LA DOCTRINE DE L'ESPRIT EST FLOTTANTE
tincte, appelant tout ensemble les êtres à la vie et leur révélant le Père ineffable. Cette doctrine se développera avec infiniment plus de clarté chez les successeurs de Justin, mais elle est inhérente à son système. Il a su du reste éviter tout ce qui ressemble à l'émanation, en attribuant l'engendrement du Verbe à un acte de la volonté divine et non à une sorte de nécessité métaphysique. La doctrine du Saint-Esprit est plutôt mentionnée que développée par Justin. Il lui donne le troisième rang et marque ainsi sa subordination d'une manière tranchée ^ Il va même jusqu'à l'identifier au Verbe ^. Dans une paraphrase d'un texte d'Esaïe ainsi conçu : Je suis Jéhovah, je n'abandonne mon honneur à personne (Esaïe XLII, 8), Justin établit que Dieu ne peut laisser son honneur qu'à Celui qui est la lumière des nations, c'est-à-dire à Jésus-Christ seuP. S'il avait cru à la divinité distincte du Saint-Esprit il n'eût pas tenu ce langage qui écarte l'adoration de toute autre personne divine que le Père et le Fils. On voit à quel point l'idée trinitaire est encore indécise.
L'univers est l'œuvre du Verbe de Dieu. Il a pour commencement et pour fin la créature morale. Notre monde a été fait eu vue de l'homme ^ dans lequel nous pouvons distinguer, à l'exemple de saint Paul, le corps, l'âme et l'esprit ^ 11 est dans une relation toute spéciale
1 ApoL, II, p. 60.
2 Tb T:vîij[j.a cuv ouBev àXXo voYJcat 0£[/.tç, ?) xbv àoyov. {Apol.^ II, p. 75.)
' Dial. cum Tryph., p. 289.
''ApoL, ], 43.
* Frag. de Resurrect., § 13. (Grabe, Spicileg ., II, p. 192.)