‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 113 sur 387 · LE PERE A SOUFFERT DANS LA CHAIR CRUCIFIEE · texte numérisé non relu

LE PERE A SOUFFERT DANS LA CHAIR CRUCIFIEE

il proposait trois dieux à radoration chrétienne, tandis qu'il n'en faut reconnaître qu'un seul. Praxéas se fondait principalement sur le texte bien connu : « Je suis Dieu et il n'en est pas d'autre que moi. » 11 l'expliquait par cette parole de Jésus : « Moi et le Père nous sommes un. Celui qui m'a vu a yu mon Père '. » 11 citait encore à l'appui de sa thèse toutes les déclarations de l'Ancien Testament dirigées coulre le polythéisme ^. Praxéas n'admettait donc aucune distinction de personnes en Dieu, il ne voyait en lui que le Père ou le principe absolu de l'univers. Par l'incarnation le ïrès- Haut s'unissait à la chair humaine de Jésus. Ainsi s'établissait pour la première fois la distinction entre le Père et le Fils. Le Père est en Jésus le principe divin, le Fils représente la chair. 3Iais l'union de l'un et de l'autre élément est devenue si étroite que le Père a participé aux souffrances du Fils dans son corps crucifié. « lia été annoncé par l'ange à Marie, disait Praxéas, que le saint qui naîtrait d'elle s'appellera le Fils de Dieu. Or c'est la chair qui est née, c'est donc la chair qui est le Fils de Dieu ^. » Il s'ensuit que l'humanité se réduit à une vaine apparence. Elle n'est que l'enveloppe corporelle de l'Esprit divin qui est en même temps le Verbe et le Père. Sans doute le Père ne souffre j)as directement, mais il souffre dans la chair qui lui est unie, dans cette filialité singulière qui n'est point

1 Tertull., /l(/i'. Prax.,<i.O.

3 « Ecce, inquiunt, ab angelo prgedicatum est : propterea quod nascetur sanctum, vocabilur Filius Dei. Caro itaque nata est, caro utique erit Filius Dei. » (Id.,21.)

174 BÉRON. NOÉTUS.

distincte de lui, puisqu'elle ne possède pas la personnalité '. Il est difficile de se représenter ce que peut être la rédemption dans une pareille théorie; elle ne saurait être en définitive que l'absorption du fini dans l'infini, et c'est bien la conclusion logique du système.

La doctrine de Praxéas subit de nombreux remaniements jusqu'au jour où elle a revêtu sa forme la plus achevée. Nous avons des documents très-incomplets sur le système de Béron ^. Il paraît avoir le premier cherché à expliquer la pénétration du divin et de l'humain en Jésus par la doctrine de l'abaissement. Le divin s'est abaissé et l'humain a été relevé et glorifié par sa participation à l'élément supérieur. Malheureusement Béron n'enseignant pas la distinction des personnes divines ne pouvait admettre qu'une union trèsincomplète entre l'humanité et la divinité. En dehors de la doctrine de l'incarnation du Verbe il n'y a que deux alternatives : ou l'absorption totale du divin dans l'humain ou une communication partielle de la nature divine à l'homme, car il est de toute impossibilité de s'imaginer que le Père se soit enfermé tout entier en Jésus, en laissant en quelque sorte le ciel vide.

Noétus, de Smyrne, qui vint à Borne au commencement du troisième siècle, développa habilement la doctrine de Praxéas qui avait déjà été modifiée par Cléomène. Selon lui, il n'y a qu'un seul Dieu qui s'appelle le Père et qui est le créateur de l'univers. Sa volonté détermine les modes de son existence ; qui le rendent

1 TerlulL, Adv. Prax., 29.

2 Voir Dorner^ Lehre von der Pers. Jesu, v. II, p. 343.

Page 1