XXII
Que faisait alors le roi aux Tuileries? 11 attendait M. Mole. Ne le voyant pas arriver il l'envoya chercher. M. Mole ne vint pas, il résignait ses pouvoirs. Le roi fit alors appeler M. Thiers pour le charger de la formation d'un nouveau ministère. M. Guizot était encore aux Tuileries; il proposa au roi de transmettre au maréchal Bugeaud le commandement des troupes. Le roi accepta et contrc-signa cette nomination. Ce fut le dernier acte officiel du ministère.
Vers minuit un huissier annonça M. Thiers, et M. Guizot se retira; ils eurent cependant
— sole temps déchangcr un dernier regard.
Ainsi les deux ministres de ce règne , longtemps unis, depuis séparés, devaient se retrouver dans un suprême rendez-vous, celuilà entrant par une porte, celui-ci sortant par une autre porte, et tous deux pour disparaître le même jour, à quelques minutes de distance.
^I. Thiers adopta la nomination du maréchal Bugeaud, mais il refusa de le laisser marcher sur les barricades. Il demanda seulement au roi l'autorisation de s'adjoindre :M. Barrot. Il prit ensuite la plume des mains de M. Fain, et rédigea la proclamation qui annonçait au peuple ce changement de ministère.
Cette proclamation fut envoyée à la police pour être placardée dans tous les quartiers de Paris.
M. Thiers croyait qu'après cette proclaluation les ai mes tomberaient d'elles-mêmes
des mains des insurgés, lise retira. M. Guizot resta aux Tuileries, et le roi alla se coucher. Il pouvait être quatre heures du matin.
Louis-Philippe s'endormit plein de sécurité dans la puissance d'un chiffon de papier que quelques agents de police étaient chargés d'afficher au-dessus de la horne, à un angle de carrefour.
Le roi descendait les dernières pentes de la vie. La nuit approchait; l'ombre grandissait sur ses idées. Depuis qu'il avait perdu, dans sa sœur, son inspiration visible, sa conscience extérieure, la clairvoyance des événements semblait s'être retirée de son esprit. Il passait tour à tour de l'inquickide à la confiance. Ainsi , quelques jouis avant le banquet, il se hâtait de terminer son testament, dans l'appréhension du danger, et à l'heure du danger, il dormait.
S xxiii.
Mais le peuple veille, il est ilans 'a vue. La jeunesse des écoles est dcscen;luo du LniiL de
la place du Panthéon, cette acropole des idées de liberté. Une main cachée , qui n'est autre chose que la sagesse collective des niasses, organise partout le mouvement. Un vaste système de défense et d'attaque, par les barricades, est entrepris, conduit, dirigé sur tous les points avec un admirable sentiment de stratégie. Les boulevai-ds sont coupés. Les portes Saint-Denis et Saint-Martin sont enfermées comme dans nne enceinte de redoutes. Les communications du centre et des faubourgs sont ainsi assurées. Une armée périrait maintenant tout entière dans ces défilés multipliés à l'infini , et gardés, de cent pas en cent pas, par des groupes d'ouvriers.
Le jour parait et amène de nouvelles recrues à l'insurrection. Les barricades élevées, de tous les points de la circonférence, s'allongent, s'échelonnent, s'avancent vers les Tuileries.
Quand le roi se réveilla, les Tuileries étaient déjà cernées, et il put entendre les premières détonations de la fusillade.
Ce fut alors qu'on vit un homme sortir seul et à pied du château par ic guichet de l'Echelle; mais bientôt repoussé par des coups de fusil; il rentre à l'état-major : c'était M. Guizot. On ne l'a plus revu depuis.