L'EVANGILE DES HEBREUX
Le récit est surchargé d'incidents légendaires ' ; il est parfois corrigé dans l'intention évidente de faire disparaître une difficulté chronologique -. L'empreinte d'un svstèrae préconçu se reconnaît dans les additions ou les suppressions qui modifient le texte canonique. La suppression des deux premiers cliapitres qui renferment le récit de la conception miraculeuse était tout indiquée dans l'école qui refusait à Jésus l'éternelle divinité \ C'est pour le même motif que l'Evangile des Hébreux faisait dire à Dieu, au baptême de Jésus : « Je t'ai engendré aujourd'hui. » La place donnée à ce texte dans une circonstance semblable était évidemment destinée à confirmer l'idée que la divinité du Christ datait de sa consécration solennelle par le Baptiste ''. L'influence de l'ébionitisme gnostique ou essénien est facile à discerner dans le curieux passage ou l'Esprit est nommé la mère de Jésus ''. C'est bien là cet
* Nous citerons le trait rapporté par Origène que le Saint-Esprit aurait ransporté Jésus sur le Thabor en le prenant par l'un de ses cheveux, (Origène, /« Joann. ,\ome\\, c. 6.) L'Evangile des Hf^'breux combine parfois aussi le récit de Matthieu et celui de Luc. Le fragment sur la résurrection cité dans l'Epîtrc d'Ignace aux Smyrnéens (c. 3; est un pastich'; de Luc XXIV, 39.
- L'Evangile des Hébreux faisait disparaître la grande difficulté relative à Zacharie, que notre Matthieu donne à tort pour fds à Barachie ou Barucb (Matth. XXIII, 33), tandis qu'il avait pour père Jojadah. C'est cette dernière leçon qui se trouve dans l'Evangile apocryphe. (Jérôme, Comm. in Matth., XXIII, 33.) Nous avons d'ailleurs une preuve matérielle que l'Evangile apocryphe est postérieur à notre premier Evangile grec. Il donne à Jean-Baptiste pour nourriture dans le désert des gâteaux de miel au lieu de sauterelles. (Epiphane, i/a-Téi'., XXX, 13.) Evidemment, l'interpolateur a lu dans Matth. III, 4, è-f/.ptcîç au lieu d'ày.pioî;. Cette confusion de mots implique l'antériorité du texte grec du premier Evangile.
» Epiphane, Hicres., XXX, 14. — * kl., XXX, 13.
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