L'abbé de Latil, plus tard cardinal archevêque de Reims
du roi de Naples, et du roi de Suède, ses lettres de part, en son nom et au mien, pour Leurs Majestés, et s'est déeidé aussi, quoique avec peine, à écrire au roi d'Espagne, d'après l'observation que je lui ai faite que le Roi lui avait écrit pour lui demander sa protection pour notre malheureux enfant.
Le prince de Galles, le duc de Clarence, le duc de Kent et le duc d'Orléans, sont venus le matin sur les deux heures et nous ont fait une visite d'environ une heure. Le prince de Galles nous a dit qu'on avait arrêté à Londres deux Français, soupçonnés fortement d'être dans l'intention de l'empoisonner. On a appris la veille la mort de Pichegru, dit dans les papiers français s'être étranglé lui-même.
Le *20, il y a eu encore un service à la chapelle de King-Street, pour mon enfant, où se sont rendus MM. de Damas, de Hullv et Contve.
Le 21, M. de Contye a porté à l'ambassadeur d'Espagne la lettre de mon père pour Sa Majesté; mais comme je l'avais prévu, il a refusé très-poliment de s'en charger. Celui de Portugal a refusé aussi, ne trouvant pas le protocole de l'adresse en règle. Monsieur est venu seul sur les une heure nous faire une visite.
L ambassadeur de Suède, M. de..., est venu à
- a fait part de toutes les démarches M. Suédoise, pour notre inalheusqu'elle a\ait appris son arreôtatemps nous a assuré que le
Margrave de Baden , n'avait su, que deux heures après l'arrestation, le passage des troupes françaises de l'autre côté du Rhin. Il est à désirer pour son honneur que cela soit vrai1.
La princesse Louise au prince de Condé.
Loué soit le Très-Saint-Sacrement.
à Varsovie, ce k août 1804.
....On dit qu'il est question de donner au Roi une petite possession en Russie, de lui laisser porter ce titre et de lui former une apparence de courette (ce mot est de mon invention). Je trouve que tout cela a dû (en France) rendre jadis M. Stanislas Leckzinski fort heureux*. Mais pour Louis de Bourbon, roi de France, je pense tout autrement.
1. Par les documents que nous avons publiés, il reste avéré que le Grand-Duc de Bade ne connut l'enlèvement du duc d'Enghien que deux heures après. Par peur du Premier Consul, il n'eut que l'insigne faiblesse de s'incliner en tremblant devant le fait accompli.
2. Stanislas Leckznski, roi électif de Pologne et père de la reine, épouse de Louis XV. Après avoir été renversé du trône par les Russes de Pierre Ier et avoir subi toutes les épreuves d'une royauté malheureuse, Stanislas vint se réfugier eu France où, grâce à une de ces fortunes qu'on ne trouve que dans les romans, sa fille, pauvre et délaissée, se vit reine tout à coup. En vertu du traité de paix conclu à Vienne, le 18 novembre 1738, Stanislas
Tout ou rien ; et rien, vu les choses et les causes, est, à mes yeux, ce qu'il y a de plus honorable. Mais ceci n'est ni de mon ressort ni de mon sujet. Je reviens à vous : je vous avoue que je ne vous verrais point avec plaisir rapprochés tous deux à un certain point de ladite courette. Vous savez mieux que moi qu'un rassemblement de Princes réussit rarement, et qu'ils ne sont jamais plus unis, dans ces occasions, que lorsqu'ils vivent chacun de son côté.
Au surplus, je ne vous cache pas qu'il m'a été dit, que le gouffre des intrigues de Versailles existait dans ce qui est aujourd'hui. Ah mon père! à moins que l'honneur ne vous en tire, vivez, non pas heureux (ce n'est plus possible), mais tranquille dans votre intérieur. Pardonnez si je me mêle de vous donner un conseil; c'est l'élan d'un cœur dont vous connaissez toute la tendresse.
abdiqua son titre de roi, en en conservant les honneurs. Il fut mis en possession viagère des duchés de Lorraine et de Bar qui, à sa mort, firent retour à la France. Sa cour de Lunéville et de Nancy ou plutôt sa courette, pour nous servir de l'expression de la princesse Louise, est célèbre et le nom de bienfaisant que la Lorraine décerna à Stanislas est consacré par la reconnaissance des peuples.
Dans un ouvrage récemment publié à la librairie d'Amyot, éditeur, rue de la Paix, M. Alfred d'Almbert a peint avec autant d'esprit que d'érudition les mœurs et les usages de la Lorraine ainsi que la cour de Stanislas.
De la même an même.
Loué soit le Très-Saint-Sacrement.
A Varsovie, ce 22 avril 1805.
J'ai reçu hier votre lettre du 10 mars, qui me tire d'une grande peine, puisque vous aurez la bonté de m'envoyer quelqu'un à Dantzig, par le premier convoi marchand qui partira d'Angleterre. Quel qu'il soit, je m'y confierai, puisqu'il viendra de votre part, et je serai un peu rassurée sur les dangers de circonstance d'un tel voyage. Au surplus, on dit ici qu'il n'y a rien à craindre sur ce que vous me mandez relativement à Lubeck. Quant à mon départ pour Dantzig, je désirais qu'il eût lieu dans quinze jours au plus tard; mais M. de Bonnay (entre les mains duquel me voici tombée, et entre nous, selon moi, ce n'est pas une petite chute, car il me déplaît fort), M. de Bonnay donc est venu ce soir, me représenter qu'il valait mieux le remettre à trois semaines, c'està-dire au 13 mai. Je ne vous écrirai point les détails du peu d'obligeance qu'on a mise à me rendre un aussi léger service.
Ceci me donne l'expérience qu'il est des gens qui ne savent qu'accorder des grâces, et n'entendent
kïk HISTOIRE DES TROIS DERNIERS PRINCES
rien à faire un plaisir. Or, je n'ai assurément pas prétendu demander une grâce; ce n'a jamais été mon genre. La Reine, qui a été fort bien pour moi dans tout ceci, est venue hier me voir, et part demain matin avec mon duc d'Havré, que je regrette sincèrement. Il paraît par votre lettre, que vous n'avez pas reçu les siennes, c'est-à-dire la réponse à la vôtre d'abord, et une autre antérieure, je crois, de quelques jours à la mienne du 24 février, à laquelle vous répondez. Il en est bien fâché, et m'a chargé de tous les hommages possibles pour vous et pour mon frère aussi. Je pense que je n'aurai plus la consolation d'avoir de vos nouvelles ici; mais seulement à Dantzig par votre ambassadeur.
Vous devez être fatigué et harassé de tous mes dits et redites, et la bonté avec laquelle vous les avez supportés, n'a pas été pour moi une légère preuve de la tendresse que vous voulez bien me conserver, et que mon cœur sent plus vivement que je ne pui9 vous l'exprimer. Ah mon père! qu'il me sera doux de vous presser encore contre ce coeur qui vous est si dévoué. Je ne puis retenir mes larmes en pensant à ce moment. N'ayant plus (au moins, je l'espère), à rabâcher des embarras de mon départ, je vais vous parler d'une autre chose, dont je veux que vous soyez instruit seulement, car vous n'éprouverez aucune importunité de ce qui en est l'objet.
