‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 204 sur 387 · THÉOPHILE D'ANTIOCHE · texte numérisé non relu

THÉOPHILE D'ANTIOCHE

mal, puisque le mal n'existe pas dans la création primitive ; mais elle a en tout cas une grande propension native au péché, car après que les anges ont été préposés comme des satrapes aux diverses sphères de l'existence, c'est l'ange de la matière qui est le premier séduit et qui entraîne le monde dans le mal '. Le péché est tout entier dans la sensualité. Aussi Athénagore conclut-il à l'ascétisme, tout en le maintenant dans des bornes assez raisonnables ; il ne tolère le mariage qu'au point de vue de la multiplication de l'espèce. Cependant, par une singulière contradiction, il admet la résurrection de la chair au sens le plus matériel ^. Il partage toutes les idées de Justin sur la formation de l'idolâtrie et sur l'inspiration des prophètes. Il rejette absolument les sacrifices sanglants, même sous l'alliance judaïque, et ne formule nulle part une théorie de la rédemption.

Théophile d'Antioche établit un rapport plus étroit que ne l'a fait Athénagore, entre la création du monde et la production extérieure ou hypostatique du Verbe. Il insiste comme ses devanciers sur l'incompréhensibilité de Dieu, qui ne saurait jamais être connu en lui-même mais seulement par ses œuvres^. Le grand but de la création matérielle est de le révéler à l'homme, et l'homme lui-même a été appelé à l'existence pour counaitreDieu, qui, sans lui aurait été comme un rayon sans reflet*. Le Yerbe, jusqu'à la création, était dans le sein

• Leg, pro Christ., p. 27.

« Id., p. 42, /:3.

3 kytçtT^zoq. (Théophile d'Antioche, Contra Antolyc, p. 71.;

* 'HOéXr^csv àvOpWTCOv xoi^ja'. w Y'^coÔt]. {Opera^p. 88. j

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de Dieu, simplement à l'état virtuel; le Père l'a produit par sa sagesse ou son Esprit et il en a fait son organe pour la création du monde. C'est lui qui est le principe, le commencement dont Moïse a dit : Par le commencement Dieu a créé le ciel et la terre '. 11 s'appelle aussi la Sagesse, l'Esprit, et il a illuminé l'àme des prophètes. Rien n'est plus confus qu'une telle notion de la Trinité, bien que le mot soit pour la première fois employé par Théophile. Toutes les théophanies, depuis celle du paradis, sont rapportées au Verbe qui représente le Père , le Dieu absolu dont il demeure toujours la raison éternelle. Théophile reconnaît explicitement que le monde a été créé du néant : l'homme est un être vraiment divin comme le prouve la solennité de l'acte créateur qui le concerne. En effet, Dieu, avant de l'appeler à l'existence, se recueille avec son Verbe et lui dit : Faisons l'homme à notre image -. Il est sorti pur des mains de Dieu ainsi que le monde entier dont il est le roi, mais qu'il a ensuite enveloppé dans sa chute. L'épreuve de l'Eden n'était point destinée à le perdre, mais au contraire à l'élever par l'obéissance au rang divin. Proclamé Dieu, s'il eût obéi, il fût monté au ciel; ' sa révolte est la seule cause de son malheur actuel. La doctrine de la rédemption est à peine indiquée; la ré-

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