IL EST CRÉÉ LIBRE
de vivre des êtres créés' ; il s'ensuit que le monde n'est pas éternel et qu'il n'a pas existé toujours. Clément déclare formellement que Dieu était bon en lui-même avant la création ^. La création est une symphonie mélodieuse dont le Verbe est le Chorége ^ Un être avant tous les autres sur la terre a été l'objet de cette céleste bonté, c'est l'homme, que l'on peut considérer comme la fin, le but, l'idée de la création ^. Il est tout illuminé de la clarté du Verbe; sa vie supérieure est comme une insufflation de la vie divine ^ ; aussi le Dieu qui l'a comblé s'appelle-t-il à bon droit le Dieu ami de l'homme ^. C'est sur cette parenté morale entre l'humanité et le Verbe que Clément a fondé toute sa démonstration du christianisme telle que nous l'avons développée. 11 a bien soin d'écarter toute apparence de panthéisme, en déclarant que l'homme n'est point une parcelle de la Divinité et ne lui est pas consubstantiel. 11 ne peut être question entre lui et Dieu que d'une afiinité toute morale qui ne lui appartient que par la volonté miséricordieuse du Créateur. Aucun être fini ne peut, en effet, être considéré comme une fraction ou une émana-
1 ïlhiç, o' av /povw vIvo'-TO XTiutç, c'JYY^vofAsvou TOÎç ouŒt /.al -oy Xpovou; (Strom.,Yl, 16,142.)
2 IIplv y.TÎG'.v vsvéaOa'.. [Pxdag., \, 9, 88.) Mœller [Geschich. der Cosmogon., p. 511) a négligé ce texte important dans son exposition de la doctrine de Clément sur la création, et a été ainsi amené à lui attribuer l'idée d'une création éternelle.
s Protrept., \, 5.
* L'homme est la lyre du concert universel. Il est aussi le temple de Dieu (y.tGapa, va6ç). (/rf., I, 8.)
* 'E[jicp6ar4J.a Xé^exat Oeoli. (Pxdag., I, 3, 7.) •5 <ï>cXavOpa)TûOV. {Protrept., I, 6.)
302 LE i!AL A POUR CAUSE LA VOLONTÉ REBELLE.
tion de la Divinité '. Le divin lui'est communiqué avec la vie morale par le Yerbe. La liberté est l'apanage naturel de l'être fait à l'image de Dieu. Le vouloir est le ressort intérieur duquel tout dépend, à commencer par l'intelligence et les facultés rationnelles ^. La prescience de Dieu n'est point une prédestination. Le Verbe savait bien qui lui serait infidèle et cependant l'obéissance est en notre pouvoir. La grâce et la liberté se concilient en fait. L'exercice spirituel qui doit produire la tempérance nous est ordonné , bien que la tempérance elle-même soit un don divine Clément combat avec énergie le fatalisme gnostique qui faisait dépendre le salut des hommes parfaits d'une élection arbitraire, comme s'ils eussent été pétris dans un limon plus pur que le reste de l'humanité. La foi, dans un tel système, n'est plus l'accomplissement le plus élevé de notre vocation, elle devient un privilège de nature, et l'incrédulité n'est plus responsable. Nous ne sommes plus que des machines mues par les appétits comme par des rouages. « Quel animal suis-je donc? s'écrie le noble penseur. A quoi bon le n pentir, à quoi bon Dieu et son Verbe, à quoi bon toute l'œuvre du salut ^. »
Le mal n'est donc point une conséquence nécessaire de la création ; il n'est pas une essence primordiale
« Strom., II, 16, 74.
* AS -(àp Aoviy.ai SuvijAe'.ç Tcy J5o6Asc6ai ciay.cvc. ^eçuxact. {Id., II, 17, 77.) 3 'AOaov jîapj, côâpov Tou 6ccj [xé-j'i^ov coxppscùv/]. {Id., II,
*/rf., II, 3, il.