Après ma sortie de la Trappey retirée à Nieswktz,
en Lithuanie, dans un couvent, non cloîtré (comme la plupart de ceux de ce pays) et où j'ai passé deux ans, sans nulle apparence de possibilité de trouver un monastère où je pusse suivre ma vocation,, une petite fille, d'environ quatre ans, fut mise à ma porte, abandonnée de son père et de sa mère. Ils se firent connaître après, et, quoique d une famille noble, tous les deux, leur grande pauvreté leur fit prendre ce parti auquel ils ont tenu constamment. J'engageai Tabbesse à permettre que cette enfant restât chez elle, et je fournis à son petit entretien. Je lui donnai même des soins particuliers, ainsi que ma compagne ; et nous lui trouvâmes des dispositions propres à recevoir une certaine éducation. La petite s'attacha tendrement à nous, et quand je vins ici, je crus, non sans fondement, qu'en faisant du bien à cette maison, elle y serait élevée avec les autres pensionnaires, y serait vue de bon œil, n'y serait point considérée comme une charge (parce que cela n'est pas) et qu'enfin, si je venais à mourir, elle aurait pour protection toute une communauté (qui m'aurait eu quelqu'obligation), soit pour la garder, soit pour, dans la suite, lui faire trouver des ressources chez quelques personnes de marque, qui ont des liaisons avec plusieurs religieuses.
Il faut convenir que tout ceci était vraisemblable; mais les choses ont tourné bien différemment de ce que j'avais pensé, à mon égard d'abord, comme vous le savez à présent, et par conséquent à l'égard
de ce qui m'intéresse. Heureusement qu'ayant ma profession, j'en ai assez vu pour pouvoir m'occuper personnellement du sort de ma pauvre petite infortunée, et j'ai mis de côté pour elle une petite somme qui lui sera délivrée à l'âge compétent, et qui lui donnera à peu près l'état d'une demoiselle de Saint-Cyr, comme je tâche aussi qu'elle en ait l'éducation. Mais certes pour cela, il ne faut pas qu'elle la reçoive ici, etc., etc., car cet article est inouï. De plus, c'est qu'on ne veut même pas lui donner celle que l'on donne aux autres.
Je ne puis, sous aucun rapport, la laisser; ce serait la replonger dans un abîme de maux. Je m» doute point que la maison de Montargis1 n'ait d'autres sentiments que celle-ci. D'ailleurs, elle n'y sera pas plus à charge tant que j'existerai, et ni môme après moi, puisqu'elle possède maintenant quelque chose. J'oubliais de vous dire que je me suis fait donner son extrait de baptême, qui constate son état et sa naissance légitime. Son âge est actuellement de neuf à dix ans; elle s'appelle Éléonore Dombkoska. Je vous demande pardon de cet historique un peu long, et de peu d'intérêt pour vous ; mais il était nécessaire d'abord de vous dire le fait, et, par les
1. Les religieuses Bénédictines du couvent de Montargis, pour rester fidèles à leur vocation, émigrèrent sous la conduite de Mme de Mirepoix , leur supérieure. Le gouvernement anglais leur permit de fonder une maison, qui, en souvenir de la patrie, garda le nom de Montargis.
détails, j'ai désiré vous faire voir que je n'avais point fait une légèreté, en me déterminant à une bonne œuvre que je pouvais faire, étant encore séculière, et qui, depuis ma profession, a eu des suites qu'elle ne devait pas avoir, que par l'étrange esprit qui règne ici, et qui motive ma translation comme celle de cette petite innocente. Le duc d'Havré a demandé hier mes passe-ports au gouverneur qui les donnera sans difficultés. Ils seront sous les noms de Mme de la Rosière (c'est celui de ma fidèle et bien fidèle compagne), de Mme Joséphine, sa gœur (je le suis par ma profession religieuse) et de Mlle Éléonore. J'ai écrit au roi de Prusse, relativement à mon départ. Le temps de la réponse est bien passé, et je ne l'ai point. Le gouverneur a dit que cela ne faisait rien, mais qu'il en était étonné. Moi, je ne le suis point; quoiqu a mon arrivée ici, il m'eût au contraire répondu ainsi que la Reine de la manière la plus obligeante. Mais d'autres temps, d'autres mœurs.
Je vous renouvelle les assurances d'un attachement auquel j'espère que vous rendrez justice. Un cœur profondément blessé n'en est que plus tendre. Hélas ! vous devez l'éprouver, ainsi que mon malheureux frère. Mon père, nous confondrons nos larmes ; les miennes ne cessent de couler. J'ai mis à profit ce que vous me mandâtes dans le temps: « Pleurez, ma fille, pleurez; de si justes larmes n'offensent point le Ciel. » Ah! non, sans doute; bien
au contraire. C'est un hommage qu'il a voulu que nous lui rendions.
Adieu, adieu, mon tendre et infortuné père, je vous embrasse de toute mon âme.
De la môme au même.
Loué soit le Très-Saint- Sacrement.
Rodncy-hall, ce 2k juillet 1807.
Dans tous les malheureux événements, je suis plus occupée de mon père, qu'il n'est possible de le lui exprimer. Je crains qu'à la fin, il n'y ait plus un coin de terre qui ne soit souillé de la possession ou de la protection de l'usurpateur, et où, par conséquent, les infortunés Bourbons puissent achever leur pénible existence. Que pensez-vous de ce pays-ci? Est-ce qu'il pourra se soutenir longtemps seul, sans alliés, et son commerce au moins fort gêné? Mais que dites-vous de la conduite des deux souverains résidant à Tilsitt1 ?
Ah ! je vous assure que me voilà presque démocrate, et que j'ai des rois et empereurs par dessus les oreilles. Quelle bassesse! quel dénûment de
1. L'empereur Alexandre de Russie et le roi de Prusse, Frédéric Guillaume III, à l'entrevue de Tilsitt avec Napoléon.
toute espèce de sentiments d'honneur, de justice, de probité, etc.
Je trouve tout cela mille fois moins révoltant, dans un homme de rien , qui se trouve par les circonstances avoir part au gouvernement de sa petite république, mais des individus nés sur le trône.... Cela fait horreur, et le renversement de tous principes est à son comble. Au surplus, ce n'est pas seulement chez les souverains que ce renversement total existe; il a lieu dans presque tout ce qui se voit dans ce siècle, et j'en suis frappée journellement, dans les plus petits détails. Croyez que souvent je suis prête à me persuader qu'au lieu de cinquante ans, j'en ai deux cents, par les changements de tout ce que j'ai vu et connu autrefois. Par exemple pour les jeunes personnes ; au lieu de cette décence de maintien , de celte retenue , de tous ces devoirs de bienséance de notre temps, j'ai sous les yeux des culottes (très-nécessaires à la vérité pour ces extraits de jupes qui les couvrent), une manière de courir en faisant voir ses jambes au-dessus du genou. Plus des simples jeux de notre enfance ; Colin Maillard, les quatre coins, etc., avaient quelque apparence4 de règle. Il n'en faut plus ; il faut aller devant soi, sans savoir où I on va, se pousser, se jetter par terre , se rouler sur l'herbe, crier à tue tete, rire aux éclats , déchirer ses livres pour s'en faire des papillottes , avoir des robes neuves à tout moment, mai» tou>jours en loques, etc., etc. Mais ce qui me confond le
plus, c'est que tout cela est trouvé tout simple, dans les ladies, par les personnes de mon âge, de mon pays, qui sont d'un état à avoir et qui ont en effet beaucoup de piété et de religion. Je m'y perds, je le répète ; et je n'entends plus rien à rien.
