. Que ne puis-je, Monsieur, vous les faire adopter, en vous arrachant à un monde trompeur qui ne séduit que pour empoisonner, et qui n'offre aucune ressource, aucun baume salutaire à des plaies aussi cruelles que les nôtres? Oui , j'espère que notre enfant, qui juge mieux aujourd'hui du néant des choses humaines, sera dans 1 éternité le lien qui nous y réunira, par les soins que son âme va prendre de la nôtre , étant ouverte aux sentiments purs et vrais.

Sa douce influence se fera sentir à votre cœur ; elle s'y insinuera pour vous faire abjurer tout sentiment de vengeance, tout désir de rattraper des biens trompeurs, des avantages qui vous sont enlevés, non par les hommes , comme vous pouvez le penser, mais par Dieu même qui se sert des instruments qu'il lui plaît pour accomplir ses volontés sur la terre, et sur tous ceux qu'il a voulu peut-être humilier en cette vie pour les sauver en l'autre.

Oui, voilà mon espoir, c'est que Dieu, dans sa miséricorde, aura mis en sûreté notre pauvre enfant,

en le faisant passer par une pénitence terrible , laquelle ayant effacé ses péchés en un moment, le met en état d'être plus utile à sa famille , qu'il ne l'eût été en entretenant de faux principes dans son âme.

Comment voud riez-vous, Monsieur, qu'avec de telles pensées, je puisse pleurer comme les autres? Ah ! ma plus insupportable douleur est de voir tous ceux qui doivent m 'être chers si loin de mes sentiments et de ma profonde conviction , puisqu'ils ne cessent de se précipiter eux-mêmes dans tous les malheurs qu'ils accumulent sur leurs têtes. Hélas! ne voyez dans cette lettre que le désir bien sincère de vous offrir la seule consolation que je connaisse à notre commun malheur. Daignez , Monsieur, en donner connaissance à votre sœur, si vous entretenez quelque commerce de lettres avec elle. Je me recommande à ses prières et vous prie de l'assurer de ma constante amitié, comme vous devez être sur de mon ardent désir de vous retrouver dans l'éternité aussi heureux que je le désire.

ise Charlotte de Rohan à la comtesse d'Ecquevilly

Ettenheim, ce 3 mai 180**.

/ai été profondément touchée, profondément jée do votre lettre, chère comtesse; combien la

peine que votre touchante sensibilité ne parvient pas à adoucir, doit être amère et douloureuse ! Ah ! croyez que j'en ai joui cependant, que en vous lisant, je me suis reprochée d'accuser la Providence. Non, elle ne m'a pas tout ôté , lorsqu'elle me laisse des amis si sensibles et si tendres. Pourquoi ne sommesnous pas ensemble, chère comtesse? pourquoi ne puis-je verser dans votre cœur, dans ce cœur qui m'entend si bien, les douloureux regrets qui oppressent et déchirent le mien ? Qu'il est aimable ce mouvement, que je suis touchée des offres de celle qui vous en a fait d'aussi obligeants, et de la part qu'elle prend à mon malheur ! que je suis reconnaissante de l'intérêt de la princesse Lobkowitz. Que de bontés, que d'amitiés j'éprouve de toutes parts! c'est à lui que j'en fais hommage. Comment tout ce qui l'a connu ne me plaindrait-il pas? Perdre à la moitié de sa carrière l'être qu'on aimait le plus, celui dont on était uniquement aimée! — Le perdre, hélas! comment ?

Oh ! mon amie , que de détails déchirants ! que de circonstances cruelles! que de malheurs qui ajoutent encore à cet affreux malheur ! Que de reproches n'ai -je pas à me faire ?

