‹ Histoire des trois journées de Février, 1848 (volume 2)Chapitre 16 sur 34 · S XXII · texte numérisé non relu

S XXII

Que faisait alors le roi aux Tuileries? II attendait M. Mole. Ne le voyant pas arriver il l'envoya chercher. M. Mole ne vint pas, il résignait ses pouvoirs. Le roi fît alors appeler M. Thiers pour le charger de la formation d'un nouveau ministère. M. Guizot était encore aux Tuileries; il proposa au roi de transmettre au maréchal Bugeaud le commandement des troupes. Le roi accepta et contrc-signa cette nomination. Ce fut le dernier acte officiel du ministère.

Vers minuit un huissier annonça M. Thiers, et M. Guizot se retira; ils eurent cependant

— sole temps d'échanger un dernier regard.

Ainsi les deux ministres de ce règne , longtemps unis, depuis séparés, devaient se retrouver dans un suprême rendez-vous, celuilà entrant par une porte, celui-ci sortant par une autre porte, et tous deux pour disparaître le même jour, à quelques minutes de distance.

M. Thiers adopta la nomination du maréchal Bugeaud, mais il refusa de le laisser marcher sur les barricades. 11 demanda seulement au roi l'autorisation de s'adjoindre M. Bari'ot. Il prit ensuite la plume des mains de M. Fain, et rédigea la proclamation qui annonçait au peuple ce changement de ministère.

Cette proclamation fut envoyée à la police pour être placardée dans tous les quartiers «le Paris.

M. Thiers croyait qu'après cette proclamation les armes tomberaient d'elles-mêmes

des mains des insurgés. 11 se retira. M. Guizot resta aux Tuileries, et le roi alla se coucher. Il pouvait être quatre heures du matin.

Louis-Philippe s'endormit plein de sécurité dans la puissance d'un chiffon de papier que quelques agents de police étaient chargés d'afficher au-dessus de la borne, à un angle de carrefour.

Le roi descendait les dernières pentes de la vie. La nuit approchait; l'ombre grandissait sur ses idées. Depuis qu'il avait perdu, dans sa sœur, son inspiration visible, sa conscience extérieure, la clairvoyance des événements semblait s'être retirée de son esprit. 11 passait tour à tour de l'inquiétude à la confiance. Ainsi , quelques jours avant le banquet, il se hâtait de terminer son testament, dans l'appréhension du danger, et à l'heure du danger, il dormait.

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