‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 121 sur 387 · LES APOCRYPHES ET LA TRADITION ORALE · texte numérisé non relu

LES APOCRYPHES ET LA TRADITION ORALE

le véhicule le plus rapide de riiùrésie. Ensuite elle nous permet de discerner avec quelque certitude, dans l'Eglise elle-même, le ^courant de la tradition populaire et de reconnaître quels éléments il roulait dans ses flots, sa pente et sa direction. On aurait une notion bien insuffisante du mouvement des idées religieuses dans une époque si Ton ne regardait qu'aux sommités, si l'on ne tenait compte que des travaux approfondis des docteurs illustres. Il faut encore savoir ce que deviennent les grandes vérités au sein des masses et ce qu'en fait leur imagination un peu grossière mais facilement ébranlée; d'innombrables superstitions semblables à une végétation parasite, mais luxuriante, recouvrent promptement le tronc vigoureux de la révélation; elles rappellent par leur éclat morbide les lianes des grandes forêts de l'Inde ; au fond elles éclosent sous le môme souffle, car c'est toujours de l'extrême Orient que sont venues, dans les premiers siècles du christianisme, les influences qui ont le plus contribué à dénaturer la foi évangélique.

Ce qu'il y a de plus étrange, c'est l'ascendant qu'obtient peu à peu la superstition popnlaire. A ses débuts, elle n'excite que le dédain; elle est même l'objet des anathèmes officiels. Et cependant elle fait son chemin dans les esprits, circulant sans bruit dans les classes obscures qui ne se soucient point des disputes de l'école, jusqu'à ce qu'elle acquière une autorité morale avec laquelle on doit compter. La superstition proscrite et con damnée d'un siècle devient souvent la doctrine officielle d'un autre siècle qui lui accorde son droit de circula-

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