De la même an même.
Loué soit le Très-Saint-Sacrement.
Ce 17 juin 1808.
11 y a bien longtemps que je n'ai eu le bonheur d'avoir de vos nouvelles, et mon cœur en désire. Je ne vous en ai pas demandé plus tôt, vous croyant à Gosfield (ou Gossfeild) chez vous. Quoiqu'il en soit, je ne veux pas tarder davantage à vous renouveler les expressions de mon tendre attachement. Je ne doute pas de l'impression que vous aura faite l'horrible dénouement du voyage de Bayonne. Quoiqu'il dut être depuis longtemps, la manière dont a eu lieu le détrônement des Bourbons d'Espagne fait frémir d'indignation. Avoir armé le fils contre le père, le père contre le fils, les attirer ensuite hors de chez eux, pour les obliger eux-mêmes à fouler aux pieds, justice, droits, honneur, c'est à quoi on ne peut penser sans avoir la chair de poule.
Il paraît que les Espagnols (bien tard assurément), commencent à ouvrir les yeux, et veulent faire quelque résistance; mais je doute qu'ils puissent avoir du succès contre les forces gigantesques de l'usurpateur. Sans l'aveuglement dont sont frappés les souverains depuis nombre d'années , je penserais que l'affaire d'Espagne pourrait ébranler l'amitié intime d'Alexandre pour Bonaparte. Dieu le veuille ! Je dis cela sans l'espérer. Quand on a approché ses lèvres de la coupe de l'ignominie , il est rare qu'on ne la vide pas dans son entier. A propos d'ignominie, heureux mille fois heureux les Bourbons de France, auprès de ceux d'Espagne, car de conserver et l'honneur et ses droits, c'est tout
Dites-moi, je vous prie, ce que vous pensez de cet état de choses, mais surtout dites-moi que vous avez la bonté de me conserver une tendresse , que mon cœur apprécie.
La princesse Louise au duc de Bourbon.
Loué soit le Très-Saint-Sacrement.
Rodney-hall, ce 1" août 1808.
Comme il est malheureusement des blessures qui ne se ferment jamais, je ne crains point, mon bien
aimé frère, de vous rappeler un triste souvenir, par les époques où je ne puis me refuser de vous parler de ma tendresse. Oui , c'est un besoin pour mon cœur de s approcher du vôtre; leurs sentiments furent et seront toujours les mêmes — Comme l'auteur de nos maux cruels vient de se montrer dans l'affaire d'Espagne! Quelle suite dans sa trame infernale ! et quel dénouement! encore n'est-ce pas fini, j'en suis persuadée; et je crains fort que Ferdinand et ses frères ne portent leurs têtes sur l'échafaud. Quoiqu'il en toit, Dieu veuille que les braves et loyaux Espagnols aient du succès , si ce n'est pour leurs princes, au moins pour le genre humain! Mais j'avoue que je ne suis pas sans inquiétude à cet égard.
Les papiers français disent tout le contraire de tout ce qui était parvenu de bon. On dit à cela qu'ils mentent, qu'ils déguisent les faits, etc. Mais je me souviens que tout cela a eu lieu dans les campagnes contre l'Autriche, contre les Russes et les Prussiens. Les gazettes d'abord nous disaient monts et merveilles, ensuite elles citaient en dérision les journaux français, les taxaient d'impudence tt de fausseté; et puis venait enfin la triste phrase des gazetiers du Sun : « Nous sommes consternés d'apprendre à nos lecteurs, etc., etc. »
Puissent mes noirs pressentiments ne pas se véiilier.
L'état de la Religion me navre aussi de douleur.
et dans l'ensemble, et dans les détails, car il faut voir ce qu'on appelle aujourd'hui avec tant de sincérité l'état de perfection. A Dieu ne plaise que je condamne personne, et je suis persuadée que la bonté divine peut avoir égard à l'aveuglement; mais il n'est pas moins vrai que le temps, où cet aveuglement n'existait pas, est à regretter.
Adieu, cher et bien aimé tendre frère, quand vous serez sans rois, sans reines, sans courses de Versailles 1 ou autres, venez me voir, malgré tous les détails pénibles de ce lieu-ci. Une fois dans un an, ce n'est pas trop ; et je ne compte pas le temps de ma maladie, parce que je ne vous y ai pas, ce qui s'appelle, vu, du moins à ma fantaisie. Ah comme je vous aime, mon tendre ami !
La princesse Louise au prince de Condé. Loué soit le Très-Saint-Sacrement.
Ce 22 août 1808.
En vous priant de vouloir bien remettre la lettre de bonne fête que je joins ici, je vous réitère l'assurance de tous mes vœux pour vous. Dieu sait s'ils
1 . La petite cour de Gosfield ou d'Hartwell que la princesse Louise regarde comme le Versailles de l'exil.
sont sincères! mais quand seront-ils exaucés? Malheureusement je n'en vois pas encore beaucoup d'apparence. J'ai vu, il y a deux ou trois jours, dans la gazette, la crainte que Ton a d'une réunion d'Alexandre et de Bonaparte contre l'Empereur.
Qu'est-ce que cette furie d'ambition d'une part, et cet aveuglement total de l'autre? N'est-il donc pas évident que lenvahisseui de tous les pouvoirs comme de tous les principes, commence par faire ses complices, ceux qu il a désignés pour être un jour ses victimes? Au surplus, les âmes assez basses et assez immorales, pour se prêter aux vues d'un ôtre comme Bonaparte, méritent bien le sort qu'il leur prépare; mai* le malheur est qu'elles sacrifient avec elles des milliers d'hommes. Que pensezvous de l'Espagne dont à la vérité je n'attends rien que pour elle)? mais elle s'est rendue intéressante par des sentiments d'honneur, si rares aujourd'hui dans les souverains. La seule chose que je craigne, c'est que ce Roi Ferdinand tant aimé, ne soit la victime de la rage de son ennemi; le bruit en court déjà.
Quand les Français se modèleront-ils sur les Espagnols ? Ce n'est que d'eux seuls que nous pours jamais attendre quelque bien
La princesse Louise au duc de Bourbon.
Loué soit le Très-Saint' Sacrement.
Ce 26 août 1808.
Cher bon ami, je viens de recevoir votre lettre, et je vous assure que je partage tout ce que vous pensez et sentez. Aussi m'est-il bien difficile de sortir du fond de tristesse qui s'est emparé de mon cœur. Si je porte mes pensées vers Dieu, je le vois méconnu, outragé; si je les porte sur les hommes, je les vois (ou du moins la plus grande partie) enivrés, pour ainsi dire, dans l'immoralité la plus atroce comme la plus avilissante. Le dirai-je? si je les porte sur la plupart des personnes qui font profession de vertu, là encore je vois des changements qui sont bien loin d'adoucir les autres afflictions. Si je les porte enfin sur ma famille, vous savez ce qui est. Votre cœur blessé et toujours saignant, mon bien-aimé frère, m'est sans cesse présent et accolé au mien. Celui-ci ne peut que souffrir plus que je peux vous l'exprimer. Dans cet état cependant, il m'a fallu hier passer ma journée dans des festins, espèce de spectacles et feux d'artifice, et Dieu sait si c'est là ce que j'ai cru trouver dans les
monastères! J'avais lait dire que ma position, sous tous les rapports, me faisait désirer qu'on ne me fêtât point, et j'en avais d'autant plus de motifs que, l'année dernière, cela avait été d'assez mauvaise grâce; mais celle-ci, on l'avait dans la tête.
