‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 111 sur 387 · JESUS EST DEVENU DIVIN PAR SA SAINTETE · texte numérisé non relu

JESUS EST DEVENU DIVIN PAR SA SAINTETE

donc pas fils de Dieu quand il est né de la Vierge; il a conquis ce haut rang par sa sainteté. Le Verbe était plus grand que Jésus, mais Jésus s'est élevé par la sagesse *. « Il n'j a, disait encore Paul de Samosate, d'autre mode d'union entre les diverses natures et les diverses personnes que celui qui procède de la volonté -. >> Demeuré pur du péché, le Christ s'est uni à Dieu, il est devenu notre Sauveur saint et juste, ayant triomphé du péché de notre premier père dans la lutte et la douleur^. Cette unité de volonté dans Famour est infiniment supérieure à la simple unité de nature. C'est ainsi que Jésus est arrivé à une union étroite avec Dieu et que l'Esprit divin a reposé sur lui bien plus que chez les prophètes, il a résidé en lui comme dans un temple '*. Paul de Samosate substituait l'apothéose à l'incarnation en donnant à penser que Jésus était d'homme devenu Dieu, toujours dans un sens relatif ^ La rédemption disparaît aussi bien que l'incarnation dans une telle doctrine. En définitive Jésus est l'homme idéal qui fait briller à nos yeux les plus purs rayons de la sagesse divine; certes l'écart entre un pareil système et le christianisme apostolique était assez considérable pour que l'Eglise le rejetât sans hésitation dès qu'il serait

' '0 A^yoç p-cî^wv f,v -cou Xp'.aTOÎJ, Xp'.CTOç clx 'Z'.dxz i^i^a? M" VîTS. (Texte de Paul de Samosate. Maï, î\ova coll.XW, 299 )

2 Âî oiaçcpxi çjsc'.; y.al -ïà cii^opa zpôsio-a ëva y.ai ixôvov évwcewc; e-/c'J7t TpcTrcv Tf,v y.a-à ■:r^^) 6iAr,s'.v zi)\).ÎJ.':'.-) . (Mai, VII, 68.)

3 Mefvaçy.aÔapb; à[j.apTÎaç YivwB-r; akw, 7.7-.;; y.al oîy.a'.o; vÉvovsv fjpLÔJv h ca)T'r;p. [Ex Pauli sermonib. ad Sabinum. Mai, VII, 1.)

i 'Q? èv vaû Oeoy. (Mai, No!;a collect., VII, 299.) 5 'E^ àvOpw-wv ^é^ovc ^liq. (Alhanase, v. I, 920.)

BÉRYLLE DE BOTSRA. ^^9

soumis à sa libre appréciation. Il n'était pas nécessaire de recourir à un empereur païen pour en avoir raison ; le verdict de la conscience chrétienne était bien suffisant. Il est curieux de remarquer que les Pères du concile d'Antioche ont repoussé l'expression de consubstantialité qui devait faire si grande fortune à JNicée ' . Ils craignaient qu'elle ne fût prise dans un sens équivoque, qui sacrifiât la distinction des personnes divines. Bérjlle, évoque de Botsra, appartint à cette catégorie d'unitaires jusqu'au jour où il fut ramené par Origène à la foi générale de l'Eglise à la suite d'une libre conférence -. Nous ne connaissons son système que par un court passage d'Eusèbe dont on a donné les interprétations les plus diverses. Il est ainsi conçu : « Bérylle prétendait que notre Sauveur et Seigneur n'existait pas dans la détermination propre de l'être avant son apparition parmi les hommes, qu'il n'avait pas la divinité, mais que la paternité divine séjournait seulement en lui^. » On a prétendu tirer de ce texte l'idée d'une hypostase divine se produisant à la naissance du Christ. L'être même de Dieu aurait été modifié alors, ou plutôt il se serait modifié par sa propre volonté. La détermination de l'être se rapporterait a l'être absolu et transcendant, c'est-à-dire à Dieu. Nous ne trouvons nulle indication de ce genre dans ce fameux passage. Il y est simplement question de l'individualité de Jésus. Avant sa naissance, il n'existait pas comme Yerbe personnel ;iln'avait pas plus d'existence

' Alhanase, v. I, p. 920.

