‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 181 sur 387 · THÉOLOGIE DE JUSTIN · texte numérisé non relu

THÉOLOGIE DE JUSTIN

§ II. — La théologie de Justin Martyr *.

La théologie proprement dite de Justin présente de singuliers contrastes que les imperfections de sa méthode apologétique nous ont fait pressentir. Ce généreux penseur, qui établit si nettement la parenté entre l'âme humaine et Dieu , et écarte le dualisme fataliste à tous les degrés, n'en a pas moins subi l'influence du platonisme et a même donné des gages à l'allégorisrae exégétique des rabbins. S'il eût suivi l'inspiration toute biblique de YEpître à Diognète en dégageant sa pensée des liens de la philosophie grecque, il serait arrivé par la plus simple déduction à faire reposer l'éternité du Yerbe sur sa vraie base. En effet, si Dieu est essentiellement l'amour éternel, il a dû avoir un objet à aimer en dehors et au-dessus du monde, et cet objet ne saurait être que le Verbe. Ainsi compris, le Yerbe est comme le complément nécessaire de la vie divine. Sans le Fils, Dieu ne serait pas le Père, il ne serait pas l'amour essentiel. La Lettre à Diognète n'a pas tiré cette conclusion, parce qu'elle n'avait aucun caractère métaphysique ; elle se fût imposée d'ellemême à un esprit aussi logique que Justin, s'il s'était borné à creuser ce précieux filon. Malheureusement, tout en reconnaissant hautement que l'Evangile est la manifestation de la miséricorde divine , il n'a pas donné à la notion de l'amour une place centrale dans sa théologie. Dieu est essentiellement pour lui comme

1 Voir sur Justin la riche monographie de Semisch : Justin der Meert. î vol. Breslau, 1840.

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