En conséquence, on a pris mille biais. On m'a dit à moi et à quelques-unes que l'on ferait une fête en l'honneur du Roi, à quelques autres qu'elle serait pour la Prieure, et à quelques autres enfin qu'elle serait réellement pour moi; tout cela selon les esprits. Malgré tout, on exigeait mon amabilité qui, vous pensez bien, n'a été que d une aile, car toutes ces parades-là, qui ne sont que pour le public, ne suppléent puint aux procédés d'honnêteté commune, qui bornent toutes mes prétentions, souvent trompées.
Je vous avoue que j'ai une peur affreuse que, par les commérages, on ne fasse parler dans quelques gazettes de cette fête royale, et d'y être nommée. Tout cela est si plat et si hors de propos, que j'en serais au désespoir. Il y a quelques jours que M. Singevin m'a fait montrer quelques vers qu'il adj il a mon père pour les présenter au Roi. Dore si ces dames y ont joint quelques lettres ''un ou à l'autre; je ne suis point dans leurs rets.
>iles-moi si vous êtes dans celui de la lettre que ton père m'a écrite, il y a (je crois) à peu près trois naines. J'en ai été tout étonnée et contente. Il
me parlait d'une petite maison pour mes projets; mais, comme le détail en était fort peu étendu, j'ai envoyé quelques questions dont j'attends encore les réponses. M. de Contye peut vous mettre au fait de la chose ; mais quand même elle ne réussirait pas, je suis toujours bien aise que mon père veuille bien s'en occuper.
Le xoi Louis XVIII an prince de Condè.
AGosfield, ce 30 août 1808.
Je m'empresse, mon cher cousin, de vous informer de l'arrivée ici, en bonne santé, de la Reine et de ma nièce. Je me suis acquitté de votre commission pour elles, et je suis chargé de vous en exprimer leur sensibilité. Actuellement, je vous invite, et comme parent, et comme veterem vêtus hospes amicum, à venir, avec votre fik, jouir le plus tôt possible d'une réunion si touchante. Vous me trouverez un peu repris de goutte; mais quand le ca^ur est -coûtent, qu'importe les fredaines du genou?
Adieu, mon cher cousin; j'espère que la Princesse me permettra de lui faire hommage de ma joie. Vous connaissez toute mon amitié pour vous.
Louis.
Du même au même.
A Gosfîeld, ce 28 novembre 1808.
J'ai reçu, mon cher cousin, votre lettre du 26, dont je savais déjà à peu près le contenu qui m'a plus affligé que surpris. Malgré cela, je suis bien aise de vous avoir écrit la mienne du même jour. Elle était nécessaire. Elle peut l'être encore, si la décision générale est conforme au dire de votre premier interlocuteur, plutôt qu'à celui du second; et fût-elle contraire à mes vœux, je serais encore satisfait de ma conduite en cette occasion.
Mon devoir est de travailler sans relâche au même objet, attendant avec une respectueuse soumission que la Providence décide si les matériaux que j'amasse seront pour moi les ornements d'un palais, ou ceux d'un tombeau1. Au surplus, cette pièce
1. Le roi Louis XVIII, même en exil, a toujours porté très-haut la dignité de son nom et de son rang. Ce n'était point par orgueil qu'il agissait ainsi, mais par conviction et pour faire honorer la France dans ses princes. Cette attitude pleine de noblesse avait été souvent remarquée dans les cours étrangères; un jour, en 1814, elle amena une très-heureuse repartie de l'empereur Alexandre de Russie.
L'empereur Alexandre avait été invité par Louis XVIII à un grand diner de cérémonie. Les souverains alliés s'y trouvaient également. Quand le gentilhomme de la chambre vint annoncer
très-utile, vis-à-vis de qui est bien intentionné, ne pourrait l'être vis-à-\is de qui lest mal. Ainsi je n'ai pas de regret à l'avoir méditée à loisir.
J'approuve la note que vous avez envoyée, et j'attends, pour vous donner des instructions ultérieures, le résultat de la délivrance générale.
Dn même au même.
Gosfield, ce 23 décembre 1 808.
Je ne fais, mon cher cousin, que de recevoir votre lettre du 21 , qui m'est parvenue par le stage. Vous
que le Roi était servi, Louis XVIII se lève de son fauteuil, prend le pas sur tous les princes, ses hôtes , et, à leur stupéfaction, va s'asseoir à sa place. Le lendemain, l'empereur Alexandre, racontant la chose à ses généraux et à ses ministres, s'étonnait encore de ce mouvement qui avait dérangé tous les droits de préséance : • Eh ! sire, s'écria un courtisan, il fallait faire pour Louis XVIII ce que, dans une occasion à peu près semblable, Pierre le Grand, votre aïeul, fit au petit roi Louis XV. — Comment Youliez-vous, répondit l'empereur Alexandre, en saisissant l'allusion *, que je prisse ce gros homme entre mes bras ? »
Tout le monde se mit à rire ; mais, à la réflexion, tout le monde sentit qu'en face des rois de l'Europe, vainqueurs de Napoléon et momentanément maîtres de la France, Louis XVIII avait tresdignement agi aussi bien pour l'honneur de son trône que pour celui du pays.
• Pierre visita la France en 1717. Ne voulant ni prendre le pas sur le Roi, à peine âgé de sept ans, ni passer devant un enfant, il rompit brusquement l'étiquette. Il enleva dans ses bras le jeune Louis XV, le couvrit de baisers et le porta jusqu'au milieu des salons.
me dites que je sais obliger ; je me plais à le croire, et j'en suis d'autant plus aise que, dans cette occasion, il m'était impossible d'avoir un autre mérite que celui de la forme. Mais en revanche, vous savez remercier, et je sens bien vivement les expressions que vous employez.
J'approuve infiniment le choix que vous faites de Mlle de Dortan pour être dame d'honneur de Mme la princesse de Condé, et j'aurai grand plaisir à faire trois compliments à la fois.
C'est d'Avaray qui vous porte ma lettre. Vous savez que lui et moi ne faisons pas deux ; ainsi vous ne serez pas étonné que mon ami, qui s'est toujours montré votre serviteur, soit instruit d'un événement qui me cause une véritable satisfaction.
La princesse Louise au priuce de Coudé.
Loué soit le Très-Saint Sacrement.
Ce 26 novembre 1809.
ornent votre lettre, et je me aurais été plus peinée que je ne que vous eussiez pu croire que us, on partie, un arrangement >itation. A est bien vrai que j'ai
eu connaissance, il y a quelques mois, d'une maison ' en Yorkshire qui m'aurait parfaitement convenu sous tous les rapports; mais, pour ne pas vous ennuyer de toutes mes vues manquées, j'attendais une entière décision du propriétaire pour vous consulter ensuite sur le projet de traité, que j'aurais compté faire avec lui, au mois de mars seulement. Au lieu de cette dernière décision de sa part, ce monsieur (qui en tout m a paru brusque et malhonnête) a vendu sa terre, et loué ou vendu aussi sa maison, à une autre personne; ce que j'ai appris indirectement, mais d'une manière sûre. Ainsi je suis retombée dans la nuit la plus profonde, mais avec plus de motifs que jamais de désirer en sortir.