2 Eusèbe, H. E., VI, 33.

* Byjp'JaXoç tcv GWT^pa T^é^siv toA[j.wv \)}f\ -irpolicpESTavai y.ax'

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distincte que les autres hommes. Le principe de sa vie supérieure était en Dieu comme le principe de toute existence morale , ou comme la lumière qui est concentrée dans son foyer. Il n'est arrivé à l'existence personnelle et déterminée qu'à sa naissance ; l'élément divin qu'il possède lui vient du Père ou du Dieu unique. Il ne l'a point reçu par voie d'émanation comme s'il était lui-même un rayon affaibli de la lumière éternelle; c'est par suite d'une union toute morale qu'il se l'est approprié. La divinité a pris place dans le cœur de Jésus comme dans une demeure toute sainte, vraiment digne d'elle, où elle reçoit l'hospitalité. Bien loin que Bérylle dans sa période hérétique ait rompu avec la première tendance des unitaires, il la représente avec plus de netteté qu'aucun autre docteur.

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ty;v -KOL-prA-ÇK (Easèhe,H. £.,VI,33.) Nous ne reproduirons pas le débat qu'a soulevé l'interprétation de ce texte. Schleiermacher y a vu à tort une détermination en Dieu depuis l'incarnation. Nous adhérons pleinement à l'opinion de Baur, qui y reconnaît simplement l'idée de non-préexistence individuelle de Jésus-Christ. 11 cite à ce sujet un passage péremptoire d'Origène qui reproclje à une classe d'unitaires dans lesquels il est facile de reconnaître l'école de Bérylle, de nier la divinité du Fils en admettant pour lui une détermination d'existence entièrement distincte du Père, c'est-à-dire absolument humaine: TiOévTaç îï a'JTCÙ rr^v lo'.ÔTr^'X, 7,x\ rr^v cjsîav y.ol-x TTîpr/pasTjV -'j'C/^ivcjzxv ï~iç,y:i toî) ~x-piq. (Orig., In Johan/i., t. Il, c. 2.) Donc il ne s'agit pas d'une détermination nouvelle dans l'être même de Dieu, puisque le résultat d'une telle tendance est la négation de la divinité de Jésus-Christ. Dorner ne semble pas avoir assez tenu compte de ce texte d'Origène. (Ouvr. cité, p. 553 et suiv.)

LES UNITAIRES ENCLINS AU PANTHÉtSME. 171

§ IL — Les unitaires de la seconde classe.

Le dernier mot des unitaires de la première classe a été l'apothéose de l'homme Jésus. C'est aussi la devise du paganisme occidental qui se résume dans l'humanisme. Nous avons vu combien cette apothéose est vaine et illusoire; l'homme reste ce qu'il est et l'union réelle avec Dieu n'est pas réalisée. Le sera t-elle davantage dans la seconde tendance, dans celle qui procède plutôt de l'Orient que de l'Occident et qui absorbe l'élément humain dans l'élément divin? Nous savons déjà ce que valent les religions panthéistes de l'Asie Mineure et de l'Inde; elles ne connaissent qu'un infini impersonnel où toute réalité se perd et s'absorbe. Le Dieu de l'Orient est le grand dévorateur. Quand il se révèle, ce n'est pas comme Jéhovah parlant à Moïse au travers d'un buisson ardent qui éclaire sans consumer ; il est lui-même un feu terrible qui brûle le buisson et le prophète; il anéantit en lui et le monde au travers duquel il se manifeste et l'homme qui cherche à entendre sa voix. Il y a plus, lui-même disparaît dans le vide d'un panthéisme qui lui refuse la conscience de soi. C'est ainsi que toute idolâtrie finit par briser son idole. Ni Dieu ni l'homme ne sont sauvegardés dans les religions ou dans les systèmes qui sacrifient l'élément humain ou l'élément divin, en les absorbant l'un dans l'autre. La seconde tendance de l'unitarisme primitif, l'école des Praxéas, des Noétus et des Sabellius, est une réaction du vieux génie oriental; c'est la gnose moins

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