‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 28 sur 387 · LE PREMIER PRINCIPE EST L'ABIME SANS FOND · texte numérisé non relu

LE PREMIER PRINCIPE EST L'ABIME SANS FOND

ridée de ces accouplements ou sygies qui j figurent eu première ligne ; celles-ci n'y ont pas même conservé une apparence de métaphore; l'allégorie est poussée jusqu'aux dernières limites et elle offre une pâture dangereuse aux imaginations sensuelles. Ce qu'il y avait de plus éthéré et de plus matériel se mêlait ainsi dans ces conceptions à moitié philosophiques, à moitié légendaires.

Le principe de toutes choses, l'immortel, l'ineffable, Celui qui mérite de s'appeler le Père au seas absolu, est un abîme sans fond '. Il n'est lié nia l'espace ni au temps, il est au-dessus de toute pensée et comme enfermé en lui-même. Près de lui repose l'éternel silence. Le Père ne veut pas rester dans la solitude, car il est tout amour et l'amour n'existe qu'à la condition de posséder un objet ". Aussi a-t-il produit par émanation Y Intellect et la Vérité, h"" Intellect, c'est la conscience que le Père a de lui-même, c'est le Fils unique, son image vivanie, qui seul le fait connaître, li' Intellect est en même temp« la Vérité^ précisément à cause de cette identité. VlnteUect et la Vérité produisent le Verbe et la Vie. Tel est le grand quaternaire de l'absolu. 'L'Intellect trouve son expression parfaite dans le Verbe; cette expression n'est pas un vain symbole, puisqu'elle est aussi la Vie. Le Verbe e, la Vie produisent V Homme ciV Eglise. Qu'estce à dire, siion que l'absolu ne se manifeste pleinement que dans l'huiianité? Le divin transcendant se confond

1 Movà; à^éwr,-::.: à-pOap-o;, YSVtjj.o^Tcxr/ip. (Phil., VI, 29.)

40 LE PLÉROME ET LES ÉOiNS.

avec l'humain essentiel. L'Intellect et la Vérité pour glorifier le Père produisent dix émanations qui s'appellent des Eons ou des Eternités. Le Verbe et la Vie en produisent douze, ce qui est un nombre moins parfait que le nombre dix. La sphère supérieure de la plénitude ou le Plérume est désormais constituée '. Ainsi se dresse dans l'infini cette échelle des émanations que TertuUien appelait dans sa langue énergique les gémonies de la divinité ^. Déjà dans cette sphère supérieure et idéale se produit la désharmonie. Elle ne saurait être évitée que si l'équilibre était maintenu entre la double force qui anime les Eons; en effet, d'une part ils sont attirés vers leur centre, c'est-à dire vers l'abîme d'où ils tirent leur origine, et d'une autre part ils en sont éloignés par la force de projection ou d'émanation. Ils procèdent de rinfini et ils }' tendent, et pourtant ils ne sont pas l'infiru et ne doivent pas se confondre avec lui. Du moment où l'éciuilibre est rompu entre les deux forces, l'Jiarmorie est détruite dans le Plérôme. C'est ce qui arrive pouf le dernier des douze Eons produit par le Verbe et la Vie.^ et qui est la vingt-huitième émanation. Se trouvait aux confins de la région lumineuse, il est dévoré du désir de rejoindre le Père, il ne se contente pas de h |iortion de l'essence divine qui lui est échue en partage; il la compare à l'absolu, à l'infini, et il la trouve pauvre et misérable; aussi aspire-t-il à se perdre dan? l'abîme silencieux du premier principe. Ce dernier des Eons du Plérôme qui s'appelle Sophia ou la Sagfsse, veut plus

1 Phil., VI, 30.

2 TertuUien, Adv. Valentin., \, 30.

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