Quant à ce qui regarde cette communauté-ci, j'ignore absolument si elle a des projets de changement; je n'y vois aucune apparence, mais il est impossible d'être moins dans sa confidence que je n'y suis. Tout ce que je puis vous assurer, c'est que si elle change de lieu, je ne sais pas où j'irai, mais je ne la suivrai pas. Rien ne m'est plus indifférent que le confesseur qui vient à ces Dames.
M. Singevin (et non pas Siniavin, qui était l'amiral russe à l'embouchure du Tage), M. Singevin donc était un très-digne homme, et j'ai cru pouvoir le prendre pour confesseur à son arrivée ici. Lorsque je m'y présentai, je fus très-étonnée de le trouver endoctriné assez singulièrement à mon égard. Je
m'en retirai, et m'en tins à M. le Roux, ce que je continuerai, tout M. le Roux qu'il est, quel que soit le confesseur qui viendra à ces Dames. Quant à faire société avec les prêtres du monastère, ma profession s'y oppose. Ainsi je m'en tiens à la stricte honnêteté à leur égard, quand l'occasion s'en présentera.
Vous avez bien raison de juger, comme vous le faites, ma manière de penser sur la nouvelle de Naples1. Je n'oublierai jamais combien ma pauvre Lisette m'amusait à Fribourg, et combien je la trouvais de bon sens quand elle me répétait sans cesse :
« Mais, Madame, est-ce qu'on laissera ces trois frères-là1 se marier?
« Mais, Madame, il faut les empêcher d'avoir des enfants.
<< Mais, Madame, il n'est pas possible qu'on laisse cette race-là se perpétuer. »
Malheureusement tout le monde ne pense pas aussi bien que la bonne Lisette. Oh! quel siècle! (Juel siècle ! dix Jérémies ne seraient pas de trop en déplorer les excès.
0 de Louis-Philippe d'Orléans avec la princesse des Deux-Siciles.
d'Orléans, fils du citoyen Égalité.
De la même an même.
Loué soit le Très-Saint Sacrement.
Rodney-Hali, ce 20 septembre 1810.
Je vous dois trop, mon tendre père, et mon cœur vous est trop justement et trop tendrement attaché, pour ne vous pas instruire de ce qui me touche, et vous demander votre consentement et approbation à une chose qui, sous plus d'un rapport, contribuerait à ma tranquillité. Tant que je n'y ai pas vu de jour, je ne vous en ai point entretenu; mais maintenant que les obstacles paraissent s'aplanir, je ne voudrais pas la terminer, sans savoir si cela ne vous déplaira pas; ce dont je serais au désespoir. Voici de quoi il s'agit :
Je n'ai pas été longtemps ici sans m'apercevoir combien l élat était différent du mien, et surtout l'esprit de Tétat. Les inconvénients ont beaucoup augmenté depuis la mort de la Prieure, et augmentent tous les jours. Je n'entrerai point dans des détails qui ne font que blesser la charité. Je ne vous citerai qu'une chose, c'est que par les procédés, et même les paroles de quelques-unes, je ne puis ignorer que je suis regardée ici comme payant la moindre des
pensions, comme étant presque à la charge et charité de la maison, parce que je ne lui rends aucun service, etc., etc.
Le nom de Mme de Mirepoix sur lequel vous paraissez prendre quelque confiance, ne me met à l'abri de rien ; il s'en faut de beaucoup. Au total, elle semble oublier qu elle est Française. J'ai tout souffert avec patience et douceur, encouragée et soutenue par ma compagne, parce que je sentais tous les inconvénients d'une suite de changements d'asile; cependant, j'en conviens, mon cœur soupirait après la profession que j ai embrassée, mais sans espoir, puisqu'elle n'existe point, en ce pays, parmi les dixhuit communautés qui y sont établies. Je ne pensais donc à faire nulle démarche à cet égard, lorsque inopinément j'ai été instruite que quelques personnes désiraient embrasser la même règle que je professe : de plus, que l évêque eatholique de ce diocèse désirai l en avoir un établissement; de plus encore, qu'il existait en Worcestershire une dame catholique riche, qui avait une maison de campagne qu'elle n'occupe point, et qu'elle avait envie de prêter (sans rétribution) à des religieuses, l'ayant déjà offerte à plusieurs. Je n'ai pas cru (par des motifs divins plus que par tous autres), je n'ai pas eru, dis-je, devoir négliger cet avertissement qui me tombait des nues. J'ai fait des informations qui se trouvent toutes favorables sur l'état de la maison, sur la bonne volonté de i'Évèque et de la Dame, qui
me les ont confirmées eux-mêmes. Cette dernière paye un prêtre français (très-brave et saint homme), qui a une chapelle décente et toute fournie de ce qui y est nécessaire. Il n'y a que pour les taxes et les réparations, s'il y avait lieu, que j'ai demandé à la Dame une note explicative et positive de ses intentions, ne pouvant absolument m'en charger. Je n'ai point encore sa réponse, et vous la manderai aussitôt que je l'aurai.
Quant aux vivres et vêtements de quelques religieuses, j'ai fait mes calculs, d'après même la cherté du pays, et j'ai vu qu'avec ce que j'ai et ce que a Mme de la Rozière, dont je puis disposer, il m'est possible d'y subvenir. Comme je ne prendrai point pour modèle l'abondance et la magnificence de Rodney, je vous donne ma parole de ne pas faire un sou de dettes, et de rompre tout plutôt que d'y manquer. Je vous donne aussi celle de ne vous rien demander de plus que ce que vous avez la bonté de faire pour moi, si ce n'est peut-être quelques sacs de pois ou de lentilles, ou l'équivalent pour les grandes fêtes.
Voyez ce que vous pensez de tout cela. En outre de mes motifs divins, il me semble que votre fille serait, dans cette position, d'une manière moins humiliante qu'elle ne sera toujours (par l'esprit du temps), dans une maison étrangère, ou de nation ou de profession. Ce mot, humiliante, est dur pour une Bourbon. Et si l'on se rejette sur l'humilité
chrétienne, il faut se souvenir qu'elle ne doit jamais être hors de saison, ni de raison.
La princesse Louise au duc de Bourbon.
Loué soit le Très- Saint Sacrement.
Old-Heath-Hall, ce 30 novembre 1811.
Cher et tendre ami de mon cœur, il y a des siècles que je n'ai pas entendu parler de vous, et moi j'y pense continuellement : ainsi vous voyez que ce n'est pas trop juste. Je ne vous demande pas une longue lettre, mais seulement ce petit mot : « Ma bonne sœur, je ne doute pas de votre tendre amitié pour moi, et vous avez toujours la mienne. »
Voilà votre brouillon tout fait, n'est-ce pas bien commode? ajoutez-y cependant un mot de votre très-chère santé, dont vous ne parlez jamais. M. de Contye m'a mandé dernièrement que celle de mon père était excellente. Est-ce bien vrai ? car il a tant préjugé là-dessus, en parlant cependant d'une toux que le père Élisée1 traitait, que je m'en suis un peu
1. Le père Élisée (Marin^Joseph Taluchon) était entré fort jeune dans la maison des frères de la Charité. Son goût et ses talents pour la chirurgie s'y développèrent, et, quand il émigra en 1792, il avait déjà acquis une grande réputation. 11 s'attacha à l'armée de Condé, et, malgré les offres les plus brillantes que les cmpe-
méfiée. Je ne vous parlerai pas politique, parce que je ne suis plus au courant ; ce qui n'est pas une grande perte, car le train du monde va de mal en pis. Voilà tout ce qui m'est parvenu ; c'est que Bonaparte s'établira à Rome comme empereur d'Occident , et laissera son fils à la France ; qu'il a établi dans cette ville un consistoire de juifs. Je ne sais si tout cela est véritable; ce qui l'est, c'est qu'un prêtre français a reçu de ses confrères à Rome une lettre où il dit que l'on craint beaucoup une persécution et d'y voir couler le sang des fidèles. Rien ne m'étonnera en fait d'atrocités.
