APOCALYPSES APOCRYPHES
couleurs. Le récit de la mort de l'apôtre est traité dans cette manière symbolique qui avait tant de faveur auprès du gnosticisme. Les quatre soldats qui le conduisent au supplice sont assimilés aux quatre éléments'. La poussière oîi son corps a été déposé opère de grands prodiges^. Ce curieux écrit nous montre l'hérésie gnostique sortant des nuages de la métaphysique, et essayant de prendre une forme sensible et attrayante pour les imaginations malades.
L'hérésie ne s'était pas fait faute d'inventer des apocalypses qu'elle mettait sous le nom d'Adam ^, d'Abraham et d'Elie. Elle supposait aussi des écrits prophétiques de Zoroastre "*. Les noms seuls de ces apocalypses ont surnagé. II est aussi fait mention d'une Apocalypse de Cerinthe^. Citons enfin une espèce d'apocalypse à moitié judaïque, à moitié gnostique intitulée : Le Ravissement (TEsaïe ®, et composée de plusieurs parties dont les dates diffèrent. Le fragment le plus ancien
1 Cotisummatio Thomse, 6.
2 Id., 11.
3 Epiphane, Hxres., m, 8, 6; 39, 5,7.
* Porphyre, Vita Plotini, 16. - ^ Eusèbe, H. E., III, 28.
" Le titre de ce curieux apocryphe est: Ava6aTr/.cv opastç HcaiO'j. Il se compose de deux parties distinctes dont la première (c. 1 à 5) est la moins ancienne; car l'état de l'Eglise qui y est indiqué n'est admissible qu'après Nicée. Elle comprend le récit de l'apparition d'Esaïe à la cour d'Ezéchias pour annoncer l'impiété de Manassé, puis celui de la persécution dont il est l'objet et son martyre. Ce fragment a probablement pour canevas un apocryphe juif. La seconde partie, dont une traduction latine a été retrouvée à Venise par le cardinal Mai, raconte le ravissement d'Esaïe au ciel. Elle a une empreinte gnostique évidente. Epiphane y fait allusion [Hxres., 40, 2). Voir aussi Origène [Homil. I, in Esaiam, 5). Ce second fragment remonte au troisième siècle. L'ouvrage entier retrouvé on éthiopien a été publié et traduit en anglais par Laurence (1829). Voir Lucke, Offenbar. des loliann, I, p. 274 et suiv.
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roule sur la vision dont le prophète a été honoré en présence du roi Ezéchias. La gloire du ciel lui est soudain révélée, il tombe muet et accablé devant les splendeurs de l'invisible. Il parcourt les sept cieux qui sont au-dessus de la terre. Sauf le premier qui est l'Adès et le dernier qui est le séjour du Très -Haut, ils offrent le même spectacle. Au centre est placé un trône où siège un archange et des deux côtés les anges se partagent en couples dans lesquels il est facile de reconnaître les syz} gies valentiniennes. Dans le septième ciel, Dieu réside avec son Fils bien-aimé et l'Esprit saint. Il donne l'ordre à son Fils de traverser tous les cieux en revêtant dans chacun la forme de l'ange qui y demeure. Il doit enfin apparaître sur la terre sous la forme d'un homme né de la vierge Marie, y accomplir de grands miracles, être rejeté et crucifié par les Juifs, puis remonter au septième ciel pour s'asseoir à la droite du Père. Evidemment cette vision est fortement empreinte de docétisme ; le Christ ne revêt pas plus réellement l'humanité qu'il n'a été vraiment un ange dans ses métamorphoses successives. La vision d'Esaïe est précédée dans le livre éthiopien qui nous a conservé ces fragments par un récit de ce qui s'est passé à la cour d'Ezéchias lorsque le prophète a annoncé au roi la chute honteuse de son fils Manassé. Le pieux monarque n'a été empêché d'immoler son successeur que surles sollicitations d'Esaïe. Cependant Manassé a voué à celui-ci une haine mortelle, et sur l'instigation du démon auquel il obéit, il le fait saisir sur la montagne de Bethléhem, et commande qu'on le mette à mort, pour le punir des prédictions