D'APRÈS PRAXÉAS, LE PÈRE S'EST INCARNÉ ENJÉSUS
son symbolisme tourmenté et fantastique, se tenant plus près des réalités historiques et de la lettre des textes sacrés.
Praxéas fut à Rome le premier représentant de cette tendance. Il venait d'Asie et il portait sur son corps les glorieux stigmates des confesseurs. Aussi trouva-t-il au premier abord un grand crédit auprès de l'évèque Victor; il obtint de lui la condamnation du montanisme. En même temps il commença à propager ses doctrines particulières qui n'allaient à rien moins qu'à identifier si absolument Dieu le Père et Jésus-Christ que Tertullien pouvait dire de lui dans son énergique langage : « Il a chassé de Rome la prophétie et y a introduit l'hérésie, il a mis en fuite le Paraclet et a crucifié le Père '. » En d'autres termes il a fait condamner le montanisme et il a attribué à Dieu même les souffrances de la croix. Cette dernière accusation, qui ne doit être acceptée qu'avec certains tempéraments, a valu à la doctrine de Praxéas le nom de Patripassianisme. Le chef de la secte s'exprimait probablement en langage subtil et métaphysique ; aussi ne fut-il pas compris de suite par les chefs de l'Eglise de Rome, toujours quelque peu étrangers à la philosophie religieuse. C'est ce qui explique la faveur qu'il trouva et qui même profita à ses adhérents après lui. Il commença par formuler le dogme de l'unité divine avec une grande énergie, établissant la monarchie au sens absolu*. Le dogme de la trinité, à l'en croire , brisait l'unité primordiale, car
1 « Paracletum fugavit et patrem crucitixil. » (Tertull.;, Adv. Prax., c. 1 .)
2 « Monarchiam, inquiunt^ tenemus. » (W.,c. 3.)