Adieu, cher et bien-aimé frère; dans un mois je me rangerai à mon devoir, en vous souhaitant la bonne année. Cela me fait souvenir de Mlle de Prulay, qui me disait souvent : « Mais pensez donc que M. le duc de Bourbon est votre frère aîné. » Et moi, je lui répondais : « Qu'est-ce que cela me fait? » En effet, je ne vous en aimais ni plus, ni moins, car l'un et l'autre n'eût été impossible, et pour cause.
reurs et les rois lui faisaient, il ne voulut jamais se séparer de ses administrés. C'était ainsi que le père Élisée appelait les Émigrés blessés ou malades. A la dissolution de l'armée de Condé, Louis XVIII récompensa le dévouement dont avait fait preuve le frère de la Charité en faveur de ses compatriotes proscrits. Il le nomma son premier chirurgien et le décora du cordon de Saint- Michel. Le frère de la Charité mourut aux Tuileries, le 29 septembre 1817, en récitant le nunc dimiUit servum <uum, Domine.
Charles-Jean, prince héréditaire de Suéde (Bernadotte),
an prince de Condé.
Monsieur mon cousin, le comte de Bouillé m'a remis la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire. Je suis infiniment sensible à toutes les choses agréables qu'elle contient, et je prie Votre Altesse de recevoir mes plus sincères remercîments.
Oui, sans doute, il est beau de penser qu'on peut concourir au bonheur du pays où l'on reçut le jour, et je me livre à l'espérance de voir rétablir sur le trône de France le successeur de Henri IV. Il est consolant de voir ainsi approcher le terme des calamités sans nombre qui, depuis tant d'années, affligent mon ancienne et malheureuse patrie l. Je ne me
1. Comme tant d'autres républicains, qui jurèrent souvent sur l'autel de la patrie de vivre libres ou de mourir, Bernadotte, ancien sergent dans Royal-Marine, accepta assez facilement des honneurs et des titres. Il avait fait fi de l'égalité, dès que l'égalité lui parut une chimère démocratique. Nommé maréchal d'Empire et prince de Ponte-Gorvo, il rêva un trône. Le 21 août 1811, les États de Suède le proclamèrent prince héréditaire, et il fut adopté par le roi Charles XIII. Bernadotte avait fait à peu près toute sa carrière militaire dans les armées de Sambre-et-Meuse ou du Rhin. Or, il y existait une telle dissemblance de mœurs, d'allures, de costumes, de langage et de caractère avec les armées d'Italie que la fraternité des camps et du drapeau ne put jamais établir entre elles une sympathie, même apparente. Bernadotte était peu aimé de Bonaparte, général, consul ou empereur. A
dissimule cependant pas que , quoique les alliés se soient déjà rendus maîtres de la capitale , il n'y ait encore de grands obstacles à vaincre avant de parvenir à ce grand but, car les difficultés s'accroîtront du désespoir de Napoléon ; et ce désespoir peut causer beaucoup de maux , tant qu'il sera à la tête d'une armée.
Espérons cependant que cette même armée, écoutant la voix de la raison et le cri de la patrie déchirée , délaissera ses aigles pour venir se ranger sous la bannière, et à l'ombre du panache blanc, dont le souvenir est si cher aux Français.
Je prie Votre Altesse d'agréer l'expression de mes sentiments et de la haute considération avec laquelle Je suis, de Votre Altesse Sérénissime, le très-dévoué cousin.
Charles-Jean.
Liège, le k avril 1814.
peine Charles-Jean eut-il atteint le but de ses désirs, qu'il s'empressa de se ranger du côté des ennemis de Napoléon. A la tête d'une armée oomposée de Suédois, de Russes et de Prussiens, il fut vainqueur à Gross-Beeren et à Donnewitz ; puis en avançant contre la France, il se laissa bercer de la pensée de se substituer à l'Empereur et de ceindre la couronne de saint Louis.
Le gouvernement anglais avait pressenti cette ambitiou secrète ; le prince de Condé fut chargé de sonder habilement ce Français qui marchait contre la France avec l'Europe coalisée. Nous n'avons pas l'original de la lettre écrite à Bernadotte par le chef de l'Émigration; mais la réponse du prince royal de Suède, aussi curieuse que concluante, dut bien rassurer le gouvernement anglais et Louis- Joseph de Bourbon. Le prétendant s'efface; il ne parait songer qu'à tuer moralement Bonaparte et à laisser au Roi légitime le soin de cicatriser les plaies de la patrie commune.
La princesse Louise de Condé au duc de Bourbon.
Loué soit le Très-Saint Sacrement.
Heath-Hall, ce mercredi 13 avril 18U.
Cher ami, je ne vous ennuierai point de dissertations plus ou moins pénibles sur les événements actuels; j'entre tout de suite en matière, vous prévenant au surplus que je devine et sens tout ce que vous sentez ou pensez sur la crise où Ton se trouve aujourd'hui.
J'ai reçu ce matin une lettre de Contye qui me parle de la signature, etc., etc. Au milieu de tout cela, il me dit : « Le départ de Madame suivra bientôt sans doute celui de Monseigneur, et elle fera bien de s'en occuper sans délai. » Or ceci, très-peu important pour la chose publique, j'en conviens, l est fort pour moi ; et je veux sur cela me conduire par vos seuls conseils, parce que j'y ai toute confiance. Vous voudrez donc bien me les donner, et si mon père me pressait à ce sujet, je lui répondrais d'après vous, mais comme de moi.
Si le Roi était rentré , comme il eût été à désirer, je n'y voyais nul inconvénient pour moi, et j'en eusse été bien aise (car je ne me plais point où je
suis). D'ailleurs, sans me flatter du vain espoir de beaucoup d'autres religieuses, que la première affaire d'un roi pieux serait de rétablir tous les couvents , je pouvais penser au moins qu'il ne proscrirait pas, comme les Révolutionnaires, l'état religieux, et qu'en en rétablissant (par la suite) ou en en laissant établir quelques-uns, j'avais plus lieu que toute autre de retrouver mon état. Je pouvais penser aussi qu'en attendant que ce moment fût venu, il me serait également possible d'avoir en France un petit asile, solitaire et tranquille.
Aujourd'hui je ne sais plus qu'entrevoir et prévoir. Bonaparte dédommagé et récompensé de ses crimes atroces; les principaux auteurs de la chute de la Religion et du Trône, voulant bien recevoir les Bourbons en France, s'ils consentent à être sous leur tutelle , et le consentement est donné. Ceci appuyé , et Ton peut dire exigé, non par une, non par deux puissances de l'Europe, mais par toutes; qu'en résultera-t-il pour ce qui concerne et la Religion et la tranquillité ? (Je ne parle que de ces deux points qui me concernent directement). N'y a-t-il point à craindre pour l'une et pour l'autre? n'est-il pas possible que différents partis s'élèvent et se combattent? qu'il n'y ait et des troubles et des émeutes, etc., etc. (Car on ne peut tout écrire.)
