CLASSIFICATION DES SYSTÈMES GNOSTIQUES
Telle est dans ses traits généraux la langue parlée dans ces écoles qui sont en même temps des sanctuaires, caries symboles n'y sont pas de simples métaphores ; ils sont pris au sérieux ; l'imagination échauffée s'en empare, l'esprit en proie à ces excitations maladives ne distingue plus entre la chose signifiée et le signe conventionnel; le gnostique croit à celui-ci comme le Cananéen croyait à son Baal et l'Egyptien à son bœuf Apis.
On a essayé à plusieurs reprises d'établir une classification rigoureuse entre les divers systèmes gnostiques. Les uns ont cherché un principe de division dans leur origine historique et nationale * ; mais dans un temps de syncrétisme universel où toutes les frontières s'abaissent, une différence de nationalité ne suffit pas pour constituer une différence de tendances, d'autant plus que le gnosticisme n'a pris naissance que dans des contrées également soumises à l'influence orientale. D'autres, identifiant la gnose avec la philosophie de la religion, l'ont divisée en trois principales écoles, selon la place accordée par chacune d'elles à l'une des trois grandes formes religieuses du passé. Nous aurions d'abord les systèmes qui , tels que ceux de Basilidès et de Yalentin, ont reconnu une certaine légitimité aux cultes du passé et une évolution graduelle de la conscience religieuse. Nous aurions ensuite ceux qui n'acceptent qu'une seule des religions anciennes, à savoir le judaïsme; ce serait le gnosticisme des Clémentines.
1 C'est la théorie du savant ouvrage de M. Matter.
n LA NOTION DU DÉMIURGE EN EST LA BASE.
Nous aurions enfin la doctrine des Ophites et celle bien supérieure de Marcion, pour qui la vérité ne commence qu'avec Jésus-Christ, et qui ne voit qu'erreurs monstrueuses dans tout ce qui l'a précédé ^ Cette classification a le tort de trop considérer le gnosticisme comme un simple mouvement philosophique et pas assez comme un mélange de religion et de spéculation. La division la plus raisonnable des systèmes gnostiques nous semble celle qui tient surtout compte de la position qu'ils prennent vis-à-vis du Dieu de l'Ancien Testament -. La question est double. Il ne s'agit pas seulement du degré de respect qui sera montré à l'égard des révélations et des institutions du judaïsme, mais encore du caractère plus ou moins absolu du dualisme. En effet, le Dieu de l'Ancien Testament est le Dieu créateur du ciel et de la terre. Si on voit en lui non pas un Dieu ennemi de la divinité suprême, mais simplement un Dieu subordonné comme dans le Timéeàe. Platon, le monde qui est sa création n'est pas frappé d'une malédiction absolue; il a encore quelque chose de bon; l'histoire avant Jésus-Christ n'est pas livrée au mal sans remède et sans partage. Au contraire, si le Dieu créateur est un Dieu décidément mauvais et opposé au monde supérieur, la création est en soi une malédiction, et son règne n'est que l'évolution du mal. Dans les premiers systèmes, le monde n'est pas le produit d'un principe éternel opposé à l'être absolu; il est lui-même renfermé dans le sein de l'abîme
1 C'est la classification de Baur, Die christUche Gnosis, 97-121.
2 C'est celle de Néander (Genefische Eniwickelung der vornehmsten gnostischen Système, Kirchengesrhiclite, p. A30.)