S'il ne m'avait pas aimée, il ne serait pas venu ici ; il n'aurait jamais quitté ses parents; et il existerait encore. Est-il possible que moi qui l'aimais tant , j'aie pu troubler sa vie, peut-être hâter sa fin, et combien cette pensée pèse sur mon cœur ! Je n'ai

430 niSTOIRE DES TROIS DERNIERS PRINCES

pas encore de leurs nouvelles, mais je n'en suis pas étonnée. J'avais adressé une première lettre à la baronne pour qu'elle la fît mettre à la poste à Munich , imaginant bien que toutes lettres venant des environs devaient être examinées avec soin, et peutêtre soustraites. La baronne n'a pas osé les faire partir, sans consulter son père, qui a craint de se compromettre et les a soigneusement gardées dans son secrétaire , pendant plus d'un mois , époque à laquelle il a cru pouvoir hasarder de les faire mettre à la poste

Tant qu'ils n'auront pas reçu de mes lettres, ils ont dû croire que j'avais partagé son sort, et je ne conçois pas encore que cela n'ait pas été. Ah! je n'ai pas du moins à me reprocher de n'avoir pas tout tenté pour le suivre.

Je ne sais si je vous ai mandé que, quelques heures après ce funeste événement, j'étais, partie pour Strasbourg. Je n'espérais pas le voir; mais, dans une situation semblable, un être absolument dévoué, qu'aucune crainte ne peut arrêter, peut espérer n'être pas inutile. D'ailleurs je pouvais savoir son sort, et cette démarche eût pu me le faire partager. A peine y étais-je qu'un officier de gendarmerie et l'accusateur public vinrent m'interroger sur les motifs de mou séjiM » nie connaissez assez, chère coin-

l'état moral de l'Europe dit l'assassinat du duc

tesse, pour juger que ce n'était pas, dans le moment où il pourrait y avoir quelque danger, que je n'aurais pas avoué hautement, le sentiment qui m'y portait. Ils savaient déjà à quoi s'en tenir, car une grande partie de mes lettres se trouvaient dans ses papiers; mais les miens étaient en règle; et, après avoir, sous le prétexte de l'intérêt , tenté de me faire dire ce qu'ils imaginaient que je savais, ils se retirèrent. I

Ce fut dans cette conversation que je sus par eux qu'il existait un testament de lui , fait depuis plus d'un an, dont il leur avait demandé de ne pas prendre lecture, mais auquel il avait obtenu d'eux la permission d'ajouter quelques articles; que ce testament , cacheté par lui et par eux , avait été adressé au Premier Consul , avec plusieurs billets d'argent prêtés par lui *.

1. Le prince de Condé, le duc de Bourbon et le duc d'Enghicn, réduits par les confiscations, les séquestres et les ventes nationales à la plus profonde indigence, ne vivaient que grâce à la pension accordée par l'Angleterre. Mais, sur cette pension qui, à des princes ayant possédé une immense fortune territoriale, ne devait paraître qu'un morceau de pain, ils avaient trouvé te secret de continuer à répandre des bienfaits. Seulement pour ne pas humilier les misères de l'exil, qui s'adressaient à eux en toute confiance, ils ne donnaient plus ; ils prêtaient sur billets. Ces billets sont encore dans leurs papiers de famille ; ce qui prouve qu'ils n'ont jamais été présentés à échéance. Il y en a de signés par des prêtres, par des évôques, par des généraux, par des magistrats, par des émigrés de la plus haute noblesse ou de la plus digne roture, et principalement par des veuves d'officiers ou de soldats tués sur les champs de bataille. Cette liasse de chiffons périmés forme, sans contredit, une des plus belles pages de l'histoire des trois derniers Condés.

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Sûre que ses parents mettraient un grand prix à connaître ses dernières intentions; que les remplir serait pour eux une consolation, j'ai demandé au roi de Suède, qui m a marqué le plus sensible et le plus touchant intérêt, de vouloir bien le réclamer. Il Ta fait avec un empressement extrême ; mais jusqu'ici ses démarches ont été sans succès , et je ne me flatte plus.

Honteux de cet horrible crime, ils voudraient, je crois, l'ensevelir dans un profond oubli. Us craignent tout ce qui peut rappeler l'indignation contre eux, et l'intérêt pour lui

1 . Ces paroles de la princesse Charlotte n'ont pas besoin de commentaires; mais pour démontrer jusqu'à l'évidence l'impression que produisit la mort du duc dhnghien, nous allons entendre un homme qui ne fut jamais hostile à Bonaparte.

