XIII
Le soleil se couchait derrière les Invalides ; une longue barre, d'un rouge de sang, rayait rhorizon. Le jardin des Tuileries venait d'être fermé; le Pont-Royal était gardé; le Carrousel occupé par des forces imposantes. Une grande partie des troupes étaient sorties des casernes , disséminées par piquets , par pelotons, par compagnies sur les quais, sur les places , aux angles des carrefours. Des bataillons bivouaquaient sous les halles. Des sentinelles étaient placées à l'entrée de toutes les rues étroites qui débouchent sur les marchés. Les boutiques étaient éteintes, et dan^ les rues assombries des hommes en blouse, silencieux, mais résolus, marchaient lentement, en attendant l'heure de l'action.
Cette heure n'était pas encore sonnée. Ces hommes étaient venus des faubourgs flairer le combat.
Le flot de la colère publique n'était pas encore assez débordé. La population s'apaisa,
les rues se vidèrent. Il ne resta de cette journée qu'un étrange spectacle à contempler du quai Voltaire.
On avait mis le feu aux chaises, aux barraques des Champs-Elysées. L'incendie flottait en brume ardente, au milieu de l'atmosphère. L'Arc de Triomphe, éclairé d'un pâle reflet, montait à l'horizon comme le fantôme de nos vieilles gloires. Les soldats de la première République semblaient dire aux fils d'une seconde République : (( Levez-vous ! »
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