DANGERS DE L'INSPIRATION MONTANISTE
visions jouent le rôle principal dans l'inspiration des Montanistes. L'inspiration n'est plus que la harpe qui frémit au gré du doigt qui la touche '. « L'homme dort, moi seul je \eiile, » dit le Paraclet '. Dans une pareille conception de l'inspiration les êtres mobiles, susceptibles d'impressions vives et rapides, étaient les organes préférés de la révélation. Aussi la femme occupait-elle la place d'honneur dans le montanisme. La prophétesse Priscille prétendait que Jésus-Christ lui était apparu en vêtement féminin ^. Perpétue a eu une vision extatique du même genre. « Il y a parmi nous, dit encore ïertuUien, une sœur qui a le don des révélations. Le dimanche, dans l'assemblée, elle est saisie par l'extase, s'entretient avec les anges et souvent avec le Seigneur. Elle lit parfois dans les cœurs et indique des remèdes à ceux qui les lui demandent \ »
La pythonisse montaniste était aussi capable d'être abusée par la surexcitation nerveuse et morale que la prêtresse d'Apollon tout enivrée sur son trépied de Delphes. Des oracles ambigus et menteurs pouvaient aussi être substitués aux prescriptions claires et précises des livres sacrés. On comprend que le christianisme tout entier fut mis en péril par la doctrine du Paraclet. Là était l'hérésie fondamentale du montanisme, infiniment plus grave que les erreurs particulières auxquelles il s'est laissé entraîner.
* "AvOpcOTCOÇ Ù)<jÛ AÛpa. (Epiph.. Hxres., 48, 4.) « W.
* Tertull., De anima, 9.
U6 CONHI-ilON DE L'ÉGLISE VISIBLE ET DE L'ÉGLISE INVISIBLE.
Ces erreurs, nous l'avons dit, ne portent pas tant sur le dogme que sur la discipline, bien qu'on pût accuser la secte par sa conception toute légale de la religion nouvelle d'altérer l'Evangile ou du moins d'en fausser l'esprit. La manière dont les Montanistes considéraient l'inspiration divine les amenait à ne pas admettre les nécessités de l'ordre ecclésiastique. Ils étaient certes bien fondés dans leur résistance aux empiétements de la hiérarchie et au relâchement de la discipline. Mais ils dépassaient la juste mesure sur ce point comme sur tous les autres, en voulant une Eglise de saints et de parfaits, comme si le fond dos cœurs pouvait jamais être apprécié dans une société humaine qui est obligée de se contenter de ce qui est extérieur. « L'Eglise, disait Tertullien, n'est pas constituée par le nombre des évoques ; elle est l'Esprit-Saint dans l'homme spirituel ' . »
Cette déclaration serait correcte si elle s'appliquait à FEglise invisible qui se compose de tous les vrais chrétiens et de tout ce qu'il y a de vraiment chrétien en eux. Mais elle devient fausse et dangereuse en s'appliquant à telle ou telle Eglise visible qui ne saurait être l'expression adéquate de l'invisible, puisqu'elle n'échappe pas au mélange et que l'ivraie y croît à côté du bon grain. Ou a beau lui donner pour base la profession de la foi, il n'est jamais certain que cette profession sera sincère chez tous et il n'est pas d'association religieuse où elle ne soit incomplète. Il s'ensuit qu'aucune d'elles n'est
1 « EcclesJa Spiritus per spiritalem hominem, non Ecclesia numerus epipcoporum. » (TertuU.j De pudicit.,U.)