INFLUENCE DE LA PHILOSOPHIE ET DE L'HÉRÉSIE
au contraire, la rédemptioQ est nulle, il est ramené à la servitude dans tous ses sens. On peut donc voir dans la doctrine de la rédemption le rouage principal, le moteur central de tout l'organisme dogmatique et ecclésiastique; la moindre déviation qui s'y produit a son contre-coup dans toute la conception religieuse.
Nous aurons à tenir compte dans les divers systèmes théologiques de l'influence des philosophies antérieures. Qu'on s'en défie ou non, il n'en demeure pas moins que la philosophie exerce dans les choses de l'esprit un pouvoir considérable. Elle crée la langue intellectuelle d'un temps et impose plus ou moins ses formules. Il importe extrêmement de faire le départ dans la théologie des Pères entre ce qu'ils doivent à l'Evangile et ce qu'ils ont conservé des maîtres de la sagesse antique '. Si en plein christianisme le cartésianisme a marqué de son sceau toute la théologie d'un siècle, il n'est pas étonnant que le platonisme dans ses diverses fractions plus ou moins modifiées ait pesé d'un poids très-lourd sur la pensée chrétienne sans l'absorber pourtant, si ce n'est dans l'hérésie ^. Celle-ci est aussi à sa manière un facteur du dogme ou du moins de la théologie, soit par les réactions qu'elle provoque, soit par l'action secrète qu'elle exerce en se mêlant subtilement à l'atmosphère morale du temps. L'hérésie gnostique a contribué puissamment par ses attaques à fortifier la tendance théiste,
* Voir sur ce sujet le 6^ vol. de VHùtoire de la philosophie chrétienne, parRitter, traduction Truliard. Paris, Ladrange, 1843.
* M. Vacherot, dans sa savante Histoire de l'école d'Alexandrie, exagère beaucoup cette influence de la philosophie platonicienne sur le dogme.