Fiévée, l'un des plus habiles et des plus clairvoyants publicistes de ce siècle, était le correspondant du Premier Consul, son admoniteur secret et son Égérie politique. Il avait été chargé par lui de le tenir au courant de l'opinion en Europe, et en France surtout. Fiévée lui écrivait par quinzaine, sous forme de not*s, et il lui parle avec autant de liberté que d'esprit et de raison. Kn 1836, il a réuni et fait imprimer ses notes sous ce titre: Correspondance et relations de J. Fiévée avec Bonajnirte, premier consul et empereur (1802 à 1813).

Eu mars et avril 180^, l'éerivain s'adressant au Premier Consul, s'exprime très-librement sur les généraux Pichegru, Georges Cadoudal et Moreau, dont le procès s'instruisait. Il lui montre le chemin à suivre ; il entre avec lui dans des détails intimes et tout personnels, qui plus dune fois durent froisser l'amourpropre de Bonaparte. Mais Fiévée lui-môme, autorisé à tout discuter, ne se sent pas le courage d'user de l'autorisation. Il est muet sur le duc d'Engbien ; et si muet qu'en 1836, afin d'expliquer ce silence au public, il fait un aveu aussi triste que concluant.

« Pour avoir, dit il, la certitude que rien ici n'est exagéré, il

Concevez-vous, chère comtesse, que le malheureux ayant demandé avec instance , d'être entendu en confession, on a eu la barbarie de le lui refuser,

et de motiver cet inhumain refus, sur la crainte que son supplice ne fût retardé de quelques heures. Sans doute aux yeux de Dieu, ce désir a suffi; mais il n'y a pas de criminel à qui les consolations de la Religion aient été refusées. Je sais aussi qu'il m'a écrit, que ses derniers moments m'ont été consacrés, et l'on a la cruauté de me priver de cette dernière marque de souvenir et de tendresse. J'ignorerai toujours ce qu'il a désiré. Ses derniers vœux ne sont pas remplis. Je flotte dans la plus cruelle des incertitudes , je ne sais ce que je dois, ni ce que je veux devenir.

Ah ! chère comtesse , si vous pouviez être près de moi , je ne craindrais pas de vous fatiguer de mes peines. Je suis sûre que vous les partageriez , que vous souffririez avec moi, comme moi. Ah! croyez, chère amie, que même à la distance qui nous sépare, votre amitié me fait du bien.

Le marquis de Thumery est encore à la citadelle de Strasbourg; les autres sont à Paris, ils existent encore. Ses gens sont au cachot aussi à Strasbourg.

Imaginez , chère comtesse , que mon pauvre Mo-

faut se rappeler que cette Note a été écrite dans les premiers jours d'avril 1804, et que M. le duc d'Enghien avait été assassiné le 21 mars précédent, d'une manière si brusque qu'on ne l'apprit qu'en entendant crier dans les rues son prétendu jugement. L'effroi fut si grand et si général que, dans le premier moment, il l'emporta môme sur la pitié et sur l'indignation. » (Tome 1, p. 237.)

hiloiï l'a suivi. Hélas! c'est le seul ami qui lui soit resté. La femme du gouverneur de Vincennes Ta recueilli et paraît mettre un grand prix à le garder, ayant dit cependant que, si elle savait qu'il fût pour moi, elle se déciderait à me le rendre. Je lui ai écrit, et j'espère qu'elle ne se refusera pas à me donner cette petite consolation, car le sentiment qui l'a portée à conserver ce chien , suppose une âme sensible et bonne f.

Le duc de Bourbon au roi Louis XVIII.

Londres, ce 5 mai 180*1.

Sire,

Je ne saurais trouver d'expressions assez fortes pour témoigner à Votre Majesté combien je suis sensible à l'intérêt si touchant dont elle honore la mémoire de mon malheureux enfant. Étant destiné à le pleurer toute ma vie, je n'éprouve d'adoucissement à ma douleur, qu'en songeant à ses dernières paroles : « Dieu, sauvez mon Roi et délivrez la France de ce joug étranger qui l'opprime ! >>

1. On avait bâti tout un petit roman sur l'histoire de ce pauvre chien. Pour montrer jusqu'à quel point l'impératrice Joséphine avait pris de l'intérêt au duc d'Enghien, ou disait qu'elle-même s'était occupée de recueillir Mohiloff et de le renvoyer secrètement à la princesse Charlotte. Le> dernières paroles de la lettre de cette princesse lèvent toutes les incertitudes.

Puisse le ciel exaucer les derniers vœux du troisième fils de Votre Majesté (nom si cher qu'elle a bien voulu lui donner). Puissent ses bourreaux se contenter d'un sang si pur, versé avec la barbarie la plus raffinée! Puisse un crime si atroce être le signal de leur perte! C'est le voeu d'un père au désespoir et d'un sujet fidèle.

Je suis avec le plus profond respect,

Sire,

de Votre Majesté, le très-humble et obéissant serviteur et sujet,

Lolis-Hemu-Joseph de Bourbon.

Le roi Louis XVIII au duc de Bourbon.

A Varsovie, ce 7 mai \S0k.

Mes larmes étaient bien loin d'être taries, mon cher cousin; votre lettre les a renouvelées avec plus d'abondance que jamais ; mais ce n'est plus seulement la douleur qui les fait couler, c'est l'amitié, l'attendrissement le plus vrai.

Quoi 1 dans un pareil moment, vous avez songé à moi! Sans doute l'assassin d'un héros ne peut vtre arrêté par un vain titre1, et plût à Dieu qu'il

1 . Le bruit s'était répandu en Angleterre que Bonaparte, au moment de se déclarer empereur des Français, voulait s'emparer

se fût attaqué à moi, que j'eusse été sa seule, sa dernière victime ! mais plus je suis sensible à l'intérêt que vous me témoignez, plus je dois dissiper vos touchantes alarmes. Ma position me défend d'un attentat caché et la générosité du Souverain, qui me donne asile, ne me permet pas d'en craindre d'autres. Le règne du crime aura son terme, et je goûte d'avance une sorte de consolation, en songeant aux honneurs publics que nous rendrons un jour à celui qui n'a encore de monument que dans nos cœurs.

Le roi Louis XVIII au prince de Condé.

A Varsovie, ce 7 mai 1804.

Je désirais, mon cher cousin, et je craignais presque également de recevoir de vos nouvelles. Je connaissais votre tendresse et votre fermeté : Tune m'effrayait pour vous, l'autre pouvait à peine me rassurer. Votre lettre termine cette pénible incertitude. Elle a, il est vrai, renouvelé ma douleur; mais elle a calmé mes trop justes craintes pour vous. C'est le seul baume qui peut en ce moment

de la personne de Louis XVIII. Le duc de Bourbon avait écrit au roi pour le prévenir. Nous avons déjà dit que cet enlèvement n'a pas même existé en projet.

être versé sur la plaie de mon cœur. Elle est bien cruelle, cette plaie; elle saignera toujours, mais, tant que votre fils et vous me serez conservés, elle sera supportable.

C'est sans doute un adoucissement à votre douleur de songer qu'aucune imprudence de celui que nous pleurons n'a causé notre mallieur; mais il avait, aux yeux du tyran, deux crimes irrémissibles, son nom et sa gloire.

Je me suis acquitté de vos commissions pour la Reine, pour mes enfants. Ils se sont empressés de vous exprimer tous leurs sentiments, en apprenant la fatale nouvelle. Aujourd'hui ils ne peuvent qu'admirer le courage que vous avez eu de m'écrire dans une telle affliction.

Votre fille vous répond sûrement aujourd'hui, ainsi qu'à son frère. Je crois cependant remplir un devoir en même temps que je goûte une véritable consolation, de vous dire qu'elle est aussi bien que nous pouvions nous en flatter, et qu'elle a reçu ce coup avec toute la sensibilité que vous lui connaissez, mais avec toute la force que donne la Religion.

Adieu, mon cher cousin, vous connaissez toute mon amitié pour vous.

Louis.

Le roi Louis XVIII au duc de Bourbon.

A Varsovie, ce 2k mai ISOk.

Jai reçu, mon cber cousin, votre lettre du 9; Ah ! ne me parlez pas de votre sensibilité à la part que je prends à votre douleur. (Test moi, je le disais encore hier à votre sœur, qui suis reconnaissant de ce qu'on partage la mienne. Vous-même avez dit le mot : « J'ai perdu mon troisième fds. » Que son assassin, dédaignant même le titre qui m'appartient, en prenne un qui flatte davantage son orgueil; le sang qu'il a versé, crie contre lui à ce tribunal, où les tyrans, ni leurs flatteurs ne sont écoutés, et le dernier vœu de sa victime y sera exaucé.

Condamnés à lui survivre, que cet espoir nous aide à supporter nos peines.

L'empereur Alexandre de Russie au prince de Gondé.

A Saint-Pétersbourg, le 1er juin 180d.

Monsieur mon cousin, j'ai reçu les deux lettres de Votre Altesse, du 6 et du 18 avril, sur l'enlèvement et la fin tragique d'un prince dont je connais-

sais les exploits et les qualités, si rares à son âge. Les vues de la politique ne devant point étouffer les sentiments d'humanité, j'ai manifesté ouvertement les miens sur cet événement et je désire qu'en l'apprenant, Votre Altesse en ait ressenti quelque consolatioB.

Il est certain que je n'eusse rien négligé pour sauver, s'il eut été possible, ce digne rejeton d'une race illustre; mais je n'ai appris le danger que quand le coup était déjà frappé. Maintenant que votre malheureux et illustre petit-fils n'existe plus, je ne puis que déplorer avec vous sa cruelle destinée et prendre la part la plus vive à vos chagrins, vous priant d'être persuadé des sentiments sincères d'estime et d'intérêt avec lesquels je suis, Monsieur mon cousin, de Votre Altesse,

le bien affectionné cousin,

Alexandre.

(An 1804) Arrestation de mon fils et sa mort*. Je suis revenu de la campagne de Gold-Grecn

1. Afin d'alimenter ses tristesses et de ne pas perdre le souvenir de tous les incidents qui occupèrent sa vie, durant les heures d'incertitude et d'anxiété, s'écoulant à Londres entre l'enlèvement

chez M. Edouard Dillon *, le lendemain de Pâques, 2 avril; le 3, au matin, en lisant le Morning -Herald, j'y ai vu, avec autant de surprise que de douleur, l'arrestation du duc d'Enghien, à Ettenheim, le 15 mars, sa translation à Strasbourg, et de là au

château de Vincennes, près Paris, où il est arrivé le 21 matin, à six heures , et y a été jugé à neuf par une commission militaire qui l'a condamné à mort

du duc d'Enghien et son assassinat, le duc de Bourbon a rédigé de sa main et sous ce titre un récit détaillé et complet de tout ce qui lui est arrivé et de ce qu'il a fait. C'est, pour ainsi-dire, l'autopsie de la douleur prise sur le vif et mêlée aux événements de la journée. Ce procès- verbal, où les fausses nouvelles, inspirant de fausses espérances, viennent à chaque minute arrêter les pleurs, a quelque chose de navrant dans sa simplicité. On sent que le père se contient à chaque mot qui tombe de sa plume, et qu'il éprouve une espèce du sombre jouissance à ne laisser échapper sur le papier qu'une faible partie des désespoirs dont son cœur est pleiu.

Ce mémento, où les agitations du corps étouffent les agitations de l'âme, et ne laissent place qu'au désir de sauver à tout prix un enfant si aimé et si admiré, nous a paru digne d'être conservé. Nous le publions en faisant une remarque, qui certainement n'échapperait pas au lecteur.

Le duc d'Enghien a été fusillé le 21 mars 180**, mercredi de la Passion; et c'est, le 3 avril, que la nouvelle de son arrestation a été connue à Londres. Le 10 avril seulement, dix-neuf jours après sa mort, on l'a apprise dans cette ville. Quoiqu'il n'y eût alors ni bateaux à vapeur, ni télégraphes, ni aucun moyen de transmission électrique, un pareil retard, même en temps de guerre, nous semble aussi anormal que inexplicable. Le Moniteur du 23 mars publie le jugement rectifié, la condamnation et l'exécution. 11 faut donc supposer qu'il a mis dix-sept jours à traverser le détroit ou que, pour un motif que nous ne connaissons pas, le Moniteur, les feuilles publiques et les lettres particulières auraient été retenus à la poste de Paris.

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