NI JOURS, NI LIEUX, NI HOMMES MIS A PART
plus d'un jour saint que d'une caste sacrée; le dimanche n'a point été substitué au sabbat juif. Le sanctuaire où Ton adore exclusivement est écroulé à jamais ; les chrétiens forment eux-mêmes le temple de Dieu, et il renvoie au passé les ordonnances concernant les purifications, les ablutions; le jeûne spirituel qui consiste à s'abstenir du mal a remplacé le jeûne matériel, et le sacrifice sanglant a disparu devant le sacrifice intérieur, comme la circoncision devant le baptême. Sur tous ces points, Justin conserve toutes les conquêîes du spiritualisme évangélique. « Nous sommes, dit-il, l'Israël spirituel, conduit à Dieu par le Christ crucifié '. Une nouvelle circoncision est devenue nécessaire et vous ne vous glorifiez que de celle qui est opérée dans la chair. La nouvelle loi veut que nous célébrions un perpétuel sabbat et vous ne voulez consacrer à Dieu qu'un seul jour^? Quand vous avez mangé les pains azymes, vous croyez avoir accompli la loi de Dieu. Et cependant le Seigneur notre Dieu ne se réjouit pas de ces pratiques. S'il y a parmi vous quelque parjure et quelque larron, qu'il renonce à ses crimes; que l'adultère se repente et alors vous célébrerez les vrais et joyeux sabbats de Dieu. Purifiez-vous de la colère, de l'avarice, de l'envie ^ » Manger le pain azyme, c'est ne plus accomplir les œuvres mauvaises. «
On se demande, après de telles déclarations, ce qui
« 'Ispr^/.iTty.bv to àXY;Oivbv, T:v£'j;j.aTty.6v. {Dial.cum Tryph., cil, p. 229.)
* 2a66axf^etv u[xaç o y.a'.vbç vcij.oç Stazavxb;; èGéXst, y.al b\).^Xq [j.(2v àpYoI>vT£ç Yi[j.£pav, EÙasêeTv ooy.etTî. {Id., c. 12.)
RETOUR AU LÉGALISME. 279
peut subsister de judaïque chez lui. Rien, sans doute, au point de vue des institutions extérieures, mais beaucoup quant à l'esprit , à l'inspiration dominante. En effet il présente plutôt le christianisme comme une nouvelle loi que comme l'alliance de la grâce et du pardon gratuit. Sans doute l'obligation morale n'est pas affaiblie par l'Evangile, puisqu'il demande de nous la la sainteté; la loi de la liberté est la loi parfaite, mais elle se distingue de la loi ancienne en ce qu'elle rattache la vie morale au salut déjà accompli, et n'y voit à aucun titre et à aucun degré l'acquittement de notre dette envers Dieu, acquittement impossible au pécheur, et dont la simple tentative le jetterait dans une détresse profonde. Voilà ce que Justin a méconnu. Jésus-Christ, à l'entendre, est plutôt venu nous révéler une nouvelle loi dont l'accomplissement nous rendra agréables à Dieu que nous apporter une délivrance totale. Il est le second et divin Moïse, le législateur qui nous revêt un judaïsme épuré, mais comme ce second judaïsme était déjà renfermé en principe dans le Dûcalogue, et qu'il suffit de le dégager des surcharges cérémonielles et des institutions ultérieures ajoutées à cause des péchés du peuple, la ligne de démarcation au point de vue moral, flotte indécise entre l'Ancien et le Nouveau Testament. « La loi proclamée en Horeb, dit Justin, a vieilli et n'est qu'à vous ; la nôtre est pour tous en tout lieu. Elle est nouvelle et éternelle , et elle nous a été donnée en Christ; il est notre législateur '. »
' IlxpîGTlv 5 vojAOÔsr^ç. {Dial. cum Tryph., c. 11.)