LES ÉPITRES ET LES APOCALYPSES APOCRYPHES
preints d'une teinte judaïque. Ils contiennent la lettre par laquelle Abgar, roi d'Edesse, demande à Jésus de le guérir d'une grave maladie. Eusèbe a recueilli dans son histoire une lettre semblable avec la prétendue réponse de Jésus-Christ '. La tradition qui fait le fond des Actes de Thaddée, est donc très-ancienne, et dénote chez les chrétiens le désir d'avoir un document écrit de la main de Jésus. Le récit légendaire de la guérison d' Abgar, par le mojen de l'image du Christ, empreinte sur le linge avec lequel il a essuyé sa sueur, appartient à une époque bien postérieure. Les prétendues missions de Thaddée à Edesse et en Mésopotamie, comme aussi la fable d'une première apparition de Jésus-Christ à sa mère, qui aurait précédé toutes les autres, sont des inventions d'une date encore moins ancienne.
Plusieurs épîtres apocryphes ont été mises en circulation dans le cours du second siècle, entre autres une épître aux Laodicéens, une correspondance entre saint Paul et Sénèque ; mais elles ne paraissent avoir offert aucune particularité dogmatique. On vient de publier récemment les apocalypses apocryphes -. Deux d'entre elles remontent à l'antiquité chrétienne, sans qu'il soit possible de préciser leur date. V Apocahjpse de Moïse est un récit mythique de la maladie et de la mort d'Adam et d'Eve, appelés les protoplastes^ .Cet écrit a de l'irapor-
lemi sont également d'une date postérieure. Le côté mythique et théâtral s'accentue toujours davantage.
» Eusèbe, H E., \, 13.
* Tischendorf a publié un recueil des apocalypses apocryphes sous ce titre: Apocalypses apocryphse. Lipsiœ, 1866.
' V Apocalypse de Moïse n'est probablement qu'un fragment d'un ou-
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tance en tant qu'il relève très-haut la dignité et la grandeur de l'homme primitif fait à la ressemblance de Dieu. Adam apparaît comme le roi de la création, roi déchu sans doute , mais bien grand encore dans sa déchéance , et destiné au relèvement. Une poésie sublime est répandue sur tout le récit. Le caractère d'Eve en ressort comme l'idéal de la femme. Quand Adam est atteint du mal qui va l'emporter, Eve s'écrie : « 0 mon seigneur Adam, donne-moi la moitié de ta maladie, et je la porterai avec toi, car c'est à cause de moi que tu es ainsi frappé! C'est moi qui t'ai amené ces douleurs et ces peines '. » Au moment de la mort du premier homme, Eve lui dit : « Pourquoi meurs-tu, tandis que je vis^? — Ne t'inquiète pas, répondit Adam, tu me suivras bientôt; nous mourrons le même jour. » Ne dirait-on pas l'Eve et l'Adam de 3Iilton suivant le chemin de l'exil les yeux en pleurs et les mains enlacées? Eve raconte à ses enfants de quelle manière elle a succombé dans la grande épreuve. Elle termine son récit par un trait admirable, qui résume tout ce que le cœur humain renferme d'aspirations élevées, de regrets et de poésie : sur le seuil de l'Eden, au moment de quitter ce séjour de gloire et de pureté, Adam s'adresse aux séraphins et leur dit : « Laissez-moi emporter le parfum
vrage plus considérable. Ce fragment paraît remonter au deuxième siècle, car il contient la légende deSeth allant chercher au paradis l'huile de consolation pour son père mourant. Or il est fait allusion à cette légende dans la partie de l'Evangile de Nicodème qui s'appelle Descensus ad inféras. Il semble que nous ayons dans V Apocalypse de Moïse le premier fond de cette légende.
* A6? p.ot To Yj[Aiau zr^c voaou cou. [Apec. Moysis, c. 9.)
• Atà tI ai> àT:o6vy;7y.e',ç xàvà) !^u>; (/cf., c. 31.)