‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 153 sur 387 · LA FOI ÉNERGIQUE, MAIS NON TIMORÉE · texte numérisé non relu

LA FOI ÉNERGIQUE, MAIS NON TIMORÉE

réactions; car rien ne conduit plus promptementà Tasseivissement des esprits que la peur de la recherche, qui dénote au fond plus d'incrédulité que de fermeté dans la conviction. Les croyances sérieuses et bien fondées sont tolérantes, précisément parce qu'elles ne se croient pas exposées à périr au premier choc. Plus elles sont religieuses et reposent d'aplomb sur la vie intime de l'âme, plus elles respectent les droits de la pensée et se gardent d'empiéter sur son domaine. Au contraire, la sèche scolastique qui transforme le christianisme en un système tout intellectuel ne permet pas qu'on enlève un anneau de la chaîne de ses déductions. Comme la formule dogmatique*est pour elle l'essentiel, la moindre déviation la frappe au cœur, ou du moins au point sensible.

Etablissons rapidement en quoi consistait cette unanimité de la foi de l'Eglise au deuxième et au troisième siècle. Je ne pense pas que dans un temps où l'on luttait énergiquement contre la gnose, on eût désigné la foi chrétienne par le nom d'orthodoxie, car on eût craint de favoriser par ce mot une notion purement scientifique de la religion. On voulait moins que jamais eu faire une opinion correcte sur Dieu; elle était essentiellement morale et vivante, sans être vague et indécise, comme nous allons le prouver. Nous nous bornerons à un rapide exposé, car la démonstration proprement dite ressortira avec éclat de la peinture que nous tracerons plus tard du culte de l'Eglise et de la vie chrétienne. Nous nous contenterons de quelques indications péremptoires.

210 ADORATION DU CHRFT.

La foi chrétienne, à cette époque, comme toujours, a pour objet suprême Jésus-Christ, Fils de Dieu et Sauveur du monde. C'est à sa personne que la religion tout entière est rattachée. Comment en serait-il autrement, puisqu'il est le médiateur entre le ciel et la terre, celui qui a rétabli le lien brisé entre l'humanité et Dieu? Ce lien n'est-il pas la condition essentielle de cette relation sacrée entre l'homme et son Créateur, qui s'appelle la religion? Jésus-Christ n'est pas simplement considéré comme l'initiateur d'un culte nouveau ou un parfait modèle de religion. IVon, il est l'objet même delà religion Gu'il a fondée ; il est au centre de la vie, au centre de la piété. Rien n'est plus éloigné du sentiment universel de l'Eglise que les notions unitaires. Si, comme nous le verrons, la théologie, môme animée d'un souffle évangélique, ne trouve pas des explications suffisantes et toujours correctes de cette adoration du Christ, le fait n'en subsiste pas moins avec sa catholicité indiscutable. Il suffirait, pour s'en convaincre, de se rappeler le rôle que la foi en Jésus joue dans le martyre. Le chrétien qui est jeté en prison et qui comparaît devant le tribunal du proconsul, pour de là monter sur le bûcher ou descendre dans l'arène, accepte toutes les privations et toutes les douleurs pour le Rédempteur; c'est avec sou nom sur les lèvres qu'il lutte contre ses juges et qu'il affronte ses bourreaux. Il est prêt à aller, selon l'expression de la jeune chrétienne de Lyon, partout où l'Agneau le conduira. Qu'on relise le tableau que nous avons tracé de ce long et sanglant combat entre la Rome impériale et l'Eglise, et l'on se convaincra que chaque

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