‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 108 sur 387 · PAUL DE SAMOSATE · texte numérisé non relu

PAUL DE SAMOSATE

crédit extraordinaire; il fut le premier type de ces évoques de cour que l'union de TEglise et de l'empire devait multiplier au siècle suivant. L'Eglise d'Antioche était considérable ; les chrétiens pouvaient apporter un appoint très-important au parti qu'ils soutiendraient. Aussi bien leur chef était-il un grand personnage, surtout dans les conflits redoutables qui mettaient fréquemment en danger le pouvoir de la reine. Paul de Samosate exploita largement son influence dans une ville somptueuse et mondaine. 11 avait même obtenu une charge publique, celle de ducenarms ou receveur des deniers publics, qui supposait un certain revenu. S'entourant de tout l'éclat du luxe oriental, il s'efforça de réduire à sa domination toutes les Eglises voisines. Il trancha du métropolitain '. Son siège épiscopal ressemblait à un trône -. Il prétendait même exercer une véritable juridiction civile en citant h son tribunal tous les procès survenus entre chrétiens. De grosses sommes d'argent lui étaient versées, grâce à cette immixtion imprudente dans les affaires litigieuses ^ Il sortait accompagné d'un magnifique cortège. C'était un spectacle aussi triste que nouveau que de voir le représentant d'une Eglise persécutée et encore proscrite dans tout l'empire, rivaliser par son luxe et sa morgue avec les magistrats du plus haut rang. Une vie si dépourvue d'austérité pouvait-elle demeurer pure? On en doutait

1 Yd^rjAà çpovcî. (Eusèbe, H. E., VII, 30.)

2 Bï;;j.x \>h) v.ai Opôvov u'i/r^Vov sxjtw ■A%-XT/.vjx:ji[).v/oq. {Id.,Y[[, 30.)

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SOiN LUXE ORIENTAL. 165

généralement. L'accusation d'immoralité, sans se formuler nettement, planait sur le brillant évoque *. Il se montrait trop souvent entouré de femmes élégantes pour ne pas faire suspecter ses mœurs. Le bruit s'était répandu de bonne heure que sa doctrine ne valait pas mieux que sa morale. Il avait osé bannir du culte les cantiques d'adoration que l'on chantait à l'honneur de Jésus-Christ, tandis qu'il tolérait des hjmnes cà sa propre louange -. Une pareille innovation indiquait suffisamment sa tendance. Firmilianus, l'évêque le plus influent de la Cappadoce, était venu deux fois à Antioche pour se rendre compte des opinions de Paul de Samosate. Celui-ci s'était justifié dans un langage ambigu et avait prodigué les belles promesses. Mais il s'était bien gardé de les tenir, et avait même formulé avec plus de netteté que par le passé ses doctrines particulières. L'émoi fut grand dans toutes les Eglises. Bien des efforts de conciliation furent vainement tentés. Paul de Samosate résista à tous les conseils et à toutes les raisons qui lui furent données.

Trois conciles furent tenus à Antioche, le dernier, qui fut décisif, eut lieu en l'an 269 ^. Paul de Samosate ne put résister à la pressante dialectique de Malchion qui n'était que presbytre "*, il dut lever le masque et il développa l'unitarisme le plus complet. Sa condamnation fut décidée; un autre évêque fut mis à sa place, mais

1 Eusèbe, //. E., VII, 30.

2 WaKiiohq Toùç [ùw dq tov -/.uptov r^yMV 'lY)soijv Xptcxcv 7:a6ca;. (Jd., VII, 30.)

* /c?., Vli, 29.

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