CARACTÈRE LEGAL DU MONTANIS.ME
en droit de se donner à rcxchision des autres comme rincaruatiou même du Saint-Esprit, sinon elle devient sectaire à la façon des Montanistes, qui s'appelaient les parfaits et les spirituels à l'exclusion des autres chrétiens auxquels ils jetaient le nom méprisant d'hommes charnels. D'ailleurs leur notion de l'inspiration continue empêchait un ordre fixe et ruinait l'autorité ecclésiastique. Tout était chaque jour remis en question. On ne savait jamais quelles solutions bizarres pouvaient tomber du ciel.
Les révélations montanistes portaient essentiellement sur la discipline et la morale. C'est ce qui imprimait au système le caractère légal que nous avons déjà signalé. La distinction des deux alliances s'y effaçait. « L'Eglise, dit'Tertullien, mêle la loi et les prophètes aux Evangiles et aux écrits apostoliques '. » L'Evangile était aussi bien un code que le mosaïsme, surtout avec les amplifications du Paraclet. La loi de liberté était remplacée par des préceptes minutieux. Tout ce qui n'était pas permis était frappé d'interdiction'-, et ainsi disparaissait cette noble liberté chrétienne qui étend le domaine de la morale au lieu de le restreindre, en s'emparant de la vie entière pour la soumettre à une même direction et l'animer d'une inspiration d'amour comme d'un souffle vital. Le montanisme tendait à un rigorisme de plus en plus sévère et il insistait surtout sur trois points. Tout d'abord
1 « Ecclesia legem et prophetas cum evangelicis et apostoîicis scriplis miscet. » (TerlulL, De prescript., 36.)
* « Imo prohibelur quod non ultro est permissum. » (Terlull., De corona milit., 2.)
as EXALTATION DU MARTYRE.
il exaltait le martyre avec un sombre enthousiasme. Le martyre satisfaisait ses aspirations favorites, puisqu'il rompait tous les liens terrestres, foulait aux pieds la vie présente et s'élançait au-devant de la vie céleste pour participer au règne de Jésus-Christ. Certes l'Eglise ne lui marchandait pas l'admiration. Le montanisme va plus loin : il condamne sévèrement toute mesure de prudence dans les temps de proscriptions. Le traité de Tertullien sur la Fuite dans la persécution exprime parfaitement les idées delà secte. « L'Esprit, dit-il, nous pousse tous au martyre et non à la fuite ' . » Les Montanistes se faisaient gloire du grand nombre de confesseurs qu'ils avaient vus sortir de leurs rangs-.
Le même rigorisme se retrouve dans la pratique du jeûne. Les chrétiens sont tenus de jeûner jusqu'au soir les jours de stations, le mercredi et le vendredi. Pendant deux semaines chaque année ils doivent s'abstenir de viande, devin, de fruits et aussi des bains si chers aux anciens. Ce temps de macération s'appelle Xénophagie. Tertullien a consacré tout un traité à l'apologie du jeûne. Les objections que l'on faisait à la secte sur ce point mettent en pleine lumière le légalisme exagéré par lequol elle se séparait de la vraie tradition chrétienne. La loi et les prophètes, disait-on aux Montanistes, ont duré jusqu'à Jean-Baptiste; le jeûne désormais doit être un acte volontaire et non commandé. Les apôtres l'ont même observé, sans l'imposer à personne comme un
1 « Spiritus omnes paene ad martyrium exhortatur, non atl fugam. » (Tertull., De ''ug. in persecut., 9.) ï Eusèbe, H. E., Y, 16.