‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 249 sur 387 · LE PIVOT DU SYSTÈME EST LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

LE PIVOT DU SYSTÈME EST LA LIBERTÉ

comme Clément de trop dédaigner le point de départ de cette gnose transcendante, cet Evangile historique qui est la substance même de la vérité , et de traiter la lettre des Ecritures comme un sceau qu'il faut briser. Il n'en demeure pas moins que la spéculation n'est jamais pour lui un jeu de l'esprit, mais une aspiration de l'être tout entier à la possession vivante et complète de la vérité. Origène a parlé la langue philosophique de son temps ; il s'est résolument placé devant les problèmes qui préoccupaient ses contemporains. Pour le juger et le comprendre il faut se reporter sans cesse à ce panthéisme grandiose et subtil qui inspirait aussi bien la gnose valeutinienne que le néo-platonisme à ses débuts. Si son esprit abandonne si fréquemment le terrain solide de l'observation psychologique et de l'histoire précise pour s'élancer dans les vagues régions qui ne sont ni le ciel ni la terre, c'est qu'il ne veut pas s'enfermer dans un cadre moins large que celui de ses adversaires. Désireux de les surpasser par la science comme par la foi, il ne consent à leur abandonner aucun avantage. Il peuple comme eux le vide infini des créations de son imagination. Aux Eous il oppose les anges bons et mauvais, il n'hésite pas à inventer une sorte de mythologie, chrétienne d'inspiration, mais qui enrichit trop les données positives de la révélation pour ne pas tomber dans le rêve. Là n'est pas la grandeur de son système. Elle est dans cette revendication énergique de la liberté qui en est le principe central et vital. On peut dire que le vaste édifice théologique qu'il a élevé est comme le

temple de la liberté. Elle en est la base et le couronne-

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mentj elle est plus encore, elle est l'âme de la doctrine, partout répandue , partout agissante. Le naturalisme panthéiste avait frappé de mort le monde entier. Origène le réveille au souffle de la liberté, il lui rend la vie, il l'arrache à l'immobilité du fatalisme. Dans la hardiesse de sa pensée il ne veut reconnaître la nécessité nulle part ; tout en revient à des actes libres, les corps doivent leur existence à des déviations de la volonté. Si la matière s'alourdit ou s'allège, cela ne tient pas à une simple loi physique mais à un fait moral. La liberté est l'explication universelle.

Le mérite d'Origène est d'avoir essayé de ramener toute la diversité des choses à une seule et même pensée. Malheureusement sa conception de la liberté a été incomplète, comme nous le verrons, et l'erreur sur ce point fondamental a eu des conséquences d'autant plus graves qile le système était mieux lié dans toutes ses parties.

$1, — La théodicée d'Origène.

Origène pas plus que son maître Clément n'a échappé à l'abstraction platonicienne dans sa conception du premier principe. Dieu habite une lumière inaccessible, éblouissante ; il ne saurait être connu par ses œuvres qui ne sont que de pâles rayons de sa splendeur *. 11 est l'être essentiel, possédant seul la vie absolue et immuable, par conséquent dégagé de tout élé-

' De Principiis, lib. I, c. 1,6, vol. I^ de l'édition Delarue, p. 51.

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