D'après cela, pensez- vous qu'il soit mieux et plus sûr et plus convenable (vu mon état et ma position), que je patiente dans ce pays-ci un certain temps au
il — 31
moins, jusqu'à ce que l'élat des choses s'éclaircisse et s'affermisse en France? Si c'est votre avis , il faudrait : 1° faire en sorte que le gouvernement me continuât ma pension ; 2° me promettre que, quand il y aurait lieu , vous m'enverriez chercher, et vous occuperiez de tout ce qui pourrait convenir à ma position , ma tranquillité, etc. (et de ceci je n'en doute pas); 3° enfin, inscrire très-souvent de France, où je serais sur les épines de vous savoir, malgré tous les amours populaires du moment. En voilà bien long, cher ami, pour ne parler que de moi, et Dieu sait cependant si je suis occupée de vous !
Il est affreux de me laisser là, sans me venir voir. 0 mon bien aimé frère, je vous assure que si j'étais vous, et que vous fussiez moi, je me camperais plutôt dans la voiture publique avec un chapeau bien rabattu sur mon grand nez, et je viendrais à Heath embrasser ma sœur. Malgré tout, je vous aime de tout mon cœur, et compte également sur votre tendre amitié.
Je vous préviens que je répondrai demain simplement à Contye sur sa phrase de mon départ, que cela demande réflexion, craignant fort, d'après la Constitution présentée et acceptée que la tranquillité ne soit pas parfaitement établie en France dans les premiers moments.
Répondez moi le plus tôt que vous pourrez. Quand vous serez tous partis , ne fut-ce que pour partir moi-même un jour quelconque, je serais dans l'em-
barras , si j'avais à écrire au Prince-Régent. Ainsi vous me ferez plaisir de m'envoyer notre protocole vis-à-vis de lui, tant pour la lettre que l'adresse, etc., etc.
Cher ami, c'est aujourd'hui le jour de votre chère naissance, j'y ai bien pensé.
La princesse Charlotte de Rohan au duc de Bourbon.
Presbour# en Hongrie, ce 18 mai 1814u
C'est toujours avec timidité que j'ose rappeler mon existence à Votre Altesse Sérénissime. Je sens bien qu'elle ne peut renouveler en elle que des souvenirs douloureux; mais comment m'y refuser dans ce moment où mon cœur est si bien à l'unisson du sien, où je n'ai pas une pensée, pas un sentiment qu'elle n'éprouve.
Ce mélange de bonheur et de regrets si déchirants, ce sentiment douloureux qui reste au fond du cœur et qui l'oppresse, au milieu de la joie générale, enfin cette impression douce et pénible, qui fait jouir et souffrir tout ensemble. Il était plus facile de supporter sa perte, alors qu'on était malheureux ; mais ce bonheur qu'il faut éprouver seul, mais ce bonheur qu'il ne partage plus, rend encore les regrets plus amers.
kSk HISTOIRE DES TROIS DERNIERS PRINCES
Dix années se sont écoulées sans les affaiblir. H est des maux sur lesquels le temps passe en vain. Si je puis y espérer quelqu'adoucissement, ce n'est qu'en me rapprochant de Votre Altesse et qu'en obtenant d'elle, de la bonté, de l'intérêt. Je ne puis fixer encore l'instant de notre retour en France. J'attends l'arrivée du prince de Lorraine auprès de sa mère pour pouvoir la quitter. Mon premier soin, en y arrivant, sera d'offrir à Votre Altesse Sérénissime l'expression de tous les sentiments de respect, d'attachement et de reconnaissance, dont mon cœur est si profondément pénétré pour elle, et dont j'ose la prier d'accueillir avec bonté l'hommage.
Charlotte de Rohan.
Oserai-je prier Votre Altesse, de me rappeler au souvenir et aux bontés de M. le prince de Condé.
La duchesse de Bourbon au duc de Bourbon*.
D'Épinay, ce vendredi soir.
Est-ce que vous êtes malade? Est-ce que j'ai fait quelque chose qui vous ait déplu? Est-ce que vous
1. Ces trois lettres de la duchesse de Bourbon ne sont point datées; mais, par le contexte, elles ont été évidemment écrites en \S\k.
ne voulez plus me voir? Enfin je cherche pourquoi il y a si longtemps que vous ne donnez aucun signe de vie. Je vous ai mandé que j'allais à la campagne, que vous seriez bien aimable de m'y venir voir, que j'en revenais tel jour, et je n'ai pas reçu de réponse. J'ai été voir M. le prince de Condé; il n'y était pas; mais vous jouiez alors au billard. J'étais déjà descendue de voiture, et votre valet de pied est accouru m'y faire remonter ignominieusement devant tout le monde, en disant que vous veniez de sortir. Oh ! le monstre! ai-je dit entre mes dents, en y remontant toute honteuse.
Je suis revenue ici bouder contre mon monstre de mari, qui dit qu'il a de l'amitié pour sa femme et qui pourtant en agit encore, comme s'il craignait que cela soit vrai. Je ne reçois pas de réponse de ma sœur; vous ne me mettez pas au courant de ses affaires, cependant je ne puis m'empêcher de sentir que j'ai mérité un peu plus de confiance de sa part et de la vôtre. Enfin venez me voir, et tout sera pardonné, monstre que vous êtes. Je voulais vous attendre, sans me plaindre, mais j'ai craint que cela ne fût trop long, et je vous avertis seulement que je serai lundi matin à Paris, sans faute.
La duchesse de Bourbon au duc de Bourbon.
J'ai beaucoup réfléchi, depuis notre dernière conversation au sujet qui en fit l'objet; et je trouve tant de choses à dire pour ou contre (qu'avec le peu de temps, le peu de facilité que vous me laissez pour m'expliquer quand je vous vois), qu'il me semble nécessaire de vous écrire tout ce que je pense.
Le déair bien sincère de vivre avec vous, de pouvoir vous prouver à tous les instants que vous n'aurez jamais d'amie ni plus vraie, ni plus désintéressée que votre femme, qui trouverait désormais son bonheur daos l'exercice de tous ses devoirs, ce désir, dis-je, combat fortement dans mon cœur la crainte toujours renaissante de n'y pouvoir réussir, d'après votre caractère et le mien, qui tous deux sont entiers et chérissent par-dessus tout l'indépendance.
Néanmoins, il me paraîtrait doux de sacrifier ma liberté à un mari qui, de son côté, s'occuperait de mon bonheur, éviterait surtout de me tourmenter, me montrerait des prévenances et une véritable amitié qui ne repousse jamais l'expression d'un sincère attachement.
Mais un mari, qui me défend l'entrée de sa chambre, même de sa maison, soit à Paris, soit à la cam-
pagne, qui regarde, comme une contrainte, le désir tout naturel que je lui témoigne de le voir plus souvent, qui prend pour des reproches cette marque de tendresse, qui éloigne et raccourcit ses visites le plus qu'il peut, qui enfin, loin de me prouver qu'il trouve de la satisfaction à être près de moi, ne cherche qu'à me faire sentir de plus en plus son indifférence, pour ne pas dire son éloignement; tout cela ne m'offre qu'un avenir des plus tristes et des plus cruels pour un cœur si tendre, de si bonne foi et qui a déjà tant souffert.
