H NOETUS ABOUTIT AU PANTHEISME INDIEN
puissance. D'un autre côté, la doctrine de Noétus aboutissait nécessairement au panthéisme, en faisant de l'existence finie la manifestation changeante de la divinité. C'était en revenir aux incarnations de Vischnou. Avait-il complété son système par la métempsycose, ainsi que le prétend Epiphane, qui l'accuse de s'être donné pour 3Ioïse revenu sur la terre des vivants ' ?Cela est possible. Jésus n'est, après tout, que le type de l'humanité ; sa personnalité est l'un des masques qu'a revêtus le grand acteur divin dans le long drame de l'incarnation, pour parler le langage des légendes indiennes; elle n'a rien d'absolu. La nôtre ne saurait l'être davantage. Le même élément divin , qui fut en Moïse, reparaît en Noétus, comme celui qui s'appela l'ange de l'Eternel dans l'Ancien Testament, se nomme Jésus dans l'Evangile. Eien n'est plus logique.
Cité devant les anciens de l'Eglise de Rome pour rendre compte de sa doctrine, Noétus refusa d'abord de répondre, puis, enhardi par le succès, il s'exprima avec une clarté qui ne laissait rien à désirer. Accusé de nouveau, il répondait avec audace à ses adversaires : « Quel mal ai-je donc commis? Je glorifie le Dieu unique; je n'en connais pas d'autre : c'est lui qui est né, quia souffert, qui est mort. » Les novateurs, à l'exemple de Praxéas, s'appuyaient sur les textes de l'Ecriture qui réfutent le polythéisme, et en particulier sur la déclaration de Dieu à Moïse : « Je suis le Dieu de tes pères, et il n'y a pas d'autre Dieu après moi. » C'est bien,
1 Epiphane, Hœres., 57.
NOETUS PROTEGE PAR ZEPHYRINUS. 177
disaient-ils, ce que iiuus croyous. Aussi, quand Jésus- Christ \ient naître sur la terre, nous disons que c'est le même Dieu, Père et Fils, qui a toujours été, et qui vient maintenant vers nous'. »
La tendance monarchienne orientale put croire un instant qu'elle allait triompher, grâce aux intrigues de l'ancien esclave Calliste, qui profitait de son influence sur le vieil évêque Zéphyrinus pour préparer sa propre élection par l'intrigue. Fidèle à la maxime qu'il faut diviser pour régner, il favorisait tour à tour les sectes en pré sence, aliu de recruter partout des adhérents, prêta condamner le lendemain ceux qu'il avait flattés et captés par ses artifices. Il paraît avoir donné des gages sérieux à f hérésie de Cléomène et de Noétus, et même en avoir épousé, pendant longtemps, les idées favorites, car il les défendit avec énergie contre l'austère Hippolyte, évêque d'Ostie, Calliste s'était tellement emparé de l'esprit de Zéphyrinus, qu'il lui dictait un langage qui était la simple reproduction de l'hérésie de Noétus. L'Eglise de Kome avait entendu avec stupeur son évêque s'exprimer en ces termes, dans une assemblée publique : « Je ne connais qu'un seul Dieu, Jésus-Christ, et aucun autre, à côté de lui, qui soit né et qui soit mort^. » Il est vrai que Calliste couvrait sa retraite par des paroles ambiguës telles que celles-ci : « Ce n'est pas le Père, c'est le Fils qui est mort', » désignant ainsi la chair du crucifié selon la terminologie de
^ Epiphane, Hxres., 57.
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