DEUX CATÉGORIES D'APOCRYPHES
tion : les docteurs de ces temps nouveaux trouvent des raisons excellentes pour l'accepter et lui font une généalogie illustre comme on édifie un blason de commande pour une noblesse suspecte. L^ tradition populaire est sem^blable aux flots patients qui rongent incessamment le rivage et en modifient peu à peu la forme par un lent mais irrésistible travail. Elle a agi de la même façon sur les fermes assises de la religion chrétienne, et c'est à elle qu'il faut demander d'expliquer les transformations considérables que nous remarquons dans la doctrine et dans la morale chrétiennes d'une époque à l'autre. Il est donc très-important d'en suivre les développements singuliers, parfois tout à fait étranges, dans les nombreux écrits apocryphes que la science critique a mis à notre disposition.
La littérature apocryphe se divise en deux branches, l'une qui est décidément hérétique, l'autre qui n'est que légendaire à l'origine, bien que l'hérésie ait souvent cherché à se greffer sur elle et l'ait altérée à son profit.
Les écrits qui appartiennent à la première ont presque tous disparu, ils ont suivi la fortune d'une opinion vaincue, écrasée. Au contraire la plupart des apocryphes qui sont plutôt légendaires qu'hérétiques n'ayant pas soulevé une vive opposition, ont survécu; ils étaient la lecture favorite des simples et des ignorants et ils se sont conservés avec la ténacité inhérente à toute littérature vraiment populaire.
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^ i. — Les apocryphes diridriiient hérétiques.
On coniple un grand nombre d'Evangiles attribués aux hérétiques. Aucun d'eux ne nous a été intégralement conservé. Les citations fragmentaires de ces Evangiles, éparses dans les écrits des Pères, suffisent pour en faire connaître le caractère général. Ils se sont presque tous rattachés à un tjpe primitif qu'ils ont surchargé ou dénaturé chacun dans son sens. L'Evangile de 3Ialthieu a été remanié de préférence parles judéochrétiens de toute nuance, et ces remaniements ont pris des noms divers. L'Evangile dit des Hébreux dont parlent Clément d'Alexandrie, Origène, Eusèbe et Jérôme est le principal de ces remaniements ' ; il a été écrit en langue araméenne ; les Nazaréens et les Ebionites s'en servaient exclusivement - ; peut-être subissait-il quelques modilicatious en passant des uns aux autres. En tout cas il sufiSt de comparer cet Evangile des Hébreux à notre premier Evangile pour reconnaître qu'il n'a aucun des caractères d'un écrit original ".
» Hégésippe apud Eusèbe, H. E., IV, 22; Eusèbe, H. E.. 111, 25, 27; Clém. d'Alexandr., Strom., II, 9, 45; Origène, In Joann., II, 6 (v. IV, 63). « Quod chaldaico quidem syroque sennone scd hebraicis litteris scriptum est. » (Saint Jérôme, Adv. Pelag., lib. III, c. J.) Voir sur cette question des Evangiles apocryphes le livre de M. Nicolas. (Michel Lévy.)
2 II n'y a aucun motif pour distinguer, avec M. Nicolas {Etude sur lea Evangiles apocryphes, p. fJO), l'Evangile des Hébreux de celui des Nazaréens, une fois que l'on admet que le premier subissait des altérations eu passant d'une secte à l'autre. L'Evangile des douze apôtres (Origène, Hnmil. 1 in Luc] est identique à l'Evangile des Hébreux.
^ M. Nicolas soutient l'opinion contraire. Nous ne pensons pas qu'il ait en rien détruit la forte argumentation de Bleck dans son Introduction au Nouveau Testament (p. 106 et suiv.)