Vous dites vous-même : peut-être serons-nous plus heureux, en continuant de nous voir rarement? Cependant vous trouvez qu'on ne peut vivre dans une véritable union, en faisant deux maisons séparées. Comment donc faire? Eh bien! moi, je suis persuadée qu'en nous voyant plus souvent, nous éclaircirions ce problème parce que nous jugerions alors, s'il est possible sans danger, de hasarder un plus grand rapprochement. Nous sentirions ce que nous pouvons être l'un à l'autre; nous accoutumerions le public petit à petit à nous voir ensemble, sans nous exposer tout à coup au malheur de faire encore parler de nous, si nous venions à découvrir trop tard que cette réunion ne nous donnerait encore que des chagrins.
Certainement la pensée de rester indépendants l'un de l'autre ne peut qu'entretenir la bonne intelligence entre deux êtres qui ne se recherchent pas
pour se tyranniser, mais pour se rendre heureux mutuellement; car la méchanceté ne manquerait
toujours dans la même situation et bien unis de volonté et de cœur, sinon qu'à l'époque où la raison reprend tout son empire, nous avons voulu échanger des consolations mutuelles et donner au public d'aussi bons exemples dans notre vieillesse, que nous avons eu le malheur d'en donner de mauvais dans notre jeunesse.
Voilà l'unique moyen de nous éprouver, et de juger si nous pouvons sans danger et sans éclat finir nos jours ensemble.
Je crois que si vous examiniez ces réflexions sans partialité, vous les trouveriez sages, prudentes et basées sur un véritable attachement. Cette conduite d'ailleurs ne pourrait être qu'approuvée de tous les honnêtes gens, excepté de ceux qui trouveraient peut-être quelqu avantage à nous maintenir toujours dans la désunion ou dans un état mitoyen, qui occupe beaucoup plus le public que le parti déterminé de rester comme nous sommes, quoique dans l'union parfaite et avouée publiquement de deux bons vieux époux qui n'ont d'autre volonté que de se rendre heureux mutuellement, en restant libres.
Nous causerons sur tout cela, lorsque nous nous
verrons; mais je suis bien aise que vous puissiez y réfléchir sérieusement d'avance. Je n'ai consulté personne et je trouve qu'il vaut mieux qu'il n'y ait point de tiers entre nous, autant que cela sera possible. Ne pensez-vous pas de même? Venez donc, je vous en prie, le plus tôt que vous pourrez.
De la même au même.
Ce samedi soir.
Pauvre homme ! vous me faites pitié avec tous vos maux; et votre lettre m'a tout à fait attendrie sur votre compte. Mais pourquoi ne me rien faire dire ? Pourquoi ne vouloir pas me recevoir chez vous, au moins quand vous êtes malade? Ce n'est pas là de l'amitié; c'est de la cruauté, oui, de la cruauté, monstre que vous êtes; car je vous aime, ou plutôt je n'ai jamais cessé de vous aimer; tantôt avec folie, tantôt avec dédain; voulant vous oublier tout à fait, maintenant avec raison et avec la solidité de l'âge et de la vertu. Ainsi arrangez- vous sur cela; rien ne peut le changer désormais, que votre monstruosité, si vous la poussiez un peu trop loin. Entendez-vous bien, monsieur le monstre?
Lundi, je serai avant dix heures à Paris; mais j'ai bien envie que vous veniez un jour voir Épinay.
Si vous désiriez m'y rencontrer, je m'y trouverai seule le jour où vous viendriez.
Je suis fâchée de la chute de M. de Contye. Vous a-t-il parlé de son approbation sur le couvent préparé pour ma sœur ? Et le monsieur qui va la chercher est-il parti ? Mon Dieu ! que cela est long !
La duchesse de Bourbon au duc de Bourbon '.
Ce dimanche à 3 heures.
Que je suis affigée de vous avoir quitté hier, puisque je ne devais plus vous revoir avant votre départ. Si vous m'eussiez dit un mot, je restais; mais vous m'aviez dit : adieu ; et je croyais que je ne pouvais plus vous parler. De grâce, écrivez-moi quelquefois, et faites ressouvenir M. de Quesnay et M. de Rully de me donner des nouvelles de votre santé et des événements intéressants qui auront lieu.
Voici mon neveu qui vient d'arriver, Monsieur revient aussi*. Je l'apprends par un billet de ma
1. Cette lettre, encore sans date, l'indique néanmoins, puisqu'elle parle du départ du duc de Bourbon se rendant à la Vendée. Elle est des premiers jours de mars 1815.
2. Le comte d'Artois et le duc d'Orléans étaient allés à Lyon, par ordre du Roi, pour prendre le commandement de l'armée et tâcher, avec le maréchal Macdonald, de la maintenir fidèle au
nièce. Je ne sais ce que cela veut dire; je cours au Palais-Royal; si j'apprends quelque chose, je vous le manderai par M. de Quesnay le plus tôt que je pourrai. Je n'ai que le temps de vous embrasser; ali! c est bien de toute mon âme.
Le duc de Bourbon au prince de Condé.
Pour vous seul et Contye.
Santander, ce 1er mai 1815.
Nous voilà au premier mai, et j'éprouve la véritable peine de n'avoir pas encore de vos nouvelles positives, mon bon et tendre père. Les papiers nous disent le Roi à Gand; nous pensons que vou* êtes aussi dans celte ville, ou peut-être encore à Bruxelles. Un papier a dit que vous étiez passé à Francfort; mais nous n'en avons rien cru : enfin ce que j'espère et désire bien vivement, c'est que votre santé n'ait pas souffert de cet horrible culbutis général, tant au physique qu'au moral. Hélas! on l'a bien voulu, et est-on, ou au moins sera-t-on corrigé de la marche aussi vicieuse que tortueuse
drapeau. Les troupes ne voulurent écouter ni la voix du prince, ni les adjurations du maréchal. Elles passèrent à Bonaparte avec une merveilleuse infidélité.
que l'on a suivie ? D'après toutes les nouvelles qui nous parviennent, les Puissances paraissent d'accord pour culbuter le tyran; mais cela ne suffit pas; et si nous restons ensuite toujours à la disposition de ses trop nombreux adhérents, jamais il n'y aura de sûreté pour le peu de bons et loyaux Français qui existent encore.
Vous et moi seuls de la famille avons toujours été de cette opinion ; nous l'avons bien dit et répété. Les résultats n'ont que trop prouvé que nous ne nous trompions pas. Cette dernière crise peut encore sauver le monde; mais, si l'on n'en revient pas aux anciens principes, aux principes de l'honneur et de la Religion qui ordonne de rendre à César ce qui appartient à César; tout sera perdu à jamais.
M. d'Esgrigny 1 vous donnera des détails intéressants sur tout ce qui s'est passé dans les départements du Midi, à l'expédition du duc d'Angoulême. Vous verrez comme il a été trompé et trahi par ces individus que nous avons vus comblés de grâces et de faveurs aux Tuileries, et qui, malgré cela, osent dire hautement que si Bonaparte a le dessous dans cette affaire, le Roi n'aura pas de meilleurs serviteurs qu'eux. Peut-on concevoir une pareille impudence ? Ils ne manqueront pas encore de se faire un mérite d'avoir laissé échapper ce prince. Vous aurez su qu'il est arrivé à Barcelonne le 18. Je n'ai pas