IL A TOUJOURS ÉTÉ CRÉATEUR
est évident qu'il aurait dû subir un changement pour passer de l'inactivité à l'action créatrice. Il s'ensuit qu'il n'est pas possible de dire que le monde ne soit pas aussi sans commencement et éternel comme Dieu * .
Ce n'est pas que le monde participe absolument à l'éternité de Dieu; car ce qui caractérise l'éternel, ce n'est pas la durée sans fin , c'est l'existence immuable ; or, Dieu est en dehors de l'espace et du temps -; c'est ce qui constitue sa toute-présence et sa toute-science. Cependant celle-ci n'est pas absolument illimitée, car il ne saurait prévoir le mal qui est un non-être ^. Le monde a beau être placé dans le domaine de la succession et du changement, il n'a pas eu plus de commencement que l'acte créateur dont il émane. En réalité Origène se contredit sur ce point capital. En effet, si la création est nécessaire à l'immutabilité de l'être divin, elle n'est pas appelée à l'existence uniquement pour son bien ; Dieu a un motif de créer en lui-même et pour lui-même ; le monde l'achève en quelque mesure ; c'est la conséquence fatale de toute doctrine qui ne trouve pas dans la sphère même du divin la suprême réalisation de l'amour. Il n'est pas d'autre moyen de conserver à l'acte créateur toute sa liberté.
Nous n'avons parlé jusqu'ici de l'acte créateur que
> Oùx àpa cuvaicv asy^'-v \j.ri elvat àvapy^ov xal Guvaiotov tÇ» Ocîo TO TCav. (Photius, Codex, 235. Huet, vol. I, p. 57, note f. Comp. De Princip., lU, 5, 3. « Nullam habuit aliam creandi causam iiisi propter se ipsum, id est bonitatem suam. » {De Princip., II, 9, 6.)
2 Homil. in Exocl., VI, 14, vol. II, 151.
* « Omne quod malum est, scientia ejus vel prsescientia habetur indignum. » {Comm. m Epist. ad Rom., Vil, vol. IV, 603.)