L'EVANGILE DES EGYPTIENS
deux seront uu, quand l'extérieur se confondra avec l'intérieur, et le raàle avec la femelle au point de n'être plus ni mâle ni femelle \ » li s'agit évidemment ici de la suppression de toute distinction entre le corps et l'âme; le corps est ce qui est extérieur, l'àme est ce qui est intérieur. On sait aussi que dans la langue symbolique de la gnose, l'élément matériel se confond avec l'élément féminin et l'élément spirituel avec l'élément masculin. Clément d'Alexandrie complétait ainsi ce texte étrange : « Il viendra quand vous aurez rejeté le vêtement de la pudeur ^. » Les robes de peaux dont Dieu a revêtu dans l'Eden Adam et Eve pour cacher leur nudité étaient assimilées au corps par tousîesthéosophes juifs. La matière, la corporalité doit donc disparaître pour que le règne de Jésus soit fondé. La même pensée ressort de cet autre passage non moins énigmatique : « Comme Salomé demandait au Seigneur jusqu'à quand la mort régnerait : « Ce sera, lui dit-il, tant que ' vous autres femmes vous enfanterez. — J'ai donc eu « raison, reprit Salomé , de n'avoir jamais enfanté. " Le Seigneur reprit : « Slangez de toute herbe, mais ne pre- « nez pas de colle qui est amcre ^. » L'herbe araère qui {U'oduit la mort, c'est évidemment le mariage. On ne peut douter que tel soit bien le sens de cette recommandation quand on ia rapproche de cette autre parole attribuée à Jésus : « Je suis venu détruire les csu-
1 "O-av Yév-zjTai-cà oûo ev y.ai -b appev [j.î-à r^; OsAsîaç. (Clém., Slrom., \\\, \i; 92, Clément de Rome, ^'-' ep., c. 192.)
2 O^av TC r^; alzyyrr^c £vcu[;-x r.xiTfZiz. [Slrom., 111,13, 92.) L'interprétation de M. Nicolas est tres-concluante sur c poiiit.
3 Gléiaonl d'Alex., tiiruin., ÏW, H, 45.
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vres de Ui ieminc*. ■> La femme c'est cette Eve terrestre qui figure rélément matériel dans le gnosticisme, cette Maia séduisante des mythes indiens qui enveloppe l'âme et dévore la vie de l'esprit. L'Evangile des Egyptiens était bien nommé, car c'est sur la terre d'Egypte, tout près de la synagogue où avait enseigné PhiioUj que devait naître ce produit hybride du judéochristianisme et du gnosticisme mitigé.
On cite encore un Evangile de Pierre, dont la seule particularité connue était de supposer un premier mariage de Joseph duquel seraient issus les frères et les sœurs de Jésus. Cette tradition était destinée à sauvegarder la perpétuelle virginité de 3Iarie et à la phicer en dehors des conditions ordinaires de l'humanité -. L'Evangile de Pierre était un nouveau remaniement de celui de Matthieu. Quant à la Prédication de Pierre, dont il est tant parlé dans les Clémentines, cet écrit était probablement un premier récit légendaire des disputes de Pierre avec Simon le magicien. C'est ce qui ressort évidemment de l'analyse qu'en donnent les Recognitioncs '. Les gnostiques proprement dits ne se sont pas fait faute de mutiler à leur fantaisie les écrits sacrés. JBasilidès s'était contenté d'écrire un commentaire, cnr c'est à tort qu'on lui impute d'avoir voulu posséder un Evangile à lui ^. Les Yaleutiniens et les Mani-
1 Clément Alex., Strom., \\\, 9, 63.
2 Eusèbe, E. E., VI, 12. Sérapion, évèque d'Antioche en 170, l'avait trouvé en usage dans l'Eglise de Rhosse en Cilicie; il reconnut promptement qu'il favorisait le docétisme.
' Recognitiones , lib. III, c. 75.
'•> Oriç''ène. Prnfvmhim in f.uc.