‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 182 sur 387 · THÉODICÉE ABSTRAITE · texte numérisé non relu

THÉODICÉE ABSTRAITE

pour le platonisme plus ou moins modifié de son temps, l'absolu, l'incompréhensible. Dès lors le Verbe est l'organe révélateur, la Parole ou la raison divine parlée plutôt que le Fils unique et bien-airaé. L'absolu incompréhensible est complet en lui-même; il lui suffit d'avoir conscience de soi. Rien ne l'oblige à se manifester dans un être distinct de lui. Il peut produire ou engendrer cet être , comme il peut demeurer renfermé en soi. La distinction des personnes divines n'est donc pas une nécessité éternelle de l'existence absolue ; elle a un caractère d'occasion et elle a eu commencement. Son origine a beau remonter avant les siècles, avant la création du monde, elle n'est pas éternelle. C'est la première erreur du système ; nous verrons combien longtemps elle a pesé sur la théologie chrétienne. Ainsi s'explique le caractère trop intellectuel de toute la doctrine de Justin, et son atténuation de la rédemption. Le Verbe étant essentiellement un révélateur, tout en revient à la manifestation de l'incompréhensible, la religion est surtout une science transcendante.

La théodicée trop abstraite de Justin ressort des passages suivants : « Le Père ineffable qui est le Seigneur de l'univers demeure dans la région où il réside, et rien ne lui échappe de ce qui se voit ou s'entend, non qu'il se serve d'yeux ou d'oreilles, mais par sa puissance indicible il perçoit et connaît toute chose. Il ne sait pas ce que c'est que de se mouvoir; aucun lieu, pas même le monde entier, n'enferme Celui qui est avant que le monde devînt. Comment donc, étant tel, parlerait-il à

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