‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 195 sur 387 · SPIRITUALISME MORAL DE JUSTIN · texte numérisé non relu

SPIRITUALISME MORAL DE JUSTIN

l'homme qu'à ratifier ce qui a été accompli pour lui sur la croix, et qu'à s'unir à cette humanité nouvelle qui a trouvé grâce devant Dieu; l'acte de foi qui, selon l'expression de saint Paul, nous fait une même plante dans la crucifixion et la résurrection de Jésus, nous approprie tout ce qu'il a souffert et conquis pour nous. Il n'en est plus de même quand son œuvre est conçue comme une simple victoire sur les puissances des ténèbres. Nous sommes bien affranchis de leur joug, mais nous avons à travailler pour nous-mêmes à conquérir la faveur de Dieu ; le légalisme juif rentre par cette brèche dans la morale chrétienne. Justin Martyr est retenu sur cette pente par la profondeur de son sentiment chrétien, et il redit avec bonheur les grandes affirmations chrétiennes sur la foi justifiante qui abondent dans les lettres de l'Apôtre des gentils. Cependant la déviation est patente'. Elle ressort tout d'abord delà manière dont il comprend les rapports de l'ancienne et de la nouvelle alliance.

A ne juger de sa pensée que du dehors et superficiellement, nul n'aurait poussé plus loin que lui l'opposition au judéo-christianisme. Il rejette avec énergie tout ce qui rappelle les observances et les rites du judaïsme; il professe l'universalisme le plus large, abat toutes les barrières nationales et reconnaît hautement qu'il n'y a plus de privilège religieux pour les enfants d'Abraham, mais que l'Eglise est l'Israël de Dieu. Il repousse également le sacerdoce spécial, déclarant que tout homme est un prêtre de Jésus-Christ ; il ne veut pas

' Voir sur ce point Ritschl^ Altcalhol. Kirclie, p. 228 etsuiv.

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