SABELLIUS
cherchait plus l'habileté que l'originalité. Dès que Calliste fut arrivé à ses fins, il condamna ses alliés de la veille et trancha de l'orthodoxe rigide.
Sabellius de Lybie, contemporain de Calliste, puisqu'il mourut vers 260, donna au monarchisme une forme beaucoup plus achevée, et s'efforça de le concilier avec les doctrines trinitaires qui avaient pris une précision nouvelle dans l'Eglise * . I! n'aboutit néanmoins qu'à un panthéisme décidé. Revenant à la langue philosophique d'Alexandrie, il désigne le premier principe sous le nom de monade ou d'unité^. C'est l'Etre suprême de Philon,immobileet silencieux. Seulement, il ne demeure pas dans un repos absolu, et la création ne sort pas de lui par voie d'émanation. Lui-même produit ou organise le monde : son activité est semblable à la main ou au bras qui s'étend. C'est toujours le même bras, mais en s'étendant, il agit. L'Etre éternel rompt le silence ; il parle. Cette parole est le Verbe ^. Il faut écarter ici toute idée de substance distincte, d'hypostase et de personnalité. Le Verbe n'est qu'un mode nouveau de l'Etre divin; c'est l'être se dilatant au deliors, passant de l'inaction à l'activité. Est-ce cette activité qui a produit le monde, ou bien s'est-elle bornée à l'organiser?
1 Sur la doctrine de Sabellius, voir Athanasc, Contra Arianos oratio I V, c. 2, 9, 13, 14-25; Exposit. fidei, 2; Epiphane, Hxres., 62; Eusèbe, //. E., VII, 6; Théodoret, Hxretic. fabuL, II, 9.
2 Mtav uTîOGxaciv eTvai xbv Tcairépa zaî tov utcv y.at to àytov 7:V£Î5[J-a. (Théodoret, Hxretk. fabuL, \\, 9.)
3 Tbv Osbv ctoiTCwvra [asv à^')V)iç)X^^10V }.akzu^iOL oï byùtiv. (Athan., Contra Arian. orat. IV, 11,) Etys cttOTTÛv [Aev O'jv, if'mxo tto'.sÎv 7aXô)V lï y.v.'Çiv) v^oçaio. [Id., 25.)
180 f,A THINITI'; K<]- LA TUIPLK MODALni: DE DIKI'.
Sommes-uous eu prcsence d'un dualisme platonicien ou d'un panthéisme complet ne voyant dans la vie créée que l'expansion de la vie divine? Les systèmes contemporains de Noctus et de Calliste nous portent à interpréter dans ce dernier sens le système de Sabellius. Ainsi, la création n'est pas autre chose que la main étendue de Dieu, sa parole, sa manifestation.
Vis-à-vis du monde, l'action de Dieu revêt trois formes nouvelles qui n'ont pas davantage le caractère de la personnalité. Il se révèle tour à tour comme le Père, comme le Fils et comme le Saint-Esprit'. On a souvent confondu le Père avec la monade primitive. On conçoit que la pensée chrétienne, habituée à voir dans le Père la première personne de la Trinité, eut quelque peine à ^"en déshabituer. Mais évidemment, Sabellius lui-même n'a pas fait cette confusion. Il n'est pas possible que le Père apparaisse deux fois dans son système, d'abord comme monade avant le monde, et ensuite comme la première modalité de l'activité divine au sein de la créalion -. De même, il faut distinguer avec soin le Verbe du Fils, puisque le Verbe désigne en Dieu le passage du silence à la parole, du repos à l'activité créatrice, tandis que le Fils n'a un rôle que dans le monde déjà créé, et après que ["histoire humaine a commencé ". Cette dé-
' 'O r.x--qp TTAaT'Jvî-a'. lï tic -jÎsv y.r. TV£u'J.a. (Athau., Contm
Arian. orat. IV, 25.) 'H '^.Z'/k: TrAaT'jvOsTcra -;v(0'/t -p'.x;. [Id., n.) ' Alhanase, qui a plus d'une fois confondu la monaae avec le Père, a
pourtant entrevu lui-même la distinction : E: \>:q ■?) Movàç a/Xo ".'. cît'.
r.j.fy. Tcv -jzaxépa. Il ajoute : •?) \).o^iç, Tp'.Ôiv r.Q':^-.'\7:^^. {Id., IV, 13.;
Il appelait la monade : ulozâ-opa. (Athanase, De synodis, 16.) 5 La distinction entre le Verbe et le Fils ressort clairement de ce pas-
r,A MONADE DEVIENT TOl'R A TOUll PERE. l'IT.S ET ESP1\1T. isl
viatioB (lu langage reçu dans FEglise, qni donnait aii\ mots consacrés des sens nouveaux, a I)eaucoup coutribué à jeter de robscurité sur le système de Sabellius. fort clair, cependant, au point de Yue de la construction logique. Il compare la triple modalité de Faction divine tantôt au soleil, qui est tout ensemble un foyer brillant, une clarté qui illumine, une flamme qui réchauffe', tantôt aux facultés de Tâme humaine, tantôt aux dons divins du Saint-Esprit". La monade primitive et éternelle revit tout entière dans ses diverses manifestations; chacune d'elles retourne à sa source et s'y absorbe, de même que le rayon solaire retourne à son foyer. Dieu s'est montré comme Père en donnant la loi ; c'est la période de l'Ancien Testament. Il s'est montré comme Fils dans l'incarnation de Jésus, dans lequel sa plénitude a résidé. Enfin, il se montre comme Esprit dans l'illumination des apôtres et de l'Eglise ^ Sa paternité a pris fin avec l'Ancien Testament, sinon, il n'aurait pas été tout entier dans le Fils. Il s'ensuit que l'incarnation n'a été elle-même qu'un fait momentané; elle a cessé dès que son but a été atteint. Le Christ-Dieu n'a
sage d'Athanase : <ï>ast [j:q zipY;a07.'. iv 'T, TraAa'.a -zipl ubu a/Xx
ctaêsêaiOJVTa'.. {Athanàse, Contra Arian., IV, 22.) « Ils disent qu'il n'est
pas parlé du Fils dans l'Ancien Testament, mais seulement du Verbe.
C'est pour cela que le Fils est^ d'après eux, postérieur au Verbe.» Atha-
nase dit nettement que Sabellius osait distinguer le Fils du Verbe : Tc).-
y,tov c'.a'.psTv Xo'i'cv y.al u-cv. {Id., 15.; 1 Epiphane, Hwres., 62.
^"Q(jr.tp o'.y.ipiQZiqyo!.pf.a[).âzw). (Athanase, Contra Arian., IV, 25.) 3 Kal èv u.ev xyj 7:a)>a'.a w; Tratépa v:[XcOî.TY;aa'., iv ttj xaiv^ wç
■jÎsv èvavGpoTCïiaa'., to; zveDy-a c; av'.ov toTç àr.o'zzà'kz'.: stt'.ç:'.-
-fjSa'.. 'Théodoret, Hœretic. fabul